Édito de Franck Arguillère

C'est ballot ! On avait presque habitué les Français à l'idée que l'énergie nucléaire était incontournable, inévitable, inéluctable. Et pas chère. Et voilà que l'Ademe sort un rapport qui montre que la France pourrait s'en passer ! Nous serions capables à l'horizon 2050 de produire trois fois nos besoins d'électricité uniquement grâce aux énergies renouvelables, principalement éoliennes, solaires et hydrauliques. Et avec un surcoût moindre que celui généré par les nouvelles contraintes post-Fukushima en matière de sécurité nucléaire. En réalité, l'Ademe a failli sortir ce rapport. Elle a reporté sa parution in extremis, comme si ses conclusions étaient susceptibles de gêner l'exécutif en pleine période de discussion sur la loi de transition énergétique (voir : 100 % d'électricité renouvelable en 2050 : le rapport qui dérange).

Ces cafouillages franco-français pourraient faire sourire s'il n'y avait derrière cela des opportunités industrielles importantes à côté desquelles il serait grave de passer. De nombreux experts considèrent qu'entre le renouvelable et le nucléaire, les jeux sont faits depuis plusieurs années. En 2014, un banquier spécialisé dans le financement des énergies m'avait avoué que le mégawattheure (MWh) de l'éolien offshore était devenu moins cher que le MWh de l'EPR vendu aux britanniques. Aujourd'hui les chiffres sont très parlants : les investissements dans l'électricité renouvelable ont dépassé ceux réalisés dans la production électrique thermique (fossile et nucléaire) et Bloomberg New Energy Finance prévoit qu'en 2030, on installera 7,4 fois plus de capacités de production renouvelables que de capacités thermiques (voir sur DD Magazine : La France va-t-elle rater le marché de l'électricité renouvelable ?). Les investisseurs ont tranché. Du reste, en régression depuis quelques années, le nucléaire ne représente plus qu'environ 10 % de la production mondiale d'électricité.

Tout porte à penser aujourd'hui que persister dans la voie du nucléaire est une erreur, au même titre que le diesel. Ce serait cette spécialité française qui nous fait développer des bijoux technologiques à contretemps. On produit des "bi-bop" quand se prépare le déferlement des téléphones portables, des avions Rafale quand les drones s'imposent sur le marché de l'armement…
Il est vrai que les mauvais choix enclenchés il y a 40 ans nécessitent des évolutions progressives pour tenir compte à court terme des enjeux de la filière, notamment au niveau des emplois. Mais il est nécessaire d'adopter un cap clair et d'être réactif pour ne pas rater les marchés de demain qui sont manifestement du côté des énergies renouvelables.
Et ce n'est pas en planquant vite fait des rapports d'experts qu'on va résoudre la situation.

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