Les maladies inventées par la médecine

Pré-hypertension, pré-diabète, pré-ostéoporose, dépression, cholestérol… Des maladies virtuelles ? Pourfendeur des dérives de l'industrie pharmaceutique, Philippe Even nous explique comment le monde médical crée de toutes pièces des maladies pour le plus grand profit des labos...

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Il y a bien sûr de vraies maladies dont on souffre et dont on meurt. "Mais elles ne touchent qu'un tout petit nombre de gens", affirme Philippe Even, professeur émérite à l'Université Descartes et président de l'Institut de recherche Necker-Enfants malades. Selon lui, la majeure partie de l'activité de l'industrie pharmaceutique consiste dans ces immenses marchés préventifs avec des médicaments qu'on donne de longues années à un très grand nombre de gens pour prévenir des maladies soit qui n'existent pas, soit qui n'ont qu'une chance minuscule de provoquer un accident (Voir : Les dérives du médicament).

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Le cholestérol : indispensable à la vie

"La vie commence quand quelques molécules peuvent s'enfermer dans une membrane pour se protéger de l'agressivité du milieu extérieur : les acides, les bases, les sels qui s'agitent dans l'eau primitive des océans et interdisent tout projet constructif du fait de réactions chimiques violentes. Et cette membrane contient deux molécules : la sphingosine, et le cholestérol."
Le cholestérol est indispensable, notamment pour assurer la solidité des membranes. C'est une nécessité.
"Elle n'est pas facile à fabriquer : il faut 36 étapes chimiques successives et plusieurs heures. Une fois qu'elle est fabriquée, elle est intouchable : c'est la seule molécule qui nous compose qui n'est jamais détruite dans l'organisme. Elle est réutilisée, recyclée. Toutes les hormones de la corticosurrénale, les hormones sexuelles, la vitamine D, tout vient directement du cholestérol."

Les seuls malades pour qui le cholestérol est un problème sont ceux qui souffrent d'une maladie génétique qui s'appelle l'hypercholestérolémie familiale. Elle ne touche qu'une population réduite (quelques centaines de milliers de personnes).
"C'est ce qu'on appelle une maladie de surcharge, hautement toxique, qui n'a rien à voir avec la maladie artérielle. On la traite avec les statines qui ont quelques résultats mais qui ne sont pas assez puissantes pour l'instant."

La pré-hypertension artérielle
Selon Philippe Even, on parle d'hypertension au-dessus de 16/10.
"Plus vous descendez le seuil, plus vous étendez le marché. Le fait de passer à 13/8 a multiplié le marché par 3 : ça représente 2,2 milliards € par an en France."
L'idée selon laquelle il y aurait un risque accru de maladies cardiovasculaires pour les personnes qui ont une tension entre 13/8 et 16/10 serait une vue de l'esprit.
"Il y a au moins 20 articles dans la littérature scientifique portant sur des dizaines de milliers de malades surveillés pendant 5-10 ans. Il n'y a aucune différence entre ceux qui ont ce type de pré-hypertension traitée et ceux qui ne traitent pas."

De plus, les traitements comportent souvent trois médicaments. "Or des centaines d'études disent qu'il est très rare qu'il y en ait besoin de deux, que le médicament qui marche à tous les coups est un diurétique qui suffit largement."

Le pré-diabète
Philippe Even se souvient qu'il y a 50 ans, le diabète commençait au delà de 1,4 g de sucre dans le sang.
"Maintenant c'est 1,25 g. On a doublé le marché. Les diabétologues ont même dit qu'il fallait se méfier à 1,1 g."
Et dans le syndrome métabolique créé il y a 7 ans, la glycémie devient un risque à partir de 1,01 g, la norme étant à 1 g !
À partir de ces nouveaux seuils, on est passible d'un traitement préventif qui doit, bien-sûr, être administré à vie.

La pré-ostéoporose
L'ostéoporose est une véritable maladie qui touche les personnes âgées, surtout les femmes. Mais il y a peu de cas avant 80 ans.
"On a inventé un examen pour mesurer la densité de l'os, l'ostéodensitométrie, et on a défini des critères au-delà desquels le patient présente une pré-ostéoporose ou ostéopénie, ce qui veut dire qu'il n'a pas assez d'os. Il faut donc traiter cette ostéopénie pour qu'il n'ait pas d'ostéoporose à 80 ans et qu'il ne se casse pas le col du fémur en tombant de son lit. Donc à partir de 55 ans il faut faire des dosages, alors qu'aucun dosage ne sert à prévenir l'avenir dans ce domaine. Conclusion : il faut prendre un traitement à vie."

La dépression
La dépression est également une maladie réelle et invalidante qui peut dans certains cas conduire au suicide (voir : Dépression, déprime, les antidépresseurs, c'est pas automatique). Mais comment distinguer la déprime ordinaire de la dépression ?
"Il s'agit d'un jugement assez subjectif. Pas de test biologique, pas d'imagerie. L'intuition clinique, c'est tout. C'est le champ idéal pour fabriquer des marchés. Il suffit pour cela d'encadrer le maillon entre le malade et l'industrie : les médecins. Et pour cela, il faut arroser. Aux États-Unis, la psychiatrie est la discipline la plus financée par l'industrie. Certains médecins ont des contrats annuels jusqu'à 6 millions de dollars…"

Pour ouvrir un marché, il suffirait donc de faire rentrer dans le DSM**, la liste officielle des maladies psychiatriques, n'importe quelle maladie psy plus ou moins inventée.
"L'un des exemples a été le syndrome du manque d'attention avec hyperactivité de l'enfant qui aboutit aujourd'hui à traiter tous les jours 20 % des garçons américains à l'école." En France, heureusement, on n'atteint que 1 à 2 %, c'est encore un marché modeste.

"Mais la France est le pays qui consomme le plus d'antidépresseurs au monde. Entre 6 et 10 millions de Français prennent un ou plusieurs antidépresseurs de façon régulière. C'est un marché formidable dans lequel les médecins ont montré peu de bon sens."

Le cholestérol
Le meilleur exemple de maladie virtuelle, selon Philippe Even, est le cas du cholestérol (voir : Cholestérol, faut-il s'en préoccuper ?). "Le mythe c'est : le cholestérol encrasse les artères, les bouche et crée des maladies cardiaques. C'est un schéma simple qui a eu un succès magnifique depuis 50 ans. Pourtant, il y a aujourd'hui la certitude qu'il ne joue aucun rôle dans les maladies cardiaques." (Voir encadré.)

Cela n'empêche pas de traiter abondamment les patients avec des statines, un médicament qui réduit effectivement le cholestérol à des taux vraiment bas. C'est, selon Philippe Even, le plus gros marché mondial en matière de médicament.
"La plupart des médecins sont de bonne foi, ils y croient. Et nombreux sont les patients qui vivent dans la crainte de leur taux de cholestérol."

Des maladies virtuelles, des profits réels
L'industrie pharmaceutique a parfaitement compris qu'il suffit de susciter la crainte et l'espoir chez les patients. "Elle peut ensuite inventer des médicaments virtuels pour des maladies virtuelles. Mais pour des revenus qui ne sont pas du tout virtuels."

 

* Auteur notamment avec Bernard Debré de :
Les leçons du Mediator : l'intégralité du rapport sur les médicaments, éditions Cherche-Midi
Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, éditions Cherche-Midi
La vérité sur le cholestérol, éditions Cherche-Midi
Traducteur de :
La vérité sur les compagnies pharmaceutiques : Comment elles nous trompent et comment les contrecarrer, Marcia Angeli, éditions Le mieux-être
Médicaments effets secondaires : la mort, John Virapen, éditions Cherche-Midi
** Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (la 5e édition est parue récemment).


                

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