Réduire le gaspillage alimentaire

On jette 1,3 milliards de tonnes de nourriture par an, soit un tiers de la production mondiale. Cette situation n'est tenable ni pour la planète ni pour les 800 millions de personnes qui souffrent encore de la faim. Heureusement, il existe des solutions vertueuses…

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Depuis 1900, les agriculteurs ont réussi à nourrir 5,5 milliards d'êtres humains en plus. Mais il y a toujours sur terre 800 millions de personnes qui souffrent de la faim. C'est une constante qui n'arrive pas à baisser même si, en relatif, ce chiffre ne représente que 12 % de la population aujourd'hui contre 50 % en 1900. Par ailleurs, selon la FAO, on jette 1,3 milliards de tonnes d'aliments tous les ans, soit un tiers de la production mondiale !

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Des initiatives exemplaires

En France, les initiatives se multiplient, témoins les lauréats 2015 des Trophées Agrica des entreprises et associations qui luttent contre le gaspillage alimentaire :

- Les Paniers de la Mer sont des ateliers de mareyage qui récupèrent gratuitement ou à bas prix les invendus des principales criées de France. Le poisson est traité et conditionné par des personnes en réinsertion puis livré à des associations d’aide alimentaire.

- Zéro Gaspil’ est un nouveau mode de distribution proposé par Mille et Un Repas, le n°9 de la restauration collective en France. L'idée est de réorganiser les self-services avec suppression des lignes traditionnelles aux profits de blocs pour chaque partie du repas et utilisation de la même assiette pour l’entrée puis le plat.

- Zéro-Gâchis permet d'améliorer la distribution des produits à consommer rapidement. Du côté des professionnels : un système intelligent pour étiqueter les produits en DLC courte et assurer leur traçabilité. Du côté des consommateurs : un concept de rayon dédié en magasin et un site d’information sur internet. Zéro-Gâchis parvient à diminuer de moitié les invendus de ses magasins partenaires.

- Aux Goûts du Jour propose des formations, de l'accompagnement et de la sensibilisation sur les thématiques liées à l’alimentation. En matière de réduction du gaspillage alimentaire : conseil aux établissements scolaires, formation de chargés de prévention déchets et de professionnels de la restauration.

- La tente des Glaneurs est montée chaque dimanche à la fin du Marché de Saint-Pierre à Caen. On y propose gratuitement des paniers de fruits, légumes et pains que des bénévoles ont récupéré chez des commerçants partenaires.

Passer du tiers au quart
"Je ne peux pas m'empêcher de rapprocher ces deux chiffres", explique Bruno Parmentier*, ingénieur des mines, économiste et ancien directeur de l'École Supérieure d'Agriculture d'Angers. "Je sais qu'on ne peut sans doute pas arriver à zéro. Mais on pourrait se donner un objectif atteignable. Si au lieu de gâcher un tiers de la nourriture, on n'en gâchait qu'un quart, on récupèrerait environ 100 millions de tonnes. On devrait pouvoir en faire quelque chose…"

Pléthore de CO2 dans l'assiette
Par ailleurs nous avons pris conscience depuis une quinzaine d'années que la facture de nos émissions de CO2 pose problème.
"Auparavant la production agricole ne nécessitait que du soleil. Puis, il y a deux ou trois siècles, il fallait rajouter une calorie fossile pour produire une calorie alimentaire. Maintenant il faut mettre environ une centaine de calories fossiles pour produire cette calorie. Or les calories fossiles sont rares et polluent !"

À l'arrivée, nous nous retrouvons avec un maximum de CO2 dans nos assiettes. En haut de la liste : bœuf, fromage, mouton, porc… En bas de liste : lentilles, tomate…
Quelques exemples parlants :
- gaspiller un pain équivaut à : 2 km en voiture, 32h d'une lampe ou 2 tournages de lave-vaisselle ;
- gaspiller un steak : 5 km en voiture, 70h d'une lampe ou 4 tournages de lave-vaisselle ;
- le légume importé en avion pèse 20 fois plus de gaz à effet de serre que le légume local, de saison.
"On ne s'en sortira pas sans relocaliser les productions", assure Bruno Parmentier.

Tout le monde gâche
Au début de la chaîne, tout commence sur les lieux de production : fruits et légumes non calibrés, poissons et fruits de mer hors quota, trop petits, trop gros… Viennent ensuite l'industrie, le commerce et la restauration, notamment la restauration collective. Tout le monde participe au gâchis. "Les supermarchés sont montrés du doigt mais ils n'y contribuent qu'à hauteur de 5 %."

Les écogestes du consommateur
Au bout de la chaîne nous, consommateurs, sommes responsables d'une part importante du gaspillage alimentaire.
Nous savons pourtant ce qu'il faut faire : acheter la juste quantité dont nous avons besoin, ne pas écarter les fruits et légumes biscornus, privilégier le produit local, de saison, apprendre à accommoder les restes, ne pas se préoccuper des DLUO (Date Limite d'Utilisation Optimale)…

On peut aussi ne pas être trop à cheval sur les DLC (Dates Limite de Consommation). "Le yaourt vendu à Paris a une DLC de quatre semaines après la production. Le yaourt vendu à Point-à-Pitre, du fait du transport, a une DLC de huit semaines." Conclusion : nous pouvons sans danger, en France métropolitaine, manger notre yaourt nature quatre semaines après la date limite.

"Toutes les idées sont bonnes à prendre. Ne comptons pas sur Obama, Xi Jinping, Poutine et consort ! C'est à nous de faire l'effort : nous les citoyens, nous les entreprises !", affirme Bruno Parmentier.

Manger moins de viande
Parmi les changements nécessaires, nous devons réduire drastiquement notre consommation de viande et remettre le légume à l'honneur.
"Il y a beaucoup de végétariens sur terre : 3 milliards de gens sont trop pauvres pour acheter de la viande. Mais quand on passe de végétarien à carnivore on multiplie par quatre sa consommation de végétaux : un végétarien consomme 200 kg de céréales par an, un carnivore 800 kg (incluant tout ce qu’a mangé l’animal qu’il mange). Il est impossible que toute la planète multiplie par quatre sa consommation de végétaux !"

Un Français consomme dans sa vie 7 bœufs, 33 cochons, 9 chèvres, 1 300 poulets, 60 lapins, 20 000 œufs, 32 000 litres de lait… "La gastronomie française est un peu excessive ! Et ce n'est rien comparé aux états-uniens ou aux argentins ! Quant à la Chine, elle a multiplié par huit sa consommation de viande en 40 ans."

Passer de la quantité à la qualité
Dans un premier temps la réduction du gâchis alimentaire entraînera du chômage dans les filières concernées (production, transformation, transport, distribution…), qui, en quelque sorte, vivent aussi du gâchis. Mais, selon Bruno Parmentier, dans un deuxième temps, elle provoquera de l'embauche dans les services.

"L'agriculture est au cœur de la question du réchauffement climatique : c'est le seul secteur d'activité triplement concerné car il est à la fois cause, victime et solution. Dans les années 60, les manifestations d'agriculteurs concernaient les viticulteurs du Languedoc Roussillon. On est passé de 140 litres de vin par personne et par an à 42 litres aujourd'hui. Il a fallu que le viticulteur s'adapte et ne fabrique que du bon et du cher. Il doit se passer la même chose avec la viande et le lait."

Entre l'économie du 20e siècle centrée sur la production de masse et celle du 21e siècle centrée sur la production ciblée et le service, la transition est difficile. "Mais l'agriculteur vivra mieux demain en produisant moins mais meilleur et mieux payé."

Si nous savons entrer dans ce cercle vertueux, c'est une société plus solidaire qui nous attend.
"On a cru un moment que le bonheur était dans le plus : plus de nourriture, plus de richesse, plus de voitures etc. On a fait le tour du plus. Il est plus que temps de passer au mieux !"

 

*Auteur notamment de Faim zéro, éditions La Découverte
Site de Bruno Parmentier : Nourrir Manger


                

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