Apprendre à être déçu, apprendre à décevoir

Nous accordons beaucoup d'importance au regard que les autres portent sur nous. Pour parvenir à s'en détacher, il faut apprendre à décevoir. Cela peut nous mener à une vie plus authentique.

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Combien de temps faut-il pour cesser de se déterminer par rapport aux attentes de ses parents, que ce soit en s'y conformant ou en se rebellant contre elles ? Pour rendre fiers nos parents, nous nous faisons souvent prisonniers de leurs attentes et nous pouvons parfois passer à côté de notre vie.
"Seul celui qui est en paix avec ses parents peut devenir un homme libre intérieurement", affirme Michael Bordt, professeur à l'école de philosophie de Munich*. Les décevoir serait donc, selon lui, la condition sine qua non pour trouver un chemin de vie mieux adapté à nos besoins. La même démarche peut être ensuite appliquée au sein d'un couple, avec nos amis et nos relations professionnelles.

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La vulnérabilité robuste

Michael Bordt souligne l'importance de percevoir nos sentiments négatifs ainsi que les changements qu'ils génèrent dans notre corps et de les mettre à distance. On acquiert ainsi une vulnérabilité qui fait gagner en force et en résilience.
"L'ouverture fondamentale à mon moi intérieur, ma vulnérabilité, me donne la force d'affronter les conflits de la vie extérieure."

La déception : une libération
Il s'agirait tout d'abord de réhabiliter la notion de déception. Michael Bordt décortique le mot allemand "enttaüscht", déçu, qui veut dire littéralement : détrompé. La déception serait donc une manière de sortir de la tromperie. Quelqu'un qui nous déçoit montre une facette de sa personnalité qui ne correspond pas à l'idée qu'on s'était fabriquée. Lorsque nous sommes déçus, nous ne faisons que quitter un monde d'illusions pour reprendre pied avec la réalité. La déception consiste à accepter les gens tels qu'ils sont. C'est une certaine forme de libération.

Apprendre à se connaître
Le chemin que nous indique Michael Bordt commence par soi-même.
Devant nos difficultés à tenir nos résolutions ou nos objectifs, nous nous décevons souvent nous-mêmes.
"Nous avons le sentiment de ne jamais être assez bons, quoi que nous fassions, le sentiment de devoir toujours tout bien faire, au point de nous imposer une pression énorme…"

L'apprentissage de la déception commence donc par l'acceptation de nos imperfections et la prise de conscience qu'on peut se laisser être comme on est.
"Nous cessons de juger et de condamner les autres parce que nous avons cessé de nous évaluer nous-mêmes en permanence."

Cela peut nous conduire à mieux percevoir nos désirs, nos motivations, nos émotions, nos peurs, à mieux connaître nos schémas intérieurs, à accéder ainsi à une vie plus libre, autodéterminée et authentique.

Identifier ses valeurs fondamentales
Ce qui se joue dans les déceptions est extrêmement instructif et nous renseigne sur les valeurs qui comptent pour nous.
"Quand je m'énerve contre mon supérieur hiérarchique parce qu'il n'a pas bien regardé mon travail, ma colère peut cacher mon souhait d'être vu et reconnu. La fureur que m'inspire certaines décisions ou certains hommes politiques peut cacher mon souhait d'une société différente, d'une autre façon de vivre ensemble…"
Comprendre ce qui nous déçoit peut nous permettre d'identifier nos attentes, nos espoirs, la manière dont nous aimerions vivre, ce qui nous tient à cœur et nous importe réellement.

Reconnaître ses sentiments négatifs
Lorsqu'on affronte une déception, il est important de reconnaître les sentiments négatifs qui lui sont associés. Michael Bordt en distingue deux, qui peuvent se manifester à des degrés divers : le sentiment qui tourne autour de soi et qui se rapproche de l'offense ou de la honte ; et celui qui se rapporte à ce qui déçoit et qui amène à la colère ou à la frustration.
En acceptant nos sentiments négatifs et nos imperfections, nous pourrions, selon lui, accéder à une "vulnérabilité robuste" synonyme de résilience (voir encadré).

Établir des relations authentiques
On comprend à travers ce cheminement que l'art de gérer les déceptions est lié à l'art de décevoir. Il faut bien se pénétrer de l'idée que décevoir nos proches est un excellent service à leur rendre.
"Nul n'est responsable du bonheur d'un autre adulte. Surtout pas les enfants du bonheur de leurs parents", rappelle Michael Bordt.

Les attentes vis-à-vis de nous sont nombreuses, parfois exprimées, parfois inconscientes. Elles touchent notre mode de vie, notre façon de dépenser notre argent, nos choix politiques, notre orientation sexuelle, le type de famille que nous devons fonder… Certains parents mettent plus de pression que d'autres, notamment lorsqu'ils veulent faire de leurs enfants un objet de prestige social. Les décevoir leur donne une chance de vivre un processus de maturation, d'abandonner les représentations, souhaits et projets construits autour d'un enfant rêvé. Cela est vrai aussi au sein d'un couple où l'on peut être un partenaire fantasmé, dans le monde professionnel où l'on peut être un collaborateur idéalisé… Mais encore faut-il évidemment que l'autre ait l'ouverture d'esprit nécessaire pour se laisser décevoir !
Dans tous les cas, l'art de décevoir est l'occasion d'établir une relation authentique et de devenir un "être réconcilié".

 

*L'art de décevoir ses parents, Michael Bordt, First éditions


                

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