Rescapés d'attentats : les outils de la résilience

Comment se reconstruire après un événement dramatique ? Des rescapés des attentats de 2015 expliquent comment ils ont pu bâtir une nouvelle vie plus centrée sur le présent, avec plus de distance et d'ouverture d'esprit.

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Ils ont vécu les attentats de janvier et novembre 2015 mais ils refusent d'être réduits à leur statut de "victime" et ils ont trouvé dans leur vie quotidienne des outils pour se reconstruire. Lucile Berland, journaliste-enquêtrice, a recueilli leurs témoignages* qui nous offrent un belle leçon de vie et un message d'espoir.

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Huit outils de résilience

Les rescapés des attentats de 2015 qui témoignent dans le livre* de Lucile Berland, ont trouvé dans leur vie des outils pour les aider à se relever.

- La musique : assister à des concerts ou la pratiquer soi-même.

- L'art et la nature : aller dans des expos ou se ressourcer au contact de la mer, de la montagne, de la campagne.

- Le sport : expulser sa colère, se dépasser dans un exercice physique intensif.

- L'écriture : faire un livre, écrire un texte de rap ou un publier des textes sur les réseaux sociaux.

- Le travail : reprendre rapidement une activité professionnelle ou se lancer dans un nouveau projet.

- L'amour des siens : se ressourcer dans le rapport aux autres (écoute, confiance, tendresse…) et en faire des "tuteurs de résilience".

- L'engagement : créer une association ou participer à des activités de solidarité.

- L'humour : pour retrouver un peu de légèreté au quotidien.

Après un attentat, la reconstruction est possible ?
Lucile Berland : Oui, avec deux nuances à apporter dès le départ. Les rescapés qui témoignent dans mon livre ont conscience de faire partie de ceux qui s'en sortent plutôt mieux et qui se sont remis plus rapidement que la moyenne. Tous ne sont pas dans ce cas. Par ailleurs il faut préciser que, même pour eux, ce n'est pas facile tous les jours. Mais ils se battent, ils continuent d'avancer pour essayer de faire de cette épreuve une force, pour ne pas rester à jamais avec l'étiquette de victime collée sur le front. Étiquette à laquelle nous les renvoyons, avec nos regards, nos mots, sans forcément en avoir conscience. Ils font tout pour trouver un nouvel équilibre entre les repères de leur vie d'avant et la nouvelle dynamique consécutive aux attentats.

Est-ce que vous seriez d'accord pour dire que ces rescapés se retrouvent transformés, qu'ils ont acquis une perception du monde différente ?
L.B. : C'est exactement cela le phénomène de résilience. Il est basé sur deux notions qui peuvent paraître paradoxales : la rupture et la continuité. Dans un processus de reconstruction, on continue un mouvement qui existait avant les évènements mais on le poursuit différemment de ce qui se serait passé s'il n'y avait pas eu le traumatisme. Avoir frôlé la mort donne à ces rescapés une toute autre vision de leur vie familiale ou professionnelle. Cela leur fait prendre beaucoup de recul sur les petites choses anodines et prosaïques du quotidien. Ils se plaignent moins qu'avant. Ils ont plus tendance à voir le verre à moitié plein qu'à moitié vide, à se réjouir des choses simples, à s'écouter davantage sur ce qui est important pour eux afin de ne pas gâcher un seul moment de ce sursis qu'ils auraient pu ne pas avoir.

Parmi les personnes qui ont témoigné est-ce qu'il y en a qui ont été accompagnées par un psy ?
L.B. : Pratiquement tous à une ou deux exceptions près, mais de manière très variable. Certains n'ont eu que deux ou trois séances au début. Certains sont toujours accompagnés aujourd'hui. Certains n'ont pas été accompagnés au départ mais ont commencé après quelques mois et le sont encore aujourd'hui. Mais tous ont puisé leur force ailleurs. La psychothérapie, même si elle a contribué à stabiliser certains, a été un des éléments de la reconstruction, mais il y en a beaucoup d’autres.

Certains ont-ils expérimenté les techniques reconnues pour avoir de bons résultats sur le syndrome de stress post-traumatique ?
L.B. : Parmi les rescapés que j'ai rencontrés, plusieurs ont utilisé l'hypnose ou l'EMDR avec des résultats plutôt positifs.

Comment trouver les bons outils de résilience ?
L.B. : Chacun trouve les outils qui lui conviennent. Il y a des prédispositions. Avant l'attentat, quelqu'un qui n'a jamais apprécié la nature ne va pas se mettre à trouver demain sa thérapie dans la nature. Il faut aller puiser dans ce qui nous faisait déjà du bien avant pour s'y plonger encore plus.

Parmi les huit outils de résilience (voir encadré) que vous détaillez dans votre livre, quels sont pour vous les trois principaux ?
L.B. : En termes d'universalité, les outils qui peuvent convenir au plus de gens sont, à mon avis, la nature, la musique et l'écriture.

La nature et la musique ?
L.B. : La nature et la musique sont revenues très souvent dans les témoignages. Quand on est immergé dans la nature, quand on est en plein concert ou en train d'écouter un morceau chez soi, on ne pense plus au reste. C'est un moment d'apaisement où l'on se ré-ancre dans le présent. On a tous des souvenirs sensoriels très forts, intimes parfois, liés à la nature ou à la musique. Ce sont deux temples de sérénité, presque de recueillement, au sens laïque du terme, pour les gens qui ne croient pas et qui n'ont pas la religion comme pilier.

Et l'écriture ?
L.B. : Tous les psys disent que l'écriture aide à mettre un traumatisme à distance. Ça n'est pas nouveau mais ce qui m'a frappée c'est que ça peut vraiment aider tout le monde, même quelqu'un qui n'a jamais écrit plus de trois lignes de sa vie. Que le résultat soit publié ou non après, qu'on le montre à ses proches ou qu'on le garde pour soi, l'écriture aide beaucoup de gens.

Certaines personnes qui ont réussi à dépasser leur cancer grâce à une remise en cause complète de leurs modes de vie vont jusqu'à remercier la maladie de les avoir fait grandir. Est-ce que vos témoins ont ce genre de tentation ?
L.B. : La différence, c'est que le cancer est un événement personnel. Eux ont été impliqués dans un événement collectif où d'autres sont morts. Dire merci à cet événement serait insulter la mémoire de ceux qui ont disparu. Mais ils peuvent dire que, personnellement, ils arrivent à en tirer du positif malgré tout. Certes, c'est un combat qui n'est pas facile mais il est "intéressant" car il déclenche un autre regard sur la vie et les aide à en profiter plus qu'avant.

Ces rescapés ne nous apportent-ils pas une leçon de vie qui vaut pour tout le monde ?
L.B. : Si bien sûr ! Leurs parcours de résilience sont transposables à bien d’autres types de traumatismes comme des drames familiaux, des accidents de voiture, des maladies graves etc. Quelqu'un qui survit à des événements dramatiques, quels qu'ils soient, peut s'appuyer sur ces mêmes outils pour trouver, si possible, de la force et de l'envie d'avancer. J'ai trouvé chez ces rescapés des attentats de 2015 un message assez universel et j'espère qu'il pourra aider des gens bien au-delà de ceux qui y ont été impliqués.

 

*En vie, Paroles d'espoir de rescapés d'attentats, Lucile Berland, éditions Hugo Doc


                

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