Éviter l'alimentation industrielle ?

Présence d'additifs suspects, de pesticides, de perturbateurs endocriniens, raffinage des produits… La liste est longue des reproches qui lui sont faits et qui aboutissent à l'idée qu'elle nous empoisonnerait à petit feu. Est-ce fondé ? Faut-il éviter l'alimentation industrielle ?

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D'un côté fleurissent livres, documentaires et reportages qui alertent sur les dangers de l'alimentation industrielle. De l'autre les autorités médicales et sanitaires affirment que notre nourriture n'a jamais été aussi sûre. Comment s'y retrouver ?

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Fuir les aliments raffinés

"L'industrie alimentaire peut considérablement réduire la teneur en nutriments de certains aliments par le procédé du raffinage qui, loin de les améliorer, les appauvrit en éliminant les nutriments les plus réactifs (vitamines, oligo-éléments, acides gras insaturés ainsi que fibres et protéines pour les produits céréaliers)", expliquent Lylian Le Goff, médecin environnementaliste, et Laurence Salomon, naturopathe***. "Il s'agit là d'un véritable gâchis nutritionnel dont l'objectif est de rendre plus stable l'aliment, qui se conserve alors plus longtemps au détriment de sa qualité nutritionnelle et de sa vitalité. Dépourvues de ces nutriments protecteurs, les calories ainsi apportées par ces aliments sont dites vides. Elles vont, en revanche, consommer des micronutriments pour être assimilées, notamment des vitamines B pour le sucre raffiné.
Le raffinage des aliments est bien une véritable calamité nutritionnelle, privant l'alimentation de précieux composants protecteurs et facilitant de nombreuses pathologies…"

Dès les années 2000, David Servan-Schreiber mettait en cause l'explosion de la consommation de sucres raffinés, des farines blanches, des huiles végétales de soja, tournesol, maïs et huiles hydrogénées dans le développement du cancer. "Toute la littérature scientifique nous pousse à le penser : une personne qui veut éviter le cancer se doit de limiter sérieusement sa consommation de sucres et de farines blanches."****

Additifs, pesticides et autres
Résidus de pesticides, colorants, exhausteurs de goût, émulsifiants et additifs divers, molécules des emballages qui migrent… Nombreuses sont les substances plus ou moins suspectes qui se retrouvent dans les produits de l'agro-alimentaire contemporain. Certaines sont inoffensives, d'autres officiellement dangereuses, d'autres encore font l'objet de controverses entre experts.

Censés nous protéger, les contrôles effectués par l'administration permettent de vérifier que chaque substance ne dépasse la dose censée mettre en danger la santé humaine. En France, ce seuil au-delà duquel on peut sanctionner le fabricant est la DJA (dose journalière autorisée).
"Elle n'a aucun sens sanitaire", admet le professeur Jean-François Narbonne, spécialiste en toxicologie. "Cette notion a été conçue par l'OMS juste après la guerre et, malgré les critiques, reste toujours d'actualité. Elle consiste à observer la dose qui ne rend pas malade le rat et ensuite à l'extrapoler à l'homme. Elle n'est pas basée sur des effets sanitaires chez l'homme. Ce n'est pas une valeur de référence pour la santé publique, c'est une valeur théorique réglementaire, un repère pour éviter les surexpositions."*

Effet cocktail ?
La DJA est par ailleurs contestée par de nombreux scientifiques car elle est calculée en fonction de l'exposition à un seul produit une seule fois. Alors que dans la réalité nous sommes exposés de multiples fois à de multiples produits. C'est le fameux "effet cocktail" qui est encore peu étudié et peu encadré mais qui est soupçonné d'avoir des effets plus importants que l'addition des substances prises séparément.
"Quand on prescrit un médicament, on tient pourtant compte des interactions", s'indigne Laurent Chevallier, nutritionniste au CHU de Montpellier et président de la commission alimentation de l'ONG Réseau Environnement Santé. Selon lui, les conséquences de la malbouffe sont très préoccupantes. "Même si certains industriels cherchent à améliorer leurs produits, un marketing subtil manipulant les cerveaux - neuromarketing - incite à croire que les produits industriels sont sains et comestibles, d'autant plus qu'ils sont autorisés ! Ne tombez pas dans ce piège ! D'autant que les pouvoirs publics, notamment au niveau européen, sont incapables de vous protéger correctement tant ils sont dépassés et que les mécanismes de contrôle et régulateurs sont insuffisamment efficients."**

Des aliments dénaturés
L'alimentation industrielle ne pose pas uniquement des problèmes toxicologiques. Depuis la seconde guerre mondiale, l'agro-alimentaire a utilisé des procédés technologiques ayant pour conséquence de dénaturer les produits. C'est le cas par exemple du raffinage qui concerne principalement les produits céréaliers, le sucre, le sel, les huiles végétales (voir encadré).

Tout récemment, en 2004, Morgan Spurlock a montré concrètement les effets de la malbouffe sur la santé humaine dans son film documentaire Super Size Me. Il s'est nourri exclusivement chez Mac Donald's à raison de trois repas par jour pendant 1 mois. Il a pris 11 kg et a commencé à avoir de sérieux problèmes de foie. Il mettra ensuite 14 mois à recouvrer sa santé.

La cause des maladies de société
La réflexion critique sur le mode de vie occidental a commencé dès le début du 20e siècle. Au début des années 1930, Weston A. Price, un dentiste états-unien, avait observé différentes populations dont certaines se nourrissaient de façon traditionnelle en milieu naturel. Il en avait conclu que l'alimentation occidentale était associée à la présence des maladies cardiovasculaires, des caries etc.
Un peu plus tard, en 1982, l'australienne Karen O'Dea a étudié une dizaine d'aborigènes volontaires, en surpoids et diabétiques, vivant à l'occidental dans des villages. Elles les a déplacés dans leur bush d'origine et constaté après sept semaines leur retour à la pleine santé**.

Aujourd'hui les scientifiques ont une idée plus précise des maladies de société qui seraient dues à notre régime occidental : maladies cardiovasculaires, diabète, cancer, obésité, hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral, appendicite, caries, varices, ulcères, hémorroïdes…**

Consensus chez les nutritionnistes
Aujourd'hui les recommandations des spécialistes de la nutrition divergent selon qu'ils préconisent le régime Okinawa, paléo, végétarien, végan, méditerranéen ou autre. Mais un certain nombre de points font consensus : réduire la consommation d'aliments à fort index glycémique, de produits raffinés, de laitages, de viande et de charcuterie, éviter les conserves et les additifs alimentaires*****. Entre les lignes ils nous disent qu'il vaut mieux réduire voire oublier les aliments industriels.

Prise de conscience chez les consomm'acteurs
À nous de choisir en connaissance de cause. Certains vont les supprimer et ne consommer que des produits bruts (et bio) qu'ils auront cuisinés eux-mêmes. D'autres vont éplucher les étiquettes et choisir les produits de l'agro-alimentaire qui répondent aux bonnes pratiques (il ne faut pas exclure à terme que les professionnels prennent conscience de la nécessité d'évoluer dans le bons sens ; du reste certains ont déjà commencé).
Dans tous les cas, la démarche est active : rechercher l'authenticité, le goût, le travail artisanal bien fait et savoir écouter notre appareil digestif nous dire ce qui est réellement bon pour nous.

 

Sources :
*Intervention de Jean-François Narbonne, professeur émérite de toxicologie à l'Université de Bordeaux, expert à l'ANSES, dans le cadre des 32e Rencontres des médecines alternatives et complémentaires de Tenon, 11/10/14.
**Je ne mange pas de produits industriels, Stéfane Guilbaud, éditions Eyrolles
***Ceci n'est pas un régime, Lylian Le Goff et Laurence Salomon, éditions Marabout
****Anticancer, David Servan-Schreiber, éditions Robert Lafont
*****L'alimentation antioxydante, Serge Rafal, éditions Marabout
Additifs alimentaires


                

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