Édito de Franck Arguillère

C'est une drôle de petite musique que l'on entend ça et là, de plus en plus fréquemment. Selon certains, le bien-être serait devenu une "injonction tyrannique" ! Il s'inscrirait dans une démarche individualiste, égoïste et s'opposerait ainsi au bonheur qui, lui, serait un projet collectif. Le bien-être serait même devenu un trouble obsessionnel chez certaines personnes "orthorexiques".

De quoi s'agit-il au juste ? Les personnes souffrant d’orthorexie seraient du genre à acheter dans les magasins bio, à éviter les aliments avec des additifs, du gluten, du lactose… Elles fuiraient la viande et chercheraient à réduire leur consommation de sucre, de sel, de matières grasses, de produits de synthèse… Elles auraient comme unique préoccupation de rejeter les aliments perçus comme malsains et se retrouveraient dans une "spirale du risque imaginé" qui conduirait à un isolement social. Bigre !

"Métro, boulot, quinoa : comment échapper à la tyrannie du bien-être ?" titrait le 13 février dernier le "Téléphone sonne" de France-Inter.
Le problème, c'est que l'orthorexie, qui étymologiquement veut dire "appétit correct", est un trouble qui n'est pas reconnu par les classifications officielles des maladies mentales de type DSM5 ou CIM10. Pas de statistiques sur sa prévalence dans la population. Quant aux troubles décrits par les inventeurs du concept, ils ressemblent dans le meilleur des cas à une démarche responsable de consommateur avisé et dans le pire des cas à des troubles obsessionnels compulsifs, de l'anorexie mentale ou de la boulimie.

Il n'est pas inintéressant d'aller regarder sur Wikipédia qui sont les organismes de recherche qui s'intéressent de près à l'orthorexie. On trouve l'EUFIC, le conseil européen de l'information sur l'alimentation, une organisation cofinancée par l'industrie alimentaire, la Fondation Nestlé ou encore Danone (source : Wikipédia, Orthorexie). Quant à l'invité principal de l'émission de France-Inter, c'était un professeur de marketing à l'ESCP. Peu d'experts de la santé mentale dans cette histoire… L'agro-alimentaire ferait-elle une tentative désespérée pour promouvoir un concept qui définirait comme pathologiques les comportements critiques à son égard ? 
Du marketing bien dissimulé qui abuserait quelques naïfs ?

Soyons clair ! En terme d'injonctions tyranniques, je ne connais que celles de la publicité qui veut nous vendre du tabac ou des sodas, des hamburgers au sucre ou des bonbecs au dioxyde de titane, qui veut nous faire consommer encore et encore pour produire toujours plus… Ou celles d'un prêt à penser judéo-islamo-chrétien qui nie le corps, la nature, l'animalité de l'être humain et cherche à nous détourner de tout bien-être ici-bas car le paradis n'est pas de ce monde… De l'injonction au bien-être, je n'en connais pas. Des pratiques de bien-être comme méthodes de déconditionnement des injonctions dominantes, là, je vois.

Et où a-t-on vu qu'il s'agirait d'une attitude égocentrée ? Toutes ces disciplines de développement personnel insistent sur l'importance du lien avec les autres. Mais elles appliquent le principe des masques à oxygène dans les cabines d'avion. Vous connaissez ? En cas de dépressurisation, il faut d'abord mettre son propre masque avant de venir en aide aux autres. Si on fait les choses dans le mauvais ordre, on risque de faire plus de mal que de bien.

J'en viens à penser que cet étrange rejet du bien-être pourrait être mis en parallèle avec le rejet de la bien-pensance, si couru aujourd'hui. Pour complaire au goût de l'époque, faudrait-il donc mal penser ? Faudrait-il, dans la même logique, cultiver le mal-être ? On voit bien l'absurdité de la proposition. 

La revue de presse

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