Cancer : nouvelle approche, autour du patient

Depuis quelques années, la définition du cancer évolue ainsi que les traitements et le projet de soin, plus centrés autour de la personne. Cela rend plus nécessaire encore le développement d'une médecine intégrative.

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L'accompagnement par les médecines alternatives et complémentaires (MAC) des patients atteints de cancer, dans le cadre d'équipes pluridisciplinaires, est à l'origine de bénéfices connus depuis longtemps (voir : Le cancer et les médecines complémentaires). Cet accompagnement devient indispensable aujourd'hui, à l'heure où l'on assiste à un tournant dans l'histoire de la cancérologie.

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L'exemple de l'hôpital Cochin

Avec le soutien institutionnel de l'Assistance Publique, François Goldwasser a recruté une équipe consacrée à l'activité physique de ses patients. "Nous avons mis au point un programme expérimental d'activité physique de pré-habilitation, par exemple pour refaire du muscle avant une chirurgie, et de réhabilitation, après une chimiothérapie ou une chirurgie ou encore en accompagnement d'une chimiothérapie."

Il a par ailleurs impulsé la création d'un hôpital de jour dédié à l'évaluation des besoins et des risques par des équipes pluridisciplinaires (diététiciens, psychologues, hypnothérapeutes etc.).
"C'est un bon moyen de réconcilier une médecine lente et pluridisciplinaire avec les contraintes qu'on veut nous imposer de travailler toujours plus vite et avec toujours moins de personnes."

Changement dans la définition du cancer
"Il se passe quelque chose d'important : la définition du cancer est en train de changer", explique François Goldwasser, chef du service cancérologie de l'hôpital Cochin Port-Royal, qui intervenait le 14 octobre dernier dans le cadre des 35e Rencontres des MAC à l'hôpital Tenon.

"Auparavant on définissait le cancer autour de notions comme la prolifération cellulaire et la croissance tumorale. Ces cinquante dernières années, on a donc développé logiquement des médicaments dont le but est de réduire les volumes tumoraux. Mais on découvre aujourd'hui qu'autour de la tumeur il y a une personne qui a une immunité. Et donc au lieu d'agir sur la tumeur en la retirant, en l'irradiant, en donnant une chimiothérapie, on peut aussi avoir un effet en agissant sur l'hôte. C'est ce qu'on appelle l'immunothérapie."
Il existe aujourd'hui des médicaments qui stimulent les lymphocytes T cytotoxiques du patient et qui sont capables, sans agir sur la tumeur, de faire disparaître le cancer. "C'est tout-à-fait surprenant par rapport à ce qu'on connaissait jusqu'à présent."

L'importance de travailler sur l'immunité du patient, bien connue depuis toujours par les praticiens des MAC, est devenue une évidence pour les cancérologues.

Gérer la complexité
Mais les traitements utilisés en immunothérapie ne sont pas anodins. Ils donnent lieu à un certain nombre de complications, notamment auto-immunes, qui peuvent se déclencher jusqu'à 6 mois après l'arrêt du traitement.

"On voit émerger une certaine complexité : nous avons aujourd'hui des patients qui vivent plus longtemps, avec plusieurs pathologies exposant à des complications qui exigent chacune des regards différents. La réponse à la complexité, c'est le travail en équipe. Il faut cumuler des regards complémentaires. On ne peut plus travailler seul. Quiconque raisonne bien, s'il raisonne seul, raisonne mal."
Voilà pourquoi il est impératif de travailler en équipe pluridisciplinaire, en accompagnement continu avec décision partagée, et ce dès le début des soins.

Activité physique : essentielle
La fatigue, par exemple, est devenue depuis peu un paramètre important. "Il ne s'agit plus d'un simple enjeu de qualité de vie. C'est un critère intermédiaire de jugement sur la durée de vie. Plus vous êtes fatigué, moins longtemps vous allez vivre."

On s'est aperçu en effet que le muscle est un antidote naturel contre le cancer. L'examen par PET Scan a mis en lumière l'affinité très forte des cellules cancéreuses pour le sucre et montré le fait que le muscle en activité a une affinité pour le sucre bien supérieure aux cellules cancéreuses.
Conclusion : préserver ou pas sa masse musculaire a des conséquences importantes pour le patient. "Il y a deux menaces vitales concurrentes et concomitantes : la prolifération cellulaire et l'amaigrissement. Et les deux processus sont également mortifères."

L'accompagnement des MAC
Aujourd'hui, selon François Goldwasser, entre 50 et 80 % des patients qui se présentent au pharmacien hospitalier déclarent utiliser un traitement en médecine complémentaire : homéopathie, suppléments alimentaires, régimes diététiques, phytothérapie, acupuncture, activité physique adaptée…

"Ils le font parce qu'ils sont insatisfaits des soins conventionnels", précise Stéphanie Träger, oncologue, membre de l'AFSOS (Association Francophone des Soins Oncologiques de Support). "Leur objectif est d'abord d'atténuer les effets secondaires des traitements anticancéreux, puis de stimuler le système immunitaire et d'augmenter la qualité de vie."
Selon des études réalisées par l'AFSOS sur des patients suivis en milieu hospitalier, 84 % des utilisateurs trouvent les thérapies complémentaires efficaces. Encore 23 % des patients n'informent pas les équipes médicales de l'utilisation de thérapies complémentaires. On aurait 5 fois plus de risques de mourir de son cancer si l'on a recours uniquement aux MAC (cancer du côlon et du sein).

Médecine intégrative : une nécessité
François Goldwasser cite le cas d'un malade qui buvait du thé vert à fortes doses, ce qui désactivait sont traitement contre un cancer du rein métastatique. "Il y a beaucoup d'interactions médicamenteuses et aussi des interactions entre les médicaments et les produits naturels. Il est compliqué de les maîtriser."

C'est la raison pour laquelle il est impératif d'établir un dialogue entre les différentes disciplines intervenant autour du patient.
"En France on est en retard sur la médecine intégrative", regrette Stéphanie Träger. "Aux États-Unis et au Canada, cela fait bien longtemps qu'on en parle. Mais il faut savoir ce qu'on entend par médecine intégrative : ce n'est pas proposer un panel de thérapies alternatives, c'est travailler ensemble sur le cas du patient !"

À l'arrivée, lorsqu'on compare la courbe de durée de vie des malades avec et sans les soins d'accompagnement, "on constate avec l'accompagnement un gain en survie supérieur à celui observé avec n'importe quel nouveau médicament", se réjouit François Goldwasser.

Un projet de soin centré sur le patient
Récemment a été mis en place un nouveau cadre légal qui inverse totalement la relation médecin-malade. "Ce n'est plus le médecin qui fait une proposition et le malade qui consent. À l'entrée dans une maladie grave, incurable, évolutive et mortelle, comme un cancer avec des métastases, on doit maintenant recueillir les volontés du patient. Ensuite le médecin construit un projet de soins par rapport à cette volonté exprimée qu'il doit respecter et qui est opposable. Et dans la hiérarchie des décisions, c'est elle qui s'impose."

Le patient se retrouve donc de plus au plus au centre de l'approche thérapeutique. "La tendance générale est de donner une place croissante à la personne", conclut François Goldwasser. "Que ce soit sur le plan du respect de sa volonté ou de la prise en considération que cette personne existe somatiquement et psychologiquement au-delà de la maladie physique réduite aux tumeurs." 


                

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