Édito de Franck Arguillère

C'est la polémique du moment. Le professeur Henri Joyeux a lancé un appel à pétition le 19 mai dernier pour le retour dans les pharmacies du vaccin DTPolio classique, sans aluminium, introuvable aujourd'hui. L'obligation vaccinale en France étant limitée à trois maladies (diphtérie, tétanos, polio), Henri Joyeux dénonce comme de la vente forcée le fait que le seul vaccin disponible soit hexavalent (il concerne six maladies) : l'Infanrix Hexa. Et il est sept fois plus cher que le DTPolio simple ! Conséquence : le surcoût pèse sur le budget de la Sécurité Sociale, ce qui induit un soupçon de conflit d'intérêts entre les autorités du médicament et l'industrie pharmaceutique. Le fait est avéré et Henri Joyeux ne fait que reprendre sur ce point les arguments d'un groupe d'experts et de députés qui ont lancé en janvier dernier une opération "Mains propres sur la santé", avec pour objectif de "dénoncer la généralisation des conflits d’intérêts et de la corruption". Ce groupe compte dans ses rangs des personnalités comme Irène Frachon, Serge Rader, Corinne Lepage et Philippe Even.
Revenons à la pétition. C'est un raz de marée ! Elle obtient 100 000 signatures en 24h, elle en serait à plus de 500 000 aujourd'hui et peut espérer le million dans quelques semaines…

La réaction est bien sûr à la mesure de ce succès. Les grands médias couvrent le phénomène. Ils donnent logiquement, la parole à la défense qui développe ses arguments. Ces derniers sont bien exposés dans un article de Rue 89 qui titre "Pourquoi il ne faut pas signer la pétition du Dr Joyeux".
Quels sont les termes du débat ? Je vous résume.
Il y a d'abord une querelle d'experts sur la dangerosité des vaccins qui seraient due notamment à l'aluminium et au formaldéhyde qu'ils contiennent. Il est vrai qu'on serait facilement enclin à faire preuve d'un excès de précaution quand il s'agit d'inoculer du médicament à des petits bouts de choux… Mais franchement, il est difficile de trancher, même avec un bac+15 sur la question.
Il y a une partie de la controverse qui tourne autour de la personnalité d'Henri Joyeux qui se retrouve tout à coup affublé du qualificatif "antivaccin" (Voir Libération : Les vaccins à la peine) alors qu'il s'en défend. Par ailleurs, il est vrai que le professeur n'est pas un perdreau de l'année ! Ses adversaires ont beau jeu de rappeler son engagement passé contre l'avortement, la contraception, le mariage pour tous, ses positions controversées sur le sida et la sexualité, son action au sein de Famille de France, une association souvent qualifiée de conservatrice. L’Institut pour la protection de la santé naturelle qui assure la logistique de la pétition aurait même des proximités avec les milieux d'extrême droite (voir sur BuzzFeedNews). À vérifier mais c'est possible. La prose d'Henri Joyeux a parfois une tonalité "complotiste" un peu gênante.

Là où ça devient curieux, c'est quand Marisol Touraine, la ministre de la santé censée avoir une position arbitrale dans ce domaine, se sent obligée de déclarer : "la vaccination ça ne se discute pas" !
Et bien… si ! La vaccination, ça se discute ! Il y a depuis longtemps des scientifiques qui sont "antivaccin", c'est leur droit et ils ont des arguments. D'autres ne font que peser en toute indépendance le bénéfice/risque de chaque produit. Ceux-là remettent en cause le bien-fondé et l'efficacité de certains vaccins, notamment contre l'hépatite B, le papillomavirus ou la grippe.
Par ailleurs, le véritable objet du litige ne se situe pas sur ce terrain. Il est le suivant : est-il vrai qu'on ne trouve pas sur le marché un vaccin correspondant strictement à l'obligation légale française ? Les adversaires de la pétition mettent en avant l'argument selon lequel il existe un kit DT-vax + imovax polio, certes en rupture momentanée mais remplacé provisoirement par un "vaccin diphtérique et tétanique absorbé". Problème : il semble que ce produit soit réservé exclusivement aux bébés ayant une contre-indication à la "valence coqueluche", ce qui est assez rare.

Il est donc inadmissible que les citoyens n'aient pas la possibilité d'administrer à leur bébé le produit qui correspond strictement à l'obligation légale française et que la Sécurité Sociale, c'est à dire les mêmes citoyens, ait à supporter sur ce poste un coût sept fois supérieur à la normale. À ne pas vouloir le reconnaître et agir pour faire cesser le scandale, on alimente les pires soupçons.

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