Se méfier des interactions médicamenteuses

Effets secondaires indésirables des cocktails de médicaments, efficacité diminuée voire annulée de nos pilules sous l'influence de certains aliments ou certaines plantes… Il serait sage de mieux prendre en compte les interactions médicamenteuses. Conseils d'une pharmacienne…

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La surconsommation de médicaments est très ancrée dans notre culture de santé en France. La plupart des médecins ne lésinent pas sur la longueur des ordonnances, d'autant que de nombreux patients sont très demandeurs.

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Trois conseils

Lire les notices
"Aucun médicament n'est anodin", prévient Alina Moyon. "Il faut faire correctement le rapport bénéfice/risque. Quand on intègre un nouveau médicament il faut bien lire la notice. Il vaut mieux prévenir l'apparition des effets secondaires plutôt que d'essayer de les traiter par la suite. Il ne faut introduire de nouveaux médicaments que lorsqu'on n'a pas d'autre choix et qu'on a essayé de faire le maximum par les méthodes naturelles."

Prévenir plutôt que guérir
"On n'a pas fait mieux que la prévention. Aujourd'hui on considère que seulement 15 % de la génétique joue un rôle dans l'apparition des maladies. Le reste c'est notre environnement. Il y a des paramètres comme la pollution sur lesquels nous n'avons pas de prise. Mais nous avons prise sur beaucoup d'autres paramètres."

Être acteur de sa santé
On ne peut plus raisonner aujourd'hui en demandant une pilule magique à son médecin, qu'il soit allopathe ou non.
"On a tendance à penser qu'il y a des remèdes universels, que le même médicament est valable pour tout le monde : ce n'est pas vrai. Ce qui sera bon pour l'un ne sera pas efficace pour l'autre. Chacun réagit avec son propre métabolisme et doit donc se prendre en charge." 

Des médicaments… contre les effets secondaires des médicaments
"Quand il y a des effets secondaires qui apparaissent, au lieu de réévaluer son traitement, le médecin prescrit la plupart du temps un autre médicament. C'est pourquoi les patients, notamment les personnes âgées, se retrouvent avec des pages et des pages d'ordonnances", déplore Alina Moyon*, docteur en pharmacie.

Au delà de cinq : interactions assurées
"Dès que l'on prend deux médicaments, il y a un risque d'interaction. Quand on en augmente le nombre, on augmente les risques. Si l'on prend cinq médicaments ensemble, on est sûr à 100 % qu'il y a des interactions médicamenteuses."
Or 49 % des plus de 75 ans prennent plus de cinq médicaments en cumul sur un trimestre** ! "La polymédication des personnes âgées est un problème préoccupant."

Des effets secondaires indésirables
Pour les médicaments, les effets secondaires sont bien repérés. Il suffit de lire les notices. On sait, par exemple, que les corticoïdes peuvent accentuer l'ostéoporose, que les antidépresseurs et les anxiolytiques peuvent provoquer des vertiges, des nausées ou un état vaseux, que les statines détruisent la cellule hépatique et la cellule musculaire (voir : Cholestérol, faut-il s'en préoccuper ?). 

S'y ajoutent les effets secondaires des cocktails de pilules : vertiges, nausées, baisses soudaines de tension qui augmentent les risques de chute. Certains mélanges ont pour effet de couper la faim, d'autres ont un impact sur la coagulation sanguine. Il existe des tableaux qui les inventorient.

Une efficacité perturbée
Certaines molécules peuvent voir leur effet augmenté ou diminué voire supprimé, du fait de la présence d'un autre produit. Par exemple, les personnes qui ont des brûlures d'estomac et prennent des anti-acides doivent les prendre à distance d'un traitement chronique. "Les anti-acides perturbent l'absorption des autres médicaments", précise Alina Moyon.

C'est le cas également avec des aliments ou des plantes médicinales. Par exemple, le pamplemousse et le millepertuis, une plante réputée pour ses effets antidépresseurs, sont des inducteurs enzymatiques : ils accentuent l'activité détoxifiante du foie. "Si on les absorbe en même temps que des médicaments, ces derniers vont être métabolisés et éliminés plus rapidement, avec pour résultat une activité amoindrie." Cela peut être très gênant pour les produits qui ont une marge thérapeutique étroite et qui peuvent ainsi devenir inefficace : notamment les médicaments pour la thyroïde, ceux qui sont prescrits contre le rejet d'organe ou même la pilule contraceptive.

Beaucoup d'interactions avec les anticoagulants
C'est le cas aussi des médicaments qui agissent sur la coagulation sanguine. Certains légumes, comme les légumes verts à feuille, sont riches en vitamine K, une vitamine pro-coagulante : choux, épinards, cresson, laitue… D'autres végétaux, par ailleurs excellents pour la santé, ont une influence sur la fluidité sanguine : curcuma, gingembre, gingko, harpagophytum (la "griffe du diable", intéressant pour les problèmes d'arthrose). Les huiles de poisson et les oméga-3 ont le même effet.
"Lorsqu'on a trouvé un bon mode de fonctionnement alimentaire et qu'on prend des anticoagulants, il ne faut pas changer son alimentation de manière brusque", conseille Alina Moyon.

Lait, thé, bananes, sodas
Le cas du lait est très connu : il ne doit pas être consommé avec un antibiotique comme la tetracycline. "La tetracycline interagit avec le calcium qui est dans le lait et qui va l'inactiver."

Le thé, vert ou noir, réduit la capacité d'absorption du fer dans l'organisme. "Quand on donne du thé à une personne qui a une anémie ferriprive et qui prend un supplément à base de fer, les tanins du thé vont former des précipités avec le fer et l'éliminer."

La banane, très riche en potassium, peut être à l’origine d’un surdosage potassique en cas d’usage fréquent. À éviter chez les personnes sous traitement pour des problèmes cardiaques ou d'hypertension. "De plus, certains diurétiques modifient l'excrétion du potassium, ajoutant ainsi une variable supplémentaire dont il faut tenir compte. À noter que des modifications de la kaliémie peuvent avoir des répercussions graves sur le coeur, avec la possibilité d'apparition de torsades de pointe", avertit Alina Moyon.

Méfiance avec les sodas ! "Les boissons gazeuses, notamment les sodas, sont très acides. Elles accélèrent la vidange gastrique et peuvent détruire des principes actifs de médicaments." Il faut être attentif à l'équilibre acido-basique de notre alimentation car l'acidité modifie l'absorption de certaines molécules.

Les HE contenant des coumarines
L'action des anticoagulants peut être enrayée par les huiles essentielles (HE) de la classe des coumarines : agrumes (citrus), achillée mille feuilles, estragon, camomille allemande, lavande vraie, khella, graines d'angélique, mélisse officinale, matricaire…

"Il y a aussi des HE qui ont des composants "hormones like". Par exemple dans le niaouli on trouve des "oestrogene like". C'est la raison pour laquelle le niaouli est contre-indiqué dans les traitements pour des antécédents de cancers hormono-dépendants."

Les cas d'interaction sont peu nombreux avec les HE, du fait de la très petite quantité de produit utilisée.

Acteur de sa santé
Pour Alina Moyon, il est donc essentiel de lire attentivement les notices de nos médicaments, de mettre l'accent sur la prévention et, d'une manière générale, d'être acteur de sa santé (voir encadré).
"On se sent responsable de sa voiture, on peut bien se sentir responsable de son corps !"

 

*Co-auteur avec Jean-Claude Rodet de Les interactions médicamenteuses, Guide d'information sur les actions des médicaments entre eux, avec l'alimentation, les plantes et les produits de santé naturelle, éditions du Dauphin.
**Vidal : Prévalence de la polymédication chez les personnes âgées en France, enquête de l'IRDES

23 %

des plus de 75 ans
prennent plus de 5 médicaments
sur un jour tiré au hasard**


49 %

des plus de 75 ans
prennent plus de 5 médicaments
en cumul sur un trimestre**


39 %

des plus de 75 ans
prennent plus de 5 médicaments
prescrits au moins 3 fois dans l'année**




                

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