Crise du Covid-19 : vivre avec l'incertitude

Lâcher la volonté de contrôle, accepter de ne pas savoir tout sur tout, accueillir ses émotions en travaillant sur la peur… Quelques clés pour s'adapter face à l'incertitude inhérente à cette crise.

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Dans notre univers où tout est balisé, anticipé, voilà qu'un minuscule organisme est venu flanquer la pagaille et provoquer, de la part des scientifiques et des autorités, une cacophonie inédite sur de multiples questions : la contagiosité du coronavirus, la gravité de la maladie, l'immunité des personnes guéries, l'utilité des tests et des masques, l'efficacité de tel ou tel traitement… Il faut se rendre à l'évidence, nous nous sommes trouvés en face d'un phénomène nouveau et inconnu.

Isabelle Pailleau*, psychologue clinicienne du travail et des apprentissages, spécialiste en psychologie positive, constate que beaucoup de gens ont été totalement déroutés.
"Ils sont passés par toutes les étapes du deuil : la sidération, le déni, la colère, la tristesse, l'acceptation… C'est ce qui montre que, face à l'inattendu, nous avons été dans une vraie perte de repères." 

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Méditation, yoga ou EFT

Face au sentiment de peur, Isabelle Pailleau conseille de se poser, de respirer.
"Décider par exemple d'arrêter les infos en continu et n'écouter le JT qu'une fois par jour. Arriver à se reconnecter au présent. On va mieux quand on fait de la méditation ou du yoga, qu'on est davantage dans l'ici et maintenant. L'EFT marche très bien également (voir : EFT, techniques de libération émotionnelle). Par exemple, il y a un point d'acupression qui est intéressant, un point de secours ou d'urgence : avec le pouce appuyer entre le pouce et l'index de l'autre main et respirer en même temps. L'EFT est une excellente technique pour faire descendre l'anxiété, le stress, les peurs et pour mieux vivre la situation." 
(Voir : Covid-19, comment réagir face à sa peur)

Impossibilité de planifier
Incertitude sur la dangerosité de la maladie, le risque de l'attraper, la liberté de planifier ses allées et venues, de fêter l'anniversaire de ses proches, de programmer ses vacances d'été, de sortir au cinéma ou de faire un stage de yoga…
"Nous sommes dans une société du surcontrôle, de la performance, de l'organisation", estime Isabelle Pailleau. "Être capable de faire du prévisionnel est valorisé comme un signe de force et de pouvoir. Or aujourd'hui on ne peut rien organiser, rien planifier. Certains le vivent comme un signe de faiblesse et en souffrent. On est obligé d'accepter de voir venir et de s'ajuster à chaque fois qu'il y a une nouvelle info qui arrive. Il faut être sérieusement adaptable pour pouvoir supporter cela."

Avouer qu'on ne sait rien
La plus grande difficulté est d'admettre que l'humanité est désarmée face à ce nouveau virus et qu'au fond, on ne sait pas grand-chose.
"Le seul que j'ai entendu sur cette question c'est Andrew Cuomo, le gouverneur de New York, qui a dit qu'il était temps d'arrêter de faire croire qu'on sait quelque chose, alors qu'on ne sait rien. On fait ce qu'on peut, on fait au mieux mais on ne sait rien. Sa cote de popularité a flambé. Les gens se disent "enfin quelqu'un de fiable qui n'essaie pas de nous raconter des salades". Sur l'affaire des masques, par exemple, le fait de ne pas dire la vérité, de ne pas reconnaître des erreurs, discrédite la parole publique."

Apprendre à lâcher prise
Alors que faire pour vivre au mieux cette période ? Isabelle Pailleau conseille de lâcher la volonté de contrôle, notamment en dehors de sa zone d'action, d'accepter d'apprendre en avançant et d'ajuster son comportement au fur et à mesure des nouvelles données qui arrivent.
"On peut décider de mettre un masque pour sortir, de garder des distances physiques avec les autres, de ne prendre les transports que si l'on y est obligé… On peut agir là-dessus. Mais il y a toute une série de choses, comme le fait de programmer ses vacances par exemple, sur lesquelles on ne peut pas agir. Il faut accepter de ne pas pouvoir tout organiser, tout planifier."
Cela n'est pas facile, surtout lorsqu'on est anxieux et qu'on a peur de la maladie. Heureusement, il y a des outils pour travailler sur cette peur (voir encadré) !

Se faire accompagner
Si l'on n'arrive pas à s'apaiser tout seul, il est important de se faire accompagner. Les consultations en ligne se sont développées pendant la période de confinement.
"Il est possible dans un premier temps de faire observer au patient ses sensations, ses émotions. Puis de revenir ensuite à des données rationnelles que le patient pourra intégrer dans un second temps : le nombre de malades, seuls 5 % vont en réanimation et un petit pourcentage décède ; il y a moins de morts en France du Covid-19 que de la pollution de l'air. Il est important de se calmer parce que le discours général est très anxiogène. On peut facilement se laisser embarquer."

Perfectionner son agilité dans l'adaptation
Comme tous les moments de crise, celui-ci peut permettre de faire des bilans sur sa vie personnelle, professionnelle et sur la société en général.
"Aujourd'hui on a développé des façons de faire auxquelles on ne s'attendait pas. Il peut être intéressant de se rappeler toutes les fois où l'on a fait preuve d'agilité pour s'adapter", propose Isabelle Pailleau. "À quel moment ai-je eu de la flexibilité, de la souplesse ? À quel moment ai-je développé la faculté à penser "hors de la boîte" ? Il est important aussi de se poser les questions : comment puis-je me développer individuellement et mettre cela au service du collectif, comment ensemble peut-on penser la capacité de s'adapter à n'importe quelle situation ?"

Vers un management de la confiance
Même si l'on peut craindre que l'impact ne dure pas très longtemps, il y a des domaines où les leçons de cette crise porteront leurs fruits. Notamment ce qui s'est passé dans l'univers du travail est très prometteur.
"Le travail en vidéoconférence permet de sortir du management classique, qui se fait plutôt par la peur, pour aller vers un management de la confiance." Isabelle Pailleau considère que cette évolution est inéluctable car "on est allé au bout de ce système".
"Les entreprises qui s'en sortent le mieux sont celles qui ont réagi rapidement, qui ont mis leurs collaborateurs au télétravail avant le confinement. Celles qui reviendront à des modes de management traditionnels ne vont pas aller très loin."

Avant et après
D'autres secteurs pourront être concernés.
"J'aimerais qu'on prenne plus soin des autres, qu'on adopte la culture du masque, même en cas de rhume, pour éviter de contaminer les gens qu'on croise. C'est aussi un respect de l'autre. J'aimerais qu'on prenne plus soin de ceux qui prennent soin de nous. Que ces métiers soient plus valorisés. D'une manière générale, cette crise donne aux humains arrogants que nous sommes une belle leçon d'humilité. Il est fascinant de voir qu'il est possible que toute la planète s'arrête pendant un moment. Certes il y a des conséquences difficiles pour certains, mais on laisse la planète respirer, on voit qu'on peut faire autrement, on découvre de nouvelles manières de travailler, de nouvelles façons d'être en lien. C'est plutôt enthousiasmant ! Il y a beaucoup de gens qui veulent trouver du sens dans cette crise, qui ne veulent plus repartir comme avant. Je pense que cela peut déclencher des changements profonds."

 

*Co-auteure notamment de La Fabrique à kifs, éditions Marabout, Vive les Zatypiques !, éditions Leduc, Je dis enfin stop à la pression, Apprendre autrement avec la pédagogie positive, éditions Eyrolles.
La Fabrique à bonheurs

 

 


                

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