Édito de Franck Arguillère

Les moments d'union sont rares. Les anciens n'avaient pas vu cela depuis la Libération. Personne n'est dupe et nous savons bien que nos chamailleries de gaulois vont reprendre de plus belle. C'est du reste déjà le cas et, pour certains, elles n'ont même jamais cessé. Mais un très grand nombre d'entre nous a vécu un moment historique en se retrouvant côte à côte pour affirmer haut et fort des valeurs essentielles de notre civilisation : le refus de la sauvagerie, du fanatisme, de la haine, l'affirmation de la liberté d'expression.

Union parce que la classe politique dans son ensemble est descendue dans la rue le 11 janvier dernier pour un hommage aux 17 victimes du carnage… Union parce que le monde entier était là, représenté par 50 chefs d'états étrangers… L'hommage avait de la gueule ! Et une dimension supplémentaire aussi car, parmi les victimes, il y avait Cabu et Wolinski. Ces derniers faisaient partie de ceux qui ont porté l'esprit de 68, libertaires, écolos, pacifistes, féministes. Mais plus encore que cela. Pendant 50 ans, au-delà d'un courant de pensée, ils ont fait rigoler et réfléchir toute la France avec leurs crobards, simplement parce qu'ils étaient lucides, droits, curieux de la vie, élégants et drôles.

Cependant il ne faut pas s'y tromper et une grande confusion règne aujourd'hui dans la plupart des commentaires : "Je suis Charlie" n'est en rien un slogan d'adhésion à une ligne éditoriale. Quand Kennedy a dit "ich bin ein Berliner", personne n'a pensé qu'il allait prendre un studio à Berlin. "On peut ne pas aimer Charlie", a dit Riss, son nouveau directeur, en sortant de l'hôpital. De fait, le journal avait peu à voir avec son aîné des années 70. Il y a peu, il était au bord du dépôt de bilan, faute de lecteurs, maintenu sous perfusion par la notoriété de quelques signatures, décrié par beaucoup d'anciens collaborateurs. On l'a compris, la période que nous vivons fourmille de paradoxes. Voilà un journal à bout de souffle relancé par la folie sanguinaire de ses détracteurs ! Voilà des humoristes marginaux, irrespectueux de tout et haïssant les honneurs devenus du jour au lendemain des héros nationaux ! Voilà les beaufs de Cabu descendant dans la rue pour célébrer celui qui les avaient croqués avec tant de férocité !
Parce qu'ils nous obligent à sortir de notre zone de confort intellectuel, ces paradoxes font aussi la grandeur de l'instant.

"Je suis Charlie" est juste une bannière d'union. Une déclaration de solidarité avec les parents et les proches des victimes innocentes d'un massacre odieux. Un drapeau pour rallier toutes celles et ceux qui ont besoin d'exprimer leur émotion et leur douleur. Les moments d'union sont rares. Ils sont réparateurs. Ils font du lien, ils font du bien. Ne les boudons pas, dégustons-les.

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