Se méfier des additifs alimentaires

Sur les centaines d'additifs autorisés dans l'industrie agro-alimentaire, très peu sont utiles et sans effets dommageables pour la santé. Des conseils pour s'orienter dans cette jungle, du E100 au E1451…

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Les humains ont toujours cherché à conserver plus longtemps leur nourriture et à lui donner meilleur goût. C'est ainsi qu'au cours de l'Histoire, on a utilisé des produits naturels, le sel, le sucre, le vinaigre ou l'huile, sans nuisance pour la santé.

Avec l'avènement de l'alimentation industrielle, après la 2de Guerre Mondiale, sont arrivées sur le marché les molécules de synthèse rejointes il y a peu par leur version microscopique, les nanoparticules (voir encadré). Certaines de ces substances sont fortement suspectées de toxicité pour la santé et l'environnement (voir : Les maladies liées à l'environnement) et il semblerait que les mailles de la réglementation soient assez lâches.

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Environ 300 additifs alimentaires autorisés

"Les additifs sont des substances qui sont ajoutées aux aliments dans un but technologique : améliorer leur conservation, réduire les phénomènes d'oxydation, colorer les denrées, renforcer leur goût… etc.", explique la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes).

Il en existe environ 300, officiellement autorisés par l'Union Européenne sur avis de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Ces additifs doivent figurer obligatoirement sur les étiquettes soit en clair comme par exemple "bicarbonate de sodium", soit sous la forme d'un code précédé du nom de la catégorie, comme par exemple "colorant E102".

Leur rôle : modifier en profondeur la texture d'une préparation, allonger sa durée de conservation mais aussi simplement rendre attractif son aspect extérieur.

En voici la liste abrégée :
- les colorants : du E100 à 180
- les conservateurs : du E200 à 297
- les antioxydants : du E300 à 321
- les acidifiants : du E325 à 380
- les agents de texture (gélifiants, stabilisants, épaississants…) : du E400 à 495
- les "multitâches" : du E500 à 585
- les exhausteurs de goût : du E620 à 650
- les agents d'enrobage : E900 à 914
- les gaz : E938 à 949
- les édulcorants : du E950 à 999
- les enzymes alimentaires : E1100 à 1105
- les amidons modifiés : du E1404 à 1451.

Pas toujours utiles
La question de l'utilité et de l'innocuité des additifs alimentaires fait débat. Les industriels jurent leurs grands dieux qu'on ne peut pas s'en passer. De nombreux experts ont une autre vision de la chose.
Parmi eux, Philippe Chavanne, auteur de plusieurs ouvrages sur la question alimentaire, estime que les conservateurs pourraient être facilement remis en cause : la généralisation des réfrigérateurs et congélateurs les rendraient aujourd'hui obsolètes.*

Masquer la piètre qualité des produits
Certains additifs sont là uniquement pour remplacer des ingrédients plus nobles ou pour masquer la médiocrité de certains produits. Dans ce cas, leur usage est uniquement justifié par des préoccupations de coût (et non de goût). Mais comme le précise Thierry Souccar, journaliste spécialiste dans la nutrition : "vous n’achetez pas des aliments pour augmenter les marges des fabricants. Vous le faites pour le plaisir et pour qu’ils vous gardent en bonne santé".

Flatter l'apparence
D'autres substances ne se justifient que par des arguments marketing.
La question des colorants revient souvent à la une de l'actualité. Une enquête de Cash Investigation sur la couleur du jambon avait fait sensation en septembre 2016.
"Faut-il vraiment que le jambon arbore une improbable couleur rose plus ou moins soutenue qui n'a absolument aucun rapport avec la couleur naturelle de la viande de porc d'origine ?", questionne Philippe Chavanne. Un colorant sur deux est dérivé d'hydrocarbures. Certains sont suspectés de provoquer des dérèglements chez l'enfant : troubles de l'attention, hyperactivité, baisse de la sociabilité. D'autres seraient cancérogènes.*

Interdiction du E171
Les nanoparticules sont suspectes de toxicité. Néanmoins on en trouve dans plus de 300 produits alimentaires, la plupart du temps pour des raisons purement cosmétiques. (Voir : Les nanotechnologies, des sciences maîtrisées ?)
À la demande de huit ONG, l'une d'entre elles, le E171 (dioxyde de titane), a été interdit cette année en France à l'horizon 2020 dans les plats préparés et les confiseries. Simple agent blanchissant ou d'intensification des couleurs, cet additif est très répandu dans les gâteaux, bonbons, chewing-gum, poudres pour capuccino, épices, soupes déshydratées mais aussi dans des cosmétiques (dentifrice, crème solaire…). Et même dans des médicaments courants (Dafalgan ou Doliprane) pour rendre plus opaque leur pelliculage. Or, selon une étude de l'INRA, le E171 favorise la croissance de lésions précancéreuses chez le rat. En 2006, il avait été déjà classé "cancérogène possible" par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer).

Des tests sujets à caution
Depuis plusieurs années, L'EFSA (voir encadré) procède à une réévaluation des additifs alimentaires. Ces travaux doivent s'achever au plus tard en 2020. Problème : l'agence européenne est de plus en plus controversée. Selon un rapport de l'ONG belge CEO (Corporate Europe Observatory), 46 % des experts de l'EFSA seraient "en conflit d'intérêts, direct ou indirect, avec des entreprises dont il sont censés évaluer les produits".*

Par ailleurs, la méthode des tests toxicologiques effectués par les industriels est fortement contestée. Ils sont réalisés sur des animaux de laboratoires qui ne réagissent pas forcément comme l'humain et qui ne sont soumis qu'à une seule substance à la fois, sans tenir compte de l'effet de répétition (l'accumulation de doses répétées dans l'organisme) ni de l'effet cocktail (dans la réalité, la plupart des gens sont soumis quotidiennement à plusieurs dizaines d'additifs différents).

Être très sélectif
Le consommateur serait donc bien avisé de ne pas trop compter sur la diligence des autorités, de s'informer au mieux et d'être extrêmement vigilant dans ses achats alimentaires.

Philippe Chavanne conseille de ne jamais acheter de produits qui renferment plus de 4 ou 5 additifs, qui comportent une mention de dangerosité sur son emballage, qui contiennent un colorant, un édulcorant de synthèse ou un exhausteur de goût.

À éviter absolument
Il faudrait, selon lui, éviter absolument cinq additifs :
- l'aspartame, qui peut notamment porter gravement atteinte au cerveau (E951),
- le glutamate de sodium, responsable de nombreux effets secondaires (E621, connu pour le "syndrome des restaurants chinois", qu'on retrouve dans de nombreux plats cuisinés et soupes),
- le sorbitol, qui entraîne des effets laxatifs et une perte alarmante de poids (E420, un substitut du sucre),
- les colorants, qui peuvent être notamment nuisibles pour les poumons, le système lymphatique, le pancréas et le système nerveux (E100 à 180),
- les sulfites, à l'origine notamment de problèmes cutanés, d'affections ORL et de troubles digestifs (E220 à 228, utilisés notamment comme conservateur et antioxygène dans les fruits secs et le vin).*

22 additifs pointés du doigt
Thierry Souccar, lui, dénonce 22 additifs autorisés par l'Union Européenne qui, selon lui, n'ont rien à faire dans nos assiettes.
7 colorants sont concernés. Les uns seraient cancérogènes, les autres mutagènes et/ou génotoxiques (pouvant endommager le génôme). Suivent 8 additifs au phosphate dont le E452 (les polyphosphates tant dénoncés par Jean-Pierre Coffe autrefois) : de nombreuses études récentes lient l’excès de phosphore à des risques cardiovasculaires, rénaux et de cancer. Très présents dans les charcuteries, les nitrates et nitrites de sodium (E251 et 250) sont classés comme "cancérogènes probables" par le CIRC. Les 5 autres substances vont du E621 (le glutamate déjà mentionné plus haut) au E214-219 (les parabènes des cosmétiques utilisés dans l'alimentation).

Solution : acheter bio ?
Acheter bio est une bonne solution dans la mesure où le cahier des charges du secteur limite drastiquement l'utilisation d'additifs. Seuls une petite cinquantaine de substances sont autorisées dont une majorité d'origine naturelle ou agricole. Sont interdits les colorants et exhausteurs de goût de synthèse mais aussi les additifs contenant de l'aluminium (voir : Les effets de l'aluminium sur la santé).

Néanmoins quelques additifs autorisés en bio sont sujets à caution, selon Philippe Chavanne : E220 et E224 qu'on trouve notamment dans les bières, vins, moutarde, cornichons, vinaigre, yaourts et cakes aux fruits ; E250 et E252 qu'on trouve notamment dans les charcuteries ; E341, E407 et E464.

Décrypter les étiquettes
Le consommateur n'a d'autre solution que de limiter sa consommation d'additifs en évitant les aliments concernés (voir : Éviter l'alimentation industrielle) ou, à défaut, en prenant soin de décrypter les emballages et en orientant ses choix vers les produits de qualité haut de gamme.

 

Sources :
*Additifs alimentaires, Philippe Chavanne, édition Mosaïque-Santé
**La Nutrition : 22 additifs qui n'ont rien à faire dans nos assiettes
Que Choisir : Le dioxyde de titane bientôt banni des bonbons ?
Wikipédia : Additif alimentaire
DGCCRF : Additifs alimentaires : conditions et modalités d'utilisation
Anses : Le point sur les additifs alimentaires
EFSA : Additifs alimentaires


                

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