La médecine traditionnelle coréenne

Depuis des millénaires, la médecine coréenne fait la synthèse entre les différentes approches orientales et occidentales. Encore peu connue, elle mérite toute notre attention car c'est un bel exemple de médecine intégrative.

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"Fille" de la médecine chinoise (voir : La médecine chinoise en France), la médecine coréenne s'en distingue sur beaucoup d'aspects notamment pour des raisons historiques et politiques. "Il a fallu affirmer une identité nationale et cela s'est fait notamment à travers la médecine", explique Pierre Ricono*, spécialiste des médecines orientales et attaché scientifique à la Cité des sciences et de l'industrie de Paris.

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Les livres de référence

Il y a trois livres fondateurs de la médecine coréenne.
Le plus important est le Dongui bogam (Le trésor de la médecine extrême-orientale) écrit au début du 17e siècle. Il s'agit d'une synthèse de tous les écrits existant à l'époque concernant les médecines de la région.
"L'auteur, Heo Jun, a compilé tout ce qui existait en matière de diagnostics, recettes et préconisations émanant de la Chine, principalement, mais aussi des savoirs locaux, pharmacopée, chamanisme etc. Le livre a été traduit pour la première fois en anglais en 2013 et comporte 10 tomes. Il y a des recettes de pharmacopée faisant appel à des ingrédients d'origine végétale, animale, minérale… C'est d'une richesse incroyable !", s'enthousiasme Pierre Ricono.

Le livre le plus récent, le Dongui Susebowon, écrit en 1893, pose les base de la médecine Sasang qui développe le classement des individus en quatre grands groupes : tae-yang, tae-eum, so-yang, so-eum.

Selon Pierre Ricono, la médecine traditionnelle coréenne est très populaire en Corée et très bien remboursée.
"On a l'image d'une Corée extrêmement moderne et technophile mais là-bas, quand on a un problème, on consulte d'abord en médecine traditionnelle. Lors de toutes les grandes fêtes, la plupart des plats ou des gâteaux traditionnels de riz incluent de l'armoise ou des plantes médicinales. Les Coréens sont les plus grands consommateurs au monde de ginseng (en coréen : insam). Je conseille à tout le monde d'en faire des cures régulières. C'est un gage de dynamisme !" 

La typologie des constitutions
La médecine coréenne considère que les individus se classent en quatre grands groupes : tae-yang, tae-eum, so-yang, so-eum. La distinction se fait en fonction de la localisation corporelle de l'énergie, selon la force ou la faiblesse d'un couple d'organes envisagés selon les principes de la médecine chinoise. Chaque individu appartient, à des degrés variables, à un type précis.

- "Tae-yang", le grand yang
"Ce sont des gens dont l'énergie a tendance à rester concentrée dans le haut du corps avec une cage thoracique très développée. Il y a une forte stimulation du poumon. En contrepartie le bas du corps est moins nourri en matière énergétique et il y a une faiblesse notamment au niveau du foie."

- "Tae-eum", le grand yin
"Ces personnes ont une énergie disponible au niveau hépatique, un foie qui résiste à tous les excès, mais une faiblesse au niveau des poumons ce qui entraîne par exemple une plus grande sensibilité aux maladies respiratoires."

- "So-yang", le petit yang
"Ceux-là ou celles-là ont un excès d'énergie au niveau rate-pancréas et une faiblesse au niveau des reins."

- "So-eum", le petit yin
"Dans ce groupe, il y a une faiblesse énergétique au niveau rate-pancréas et des reins très solides."

Comparable à d'autres typologies ?
Il existe dans le monde beaucoup d'autres approches qui s'organisent autour d'une typologie de constitutions et de caractères.
"Les médecines ayurvédique et tibétaine divisent les individus en trois grands groupes, certains médecins taoïstes les divisent en huit. J'ai fait un tableau qui montre qu'il y a un lien évident. On voit bien que ces médecines traditionnelles se nourrissent les unes les autres", explique Pierre Ricono.
Voici quelques exemples extraits de ce tableau :

"En Corée et en Chine, le grand yang ou "tae-yang", est une constitution très peu fréquente : environ 1 %. On retrouve donc un système ternaire : so-eum, so-yang et tae-eum qui ressemblent beaucoup à respectivement vata, pitta et kapha en Inde."
(Voir : L'âyurveda, la médecine traditionnelle indienne et La médecine tibétaine)

La consultation
Quand on vient consulter un médecin traditionnel coréen, le temps de diagnostic est très long : une longue prise de pouls, un examen des yeux, de la langue, des oreilles, du cheveu, de la texture et de la couleur de la peau… "Tout est visuel, cela suffit au praticien pour se faire une idée de la constitution du patient."

Si besoin, le thérapeute dispose ensuite de tout une arsenal de gestes à mettre en œuvre immédiatement : acupuncture, moxibustion, sangsues, électropuncture (toutes les aiguilles sont reliées à un appareil qui envoie un léger signal électrique) ou… pharmacopuncture.

Pharmacopuncture
Il s'agit d'une pratique typiquement coréenne.
"On utilise une aiguille d'acupuncture qu'on pique dans une décoction de plantes ou dans une dilution de venin d'abeille. Puis on pique le patient avec cette aiguille, ce qui permet de diffuser ces produits."

En Corée, selon Pierre Ricono, les praticiens ont leur laboratoire à côté de leur cabinet et font en permanence des préparations, des décoctions, des crèmes, des onguents… "On est entièrement pris en charge."

Une ordonnance… d'aliments et de plantes
Le patient sort de la consultation avec la préparation dont il a besoin en doses de trois semaines : poudre à mêler au contenu de l'assiette, cocktail de plantes à prendre en infusion ou en décoction.

Il a aussi une liste d'aliments à privilégier et à réduire. "Spécifiques pour chaque constitution, ces recommandations se fondent sur une typologie de saveurs comme en médecine chinoise : chaud, tiède, frais, froid… Par exemple pour so-eum et tae-eum, il vaut mieux choisir en majorité les aliments chauds ou réchauffant et limiter les crudités ou les fruits."

Qi Gong et méditation
Le thérapeute conseille également des mouvements de Qi Gong, adaptés à chaque constitution.
L'introspection, le retour à soi, la méditation sont également des pratiques fondamentales pour la médecine coréenne.
"L'hygiène de vie est aussi une hygiène de l'esprit : prêter attention à ses pensées, ses émotions, goûter à la qualité de ses relations avec autrui… Le bien-être de se retrouver en contact avec soi !"

Trouver un médecin en France
Pas facile ! En France, il n'y a qu'un seul praticien en médecine traditionnelle coréenne, selon Pierre Ricono. "Il s'appelle Guillaume Deveze, il pratique à la fois la MTC et la médecine coréenne, il a fait cinq ans de formation en Corée et il a créé Le Dispensaire à Toulouse."
Il n'y a pas encore pour l'instant en Europe de formation en médecine traditionnelle coréenne.

Nous rendre plus responsables
"Ces approches orientales sont des médecines qui nous rendent plus responsables, qui remettent dans un contexte familial la possibilité de prendre soin les uns des autres, ce qui n'empêche pas d'aller voir un médecin dans les cas graves. La médecine coréenne se régénère toujours grâce au contact des autres médecines, en gardant une assise traditionnelle avec une démarche expérimentale permanente."
Un bel exemple de médecine intégrative…

 

*Auteur notamment de La Médecine coréenne, éditions Grancher


                

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