Édito de Franck Arguillère

Il est ému, tendu, la bouche amère, les yeux embués. Manifestement plus à l'aise dans cet exercice d'expression directe que dans le costume de ministre. Il donne à voir aux Français un moment d'authenticité de plus en plus rare à la télévision ou à la radio (puisque la radio se regarde aussi, maintenant !). Face à Léa Salamé et Nicolas Demorand, Nicolas Hulot fait sur l'antenne de France Inter un bilan froid, implacable, lucide, plein de colère contenue. Il n'écarte pas l'hypothèse de ne pas avoir été lui-même à la hauteur des enjeux. "Peut-être n’ai-je pas su convaincre."

Quelle que soit l'opinion qu'on se fait du personnage, comment ne pas rester scotché au poste ? L'émotion est palpable, partagée par les journalistes médusés. Je fais partie de ceux qui sont tristes qu'il quitte le navire, déçus qu'il n'ait pas mieux réussi. Mais fiers de cet instant qu'il nous offre. J'y vois l'alignement d'un homme avec ses valeurs, du courage, de l'intégrité, de la hauteur de vue, un certain mépris pour les ors de la république.

Nicolas Hulot a fait le pari d'essayer de bouger les lignes dans un gouvernement qui s'annonçait jeune, pragmatique et affranchi des anciens carcans idéologiques. Il avait un rang de ministre d'État. Le pari n'était pas stupide et semblait même assez mature et courageux, sachant que, quoiqu'il fasse, il serait accusé de ne pas en faire assez. Mais on le sentait isolé dans un gouvernement où les enjeux environnementaux sont la cinquième roue du carrosse. 14 mois après, il cale. Il fait le constat que le bilan est trop maigre et décide de démissionner.

Il serait vain de se perdre dans des commentaires politiciens qui, du reste, n'auraient rien à faire ici. Je retiendrai seulement deux choses fondamentales dans ce que nous dit Nicolas Hulot. Deux choses qui nous concerne tous, quel que soit notre vote aux dernières présidentielles.

1) La proximité croissante des lobbies de l'économie avec le pouvoir pose problème.
"C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?"
Cette question centrale, quelle que soit la couleur du pouvoir en place, est rampante depuis de nombreuses années. Elle commence à se faire ostensible et lancinante. Le ministre de l'écologie est aux prises avec les lobbies de la chasse, du nucléaire, de l'agro-industrie… D'autres le sont avec ceux de l'industrie pharmaceutique, de la finance, des fabricants d'armes… Que dire d'un régime où les politiques n'ont plus le pouvoir d'agir pour l'intérêt général sans céder aux intérêts particuliers ? Où les groupes d'influence sont infiltrés dans les premiers cercles et jusque dans les administrations des ministères ?

2) Il serait trop facile de nous exonérer de toute responsabilité dans l'échec de Nicolas Hulot. Ce qu'il dit sur son impuissance ne concerne pas seulement le fonctionnement d'un gouvernement mais nous interpelle tous.
"Au quotidien, qui ai-je pour me défendre ? Ai-je une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ? Ai-je une formation politique ? Est-ce que les grandes formations politiques et l’opposition sont capables de se hisser au-dessus de la mêlée pour s’entendre sur l’essentiel ?"
Autrement dit, la société est-elle assez mûre pour prendre en compte l'ampleur des enjeux environnementaux et accepter de mettre en œuvre les changements qui s'imposent ?
"J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde."

La solitude de Nicolas Hulot au gouvernement ne faisait que refléter celle des écologistes et des lanceurs d'alerte à tous les niveaux de la société. Certes le discours fait consensus. Tout le monde est aujourd'hui persuadé de la nécessité de lutter contre le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, la pollution de l'eau et de l'air, l'artificialisation des sols… Mais à condition de ne rien toucher à son business et son mode de vie ! L'écologie, oui, mais pour les autres.
C'est sur cette question que nous avons à travailler collectivement dans les mois et les années à venir.

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