TOUS LES ÉDITOS

Comment un petit microbe relativement bénin a-t-il pu entraîner des conséquences de si grande ampleur sur la planète ? La disproportion laisse l'observateur rêveur et éberlué. Sur le plan sanitaire, l'impact est de l'ordre d'epsilon, pour l'instant. Le Covid-19 vient de dépasser les 15 000 décès dans le monde, ce lundi 23 mars, alors que la grippe en fait chaque année entre 300 000 et 650 000 ! Et la pollution de l'air près de 9 millions ! Il y a chaque année des dizaines de virus qui circulent sur la planète. Parmi eux, ce coronavirus qui aurait pu, du reste, passer inaperçu, se répand inexorablement un peu partout. Tous les pays seront bientôt touchés. C'était largement prévisible car, dans nos économies mondialisées, les experts sont parfaitement conscients qu'il est impossible d'enrayer la propagation d'une épidémie de ce type. Les fermetures de frontières n'y font rien. Pas plus que les mesures de confinement, aussi drastiques et dictatoriales soient-elles.

Pourtant la psychose est là. Et la difficulté aujourd'hui n'est pas de gérer cette nouvelle maladie, mais la peur qu'elle provoque. Comment en sommes-nous arrivés à ce stade ? Aujourd'hui tout est affaire de communication. En Chine, c'est pour étouffer les oppositions et rassurer ses partenaires économiques en montrant qu'il est parfaitement à la hauteur de l'enjeu, que le gouvernement a pris des mesures spectaculaires de confinement forcé de sa population. En France, c'est pour la même raison que l'on assiste depuis quelques semaines à des gesticulations politiques assorties de mesures erratiques qui montrent qu'on est bien dans le pays de la ligne Maginot.
Dès le démarrage de la "crise", la panique a été savamment mise en scène par les grands médias avec, à la Une, la litanie quotidiennement égrenée du nombre de victimes, sans aucune contextualisation, sur fond de musique inquiétante, et en gros titres, comme autrefois Roger Gicquel, "La France a peur !". Il y avait pourtant matière à informer sans minimiser mais sans alarmer.

Quelques effets bénéfiques : baisse temporaire des émissions de CO2, prise de conscience des failles béantes du système de santé ainsi que des effets délétères de la délocalisation de certaines productions stratégiques… Le jackpot sera remporté demain par le laboratoire pharmaceutique qui pourra mettre sur le marché le vaccin ou le traitement miracle.
Mais pour le reste, le résultat n'est pas brillant : un secteur hospitalier en burn-out imminent, un ralentissement sensible de l'économie mondiale, un nombre important de manifestations sportives ou culturelles annulées ou reportées, des établissements scolaires fermés, l'événementiel et le tourisme en berne… Le bilan est lourd et loin d'être définitif… Sauf s'il prend à ce coronavirus de disparaître subitement sans laisser d'adresse, à l'instar du SRAS en 2003 ! C'est ce que semblent indiquer les chiffres régulièrement en baisse des nouveaux cas en Chine.

2019 aura été une année d'embrasement ! Incendies monstres en Amazonie, en Californie, en Australie… Plus modeste, celui de Notre Dame, le 15 avril, a pu avoir une forte portée symbolique évoquant la fin d'un monde. Embrasement de violence humaine également… Pas de répit en termes de guerres et de sauvageries terroristes diverses ! Pourtant, comme chaque année, de nombreux évènements en direction de la paix, de la liberté, du respect de la planète et des gens, ont pu donner des raisons de ne pas trop désespérer de l'espèce humaine.

Un peu partout dans le monde, le manque de démocratie devient insupportable aux yeux de l'opinion.
Venant comme un contrepoint à l'impasse insurrectionnelle où s'était fourvoyé en France le mouvement des gilets jaunes, le soulèvement pacifique du peuple algérien contre le régime, à partir de février, a forcé l'admiration. Il a abouti à la démission d'Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, et à l'élection fragile, le 12 décembre dernier, d'Abdelmadjid Tebboune. La suite reste à écrire… Forte créativité également pour les manifestants pro-démocratie de Hong Kong, qui ont protesté contre la répression policière pendant environ la moitié de l'année. Résultat provisoire : les opposants au gouvernement pro-Pékin ont remporté, avec une participation record (71,2 %), une victoire écrasante aux élections locales de fin novembre, décrochant 85 % des districts.
La liberté de la presse, appuyée par l'instantanéité du web, gagne du terrain. Dans le monde, 49 journalistes ont perdu la vie en exerçant leur travail. C'est encore beaucoup mais c'est près de deux fois moins que l'an dernier. Et le chiffre n'avait pas été aussi bas depuis 2003, annonce Reporters sans frontières.

Insupportable également, la passivité des gouvernants face au changement climatique. Avec la débâcle de la COP25 à Madrid et le net recul dans certains pays, notamment aux États-Unis ou au Brésil, la cause environnementale n'a pas connu d'avancée sensible au niveau des États. Ces derniers ont même commencé à en répondre devant la justice, par exemple aux Pays Bas ou en France avec l'Affaire du Siècle. C'est à la base que ça se passe maintenant. Les nombreuses Marches pour le climat dont celle du 16 mars, ont connu un grand succès et vu l'irruption de la jeune génération sur la scène écologique mondiale. Son icône emblématique, la jeune militante suédoise Greta Thunberg, fédère largement. La controverse qu'elle a suscitée est à la mesure de son impact auprès de l'opinion. Elle a été élue "Personnalité de l'année" par le magazine Time, le 11 décembre.
En France, c'est à l'échelon des maires que les choses bougent. À la suite de l'annulation en octobre de l'arrêté municipal anti-pesticides du maire de Langouët, une centaine de communes ont emboîté le pas et trois décisions de justice leur ont déjà donné raison.

Toujours insupportables, inacceptables, honteuses, les violences faites aux femmes n'ont jamais été autant dénoncées dans notre pays. L'occasion de découvrir, lors du Grenelle des violences conjugales qui s'est déroulé à l'automne, qu'on compte environ 302 000 victimes par an, selon l'Insee (Institut national de statistiques).

Insupportable enfin, l'accroissement vertigineux des inégalités dans la répartition de la richesse. L'injustice sociale a été au cœur des grands mouvements sociaux de 2019, que ce soit chez les gilets jaunes ou du côté d'un front syndical hétéroclite contre une réforme des retraites mal ficelée. Nous pouvons être fiers que le Nobel d'économie ait été remis en octobre à la Française Esther Duflo, pour ses travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde (conjointement avec son mari, l'Indien Abhijit Banerjee, et l'Américain Michael Kremer). En 50 ans, c'est seulement la seconde femme à recevoir cette récompense. Et il est réconfortant d'avoir vu en avril l'humoriste Blanche Gardin refuser la médaille de l'ordre des Arts et des Lettres à cause des promesses non tenues du gouvernement en faveur des mal-logés et des personnes sans domicile.
Greta Thunberg, Esther Duflo, Blanche Gardin… La femme serait-elle l'avenir de l'homme ? 

Un colloque au ministère de la Santé sur les médecines alternatives et complémentaires, c'est, semble-t-il, du jamais vu… Ça s'est passé le 28 octobre dernier avec une vingtaine d'intervenants venus du monde universitaire, politique, associatif… Le thème : "Médecines complémentaires et alternatives : pour ou contre ?". L'initiative est louable et revient au trio, Véronique Suissa, Serge Guérin et Philippe Denormandie, à l'origine du livre éponyme (voir : Vers une médecine intégrative en France).

De nombreux intervenants de qualité, experts dans leur domaine, ont pu expliquer dans un cadre officiel, devant des politiques et des responsables de la Direction Générale de la Santé (DGS), comment on pourrait aller vers une évaluation scientifique, quantitative et qualitative des MCA (Médecines Complémentaires et Alternatives) avec de nombreux chercheurs prêts à se lancer dans cette tache. Il serait également nécessaire de se diriger vers une régulation des formations de praticiens, vers un renforcement de l'enseignement des MCA dans les facs de médecine, vers l'instauration d'un code de déontologie, vers un remboursement des soins…
A été signalée l'existence de preuves abondantes dans la littérature scientifique pour de nombreuses méthodes thérapeutiques.
Ont été évoqués tous les bienfaits que les patients trouvent aujourd'hui dans une médecine intégrative, associant médecine conventionnelle et thérapies complémentaires.
A été rappelé que, si les MCA ont tant de succès auprès de la population, c'est simplement parce que… ça marche !

On a découvert au passage la grande confusion qui règne à la DGS. Il existe un "groupe d'appui technique sur les pratiques non conventionnelles en santé" dont les sujets sont proposés par… la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Il semblerait qu'aucun représentant des disciplines concernées n'y participe. Ce groupe classe les pratiques en trois groupes. Parmi celles qui sont jugées "dangereuses" et "fortement déconseillées" : le jeûne ! Parmi celles "à l'efficacité non démontrée" : l'ostéopathie ! On voit qu'en France on vient de très, très loin.
"Je suis un peu désolée que, sur le sujet des MCA dans lesquelles au minimum 6 millions de Français sont impliqués du fait des maladies chroniques et des affections de longue durée, on mette en exergue les cas, heureusement extrêmement rares, de dérives dites sectaires", dit un médecin de l'AP-HP.

À force d'agiter ce chiffon rouge autour des MCA, on décrédibilise d'abord les institutions qui, en France, sont censées lutter contre les sectes et qui devraient avoir assez à faire avec les véritables dangers de l'époque : les phénomènes liés à l'islamisme qui ont fait des centaines de morts en France ces dernières années.
Par ailleurs on scie consciencieusement la branche sur laquelle est assise la médecine conventionnelle en éloignant d'elle tout un public qui trouve inacceptables des comportements considérés comme dogmatiques et aisément associés à des conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique.
Il y a quelques années, le service oncologie d'un grand hôpital parisien voulait mettre en place une association proposant des soins de supports à ses patients. L'intervention de la Miviludes avait entraîné une menace de retrait du financement de l'ARC (Association pour la Recherche sur le Cancer) et conséquemment l'abandon du projet. Résultat : aujourd'hui les patients consultent en dehors du cadre hospitalier des praticiens qu'ils trouvent au petit bonheur, sans concertation avec leur cancérologue. Voilà comment les peurs irrationnelles conduisent à l'inverse de l'objectif souhaité !

Reste que la vigilance quant à la protection des citoyens est indispensable. Elle s'impose dans tous les secteurs de la société pour toutes les professions où peut facilement s'exercer l'emprise sur des individus en situation de fragilité : praticiens de MCA certes, mais aussi psys, médecins, prêtres, professeurs, politiciens…

C'est une drôle de petite musique que l'on entend ça et là, de plus en plus fréquemment. Selon certains, le bien-être serait devenu une "injonction tyrannique" ! Il s'inscrirait dans une démarche individualiste, égoïste et s'opposerait ainsi au bonheur qui, lui, serait un projet collectif. Le bien-être serait même devenu un trouble obsessionnel chez certaines personnes "orthorexiques".

De quoi s'agit-il au juste ? Les personnes souffrant d’orthorexie seraient du genre à acheter dans les magasins bio, à éviter les aliments avec des additifs, du gluten, du lactose… Elles fuiraient la viande et chercheraient à réduire leur consommation de sucre, de sel, de matières grasses, de produits de synthèse… Elles auraient comme unique préoccupation de rejeter les aliments perçus comme malsains et se retrouveraient dans une "spirale du risque imaginé" qui conduirait à un isolement social. Bigre !

"Métro, boulot, quinoa : comment échapper à la tyrannie du bien-être ?" titrait le 13 février dernier le "Téléphone sonne" de France-Inter.
Le problème, c'est que l'orthorexie, qui étymologiquement veut dire "appétit correct", est un trouble qui n'est pas reconnu par les classifications officielles des maladies mentales de type DSM5 ou CIM10. Pas de statistiques sur sa prévalence dans la population. Quant aux troubles décrits par les inventeurs du concept, ils ressemblent dans le meilleur des cas à une démarche responsable de consommateur avisé et dans le pire des cas à des troubles obsessionnels compulsifs, de l'anorexie mentale ou de la boulimie.

Il n'est pas inintéressant d'aller regarder sur Wikipédia qui sont les organismes de recherche qui s'intéressent de près à l'orthorexie. On trouve l'EUFIC, le conseil européen de l'information sur l'alimentation, une organisation cofinancée par l'industrie alimentaire, la Fondation Nestlé ou encore Danone (source : Wikipédia, Orthorexie). Quant à l'invité principal de l'émission de France-Inter, c'était un professeur de marketing à l'ESCP. Peu d'experts de la santé mentale dans cette histoire… L'agro-alimentaire ferait-elle une tentative désespérée pour promouvoir un concept qui définirait comme pathologiques les comportements critiques à son égard ? 
Du marketing bien dissimulé qui abuserait quelques naïfs ?

Soyons clair ! En terme d'injonctions tyranniques, je ne connais que celles de la publicité qui veut nous vendre du tabac ou des sodas, des hamburgers au sucre ou des bonbecs au dioxyde de titane, qui veut nous faire consommer encore et encore pour produire toujours plus… Ou celles d'un prêt à penser judéo-islamo-chrétien qui nie le corps, la nature, l'animalité de l'être humain et cherche à nous détourner de tout bien-être ici-bas car le paradis n'est pas de ce monde… De l'injonction au bien-être, je n'en connais pas. Des pratiques de bien-être comme méthodes de déconditionnement des injonctions dominantes, là, je vois.

Et où a-t-on vu qu'il s'agirait d'une attitude égocentrée ? Toutes ces disciplines de développement personnel insistent sur l'importance du lien avec les autres. Mais elles appliquent le principe des masques à oxygène dans les cabines d'avion. Vous connaissez ? En cas de dépressurisation, il faut d'abord mettre son propre masque avant de venir en aide aux autres. Si on fait les choses dans le mauvais ordre, on risque de faire plus de mal que de bien.

J'en viens à penser que cet étrange rejet du bien-être pourrait être mis en parallèle avec le rejet de la bien-pensance, si couru aujourd'hui. Pour complaire au goût de l'époque, faudrait-il donc mal penser ? Faudrait-il, dans la même logique, cultiver le mal-être ? On voit bien l'absurdité de la proposition. 

"J'ai survécu à 2018…" La blague a circulé sur les réseaux sociaux au début du mois de janvier. Il est vrai que l'année a été perçue comme particulièrement difficile : la violence humaine (guerres, attentats, sauvageries en tous genres), celle de la nature (tempêtes, ouragans, séismes, inondations, tsunamis…) et celle des accidents de la vie…

Pourtant, comme chaque année, se sont produits des évènements qui incitent à l'optimisme. Par exemple, on peut raisonnablement penser que la première rencontre entre les dirigeants sud et nord-coréen a fait progresser la paix, tout comme le sommet entre la Corée du Nord et les États-Unis à Singapour.
Il faut parfois du temps pour se rendre compte que l'action violente, notamment terroriste, est toujours vouée à l'échec : après des dizaines d'années d'attentats en tous genres, le groupe indépendantiste basque ETA a décidé de s'autodissoudre. Le combat contre les violences sexuelles a été mis à l'honneur par le prix Nobel de la paix, décerné à Nadia Murad et Denis Mukwege. 2018 a vu également le début de la fin pour un autre genre de violence sexuelle en Irlande où l'on a voté "oui" à 65 % au référendum sur l'avortement…

Aux États-Unis, un contre-pouvoir plus fort a émergé face à la politique erratique de Donald Trump. Aux élections du 6 novembre, le parti démocrate a comptabilisé trois millions de voix de plus que le parti républicain. Ce dernier a perdu 26 sièges à la chambre des représentants et n'y est plus majoritaire.

La pollution de l'environnement est une violence qui s'exerce aussi contre les humains. En Californie, la société Monsanto a été condamnée à verser 289 millions de dollars à un jardinier états-unien atteint d'un cancer dû à une exposition au glyphosate. 4 000 procédures de ce type sont en attente aux États-Unis. En France, l'abandon définitif du projet d'aéroport de Notre Dame des Landes a été annoncé le 17 janvier.

Les moments de bonheur sont particulièrement forts quand ils sont collectifs. Nous en avons vécu un en 2018, le 15 juillet, quand la France a remporté la coupe du monde de football en Russie.
Les actions de groupe ont également cette vertu de faire naître de la solidarité et du lien. Après la démission de Nicolas Hulot, les Marches pour le climat ont réuni des dizaines de milliers de personnes. Au mois de décembre, la pétition lancée contre l'inaction de l'État sur le climat a dépassé le million en moins de 48h. Elle frise aujourd'hui les deux millions.
Moins nombreux mais rendus largement visibles par les médias et les réseaux sociaux, celles et ceux qui sont sortis sur les ronds-points revêtus d'un gilet jaune, ont vécu sans doute en 2018 des moments collectifs inoubliables. Malgré les débordements violents d'une frange inquiétante du mouvement, on peut se réjouir de voir apparaître, parmi les revendications foisonnantes et parfois contradictoires, des thématiques positives autour de la transition énergétique, de la justice fiscale et d'une demande de plus grande participation à la vie de la cité. S'il arrive à se discipliner et maîtriser ses éléments factieux, ce mouvement inédit peut devenir une chance pour s'atteler à la réparation de la société française dont nous avons urgemment besoin.

Cette polémique est stérile et contreproductive. Depuis un an, le ton a monté entre certains tenants de l'allopathie et des médecines alternatives et complémentaires (MAC). D'un côté, quelques médecins traitent leurs confrères homéopathes de charlatans, de l'autre certains porte-drapeau des MAC crient au grand complot de l'industrie pharmaceutique rebaptisée pour l'occasion "Big Pharma".

On pourrait partir de l'excellent principe que "tout ce qui est excessif est insignifiant". Mais on ne peut nier que la tribune, en mars dernier, de 124 médecins dans le journal Le Monde et les réactions qu'elle a suscitées ont fait quelques éclaboussures. Au point même que certaines universités, comme celles de Lille et d'Angers, ont décidé à la rentrée de fermer leur diplôme universitaire d'homéopathie.
Et tout le monde d'y perdre des plumes.

Le premier à y perdre, c'est le patient. Nous, patients, n'avons aucune raison de nous priver des avancées extraordinaires de la médecine moderne. Nous n'avons pas non plus à nous couper des approches non conventionnelles qui trouvent souvent des solutions quand la première cale. La science commence seulement à en démontrer les bienfaits, témoins par exemple, les récentes études sur l'efficacité de l'hypnose ou de la méditation. C'est nous, patients, qui choisissons nos thérapeutes. Ce choix n'a pas à être restreint ni dicté par quiconque.

Les différentes approches de la médecine sont également perdantes. Les assauts d'injures laissent des traces profondes auprès du public. D'un côté, ils sèment le doute sur les traitements homéopathiques et les compléments alimentaires, pourtant autorisés en France et parfois même remboursés par la Sécurité Sociale. De l'autre, ils renforcent la perte de confiance dans l'allopathie, déjà bien installée dans l'opinion à la suite des dénis et controverses face aux maladies émergentes (Lyme, électro-hypersensibilité…) ainsi que des scandales sanitaires à répétition (Distillbène, Mediator, Vioxx, Isoméride, Dépakine, Lariam, Levothyrox…). Or, qu'on soit thérapeute d'un bord ou de l'autre, la confiance est un paramètre fondamental dans la relation avec le patient. C'est même une des conditions sine qua non de l'efficacité d'une pratique.

Répétons ce que nous disons depuis plus de dix ans dans ce webzine : aujourd'hui le citoyen entend avoir recours à une médecine intégrative où les professionnels de santé de disciplines différentes travaillent ensemble, en équipe, dans l'intérêt de la guérison du patient.
Dans ce cadre, on a autant besoin de l'allopathe que de l'homéopathe ou de l'acupuncteur. On n'a pas à exclure l'un ou l'autre. Et l'on n'a pas à subir des bagarres corporatistes d'un autre âge.

Il est ému, tendu, la bouche amère, les yeux embués. Manifestement plus à l'aise dans cet exercice d'expression directe que dans le costume de ministre. Il donne à voir aux Français un moment d'authenticité de plus en plus rare à la télévision ou à la radio (puisque la radio se regarde aussi, maintenant !). Face à Léa Salamé et Nicolas Demorand, Nicolas Hulot fait sur l'antenne de France Inter un bilan froid, implacable, lucide, plein de colère contenue. Il n'écarte pas l'hypothèse de ne pas avoir été lui-même à la hauteur des enjeux. "Peut-être n’ai-je pas su convaincre."

Quelle que soit l'opinion qu'on se fait du personnage, comment ne pas rester scotché au poste ? L'émotion est palpable, partagée par les journalistes médusés. Je fais partie de ceux qui sont tristes qu'il quitte le navire, déçus qu'il n'ait pas mieux réussi. Mais fiers de cet instant qu'il nous offre. J'y vois l'alignement d'un homme avec ses valeurs, du courage, de l'intégrité, de la hauteur de vue, un certain mépris pour les ors de la république.

Nicolas Hulot a fait le pari d'essayer de bouger les lignes dans un gouvernement qui s'annonçait jeune, pragmatique et affranchi des anciens carcans idéologiques. Il avait un rang de ministre d'État. Le pari n'était pas stupide et semblait même assez mature et courageux, sachant que, quoiqu'il fasse, il serait accusé de ne pas en faire assez. Mais on le sentait isolé dans un gouvernement où les enjeux environnementaux sont la cinquième roue du carrosse. 14 mois après, il cale. Il fait le constat que le bilan est trop maigre et décide de démissionner.

Il serait vain de se perdre dans des commentaires politiciens qui, du reste, n'auraient rien à faire ici. Je retiendrai seulement deux choses fondamentales dans ce que nous dit Nicolas Hulot. Deux choses qui nous concerne tous, quel que soit notre vote aux dernières présidentielles.

1) La proximité croissante des lobbies de l'économie avec le pouvoir pose problème.
"C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?"
Cette question centrale, quelle que soit la couleur du pouvoir en place, est rampante depuis de nombreuses années. Elle commence à se faire ostensible et lancinante. Le ministre de l'écologie est aux prises avec les lobbies de la chasse, du nucléaire, de l'agro-industrie… D'autres le sont avec ceux de l'industrie pharmaceutique, de la finance, des fabricants d'armes… Que dire d'un régime où les politiques n'ont plus le pouvoir d'agir pour l'intérêt général sans céder aux intérêts particuliers ? Où les groupes d'influence sont infiltrés dans les premiers cercles et jusque dans les administrations des ministères ?

2) Il serait trop facile de nous exonérer de toute responsabilité dans l'échec de Nicolas Hulot. Ce qu'il dit sur son impuissance ne concerne pas seulement le fonctionnement d'un gouvernement mais nous interpelle tous.
"Au quotidien, qui ai-je pour me défendre ? Ai-je une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ? Ai-je une formation politique ? Est-ce que les grandes formations politiques et l’opposition sont capables de se hisser au-dessus de la mêlée pour s’entendre sur l’essentiel ?"
Autrement dit, la société est-elle assez mûre pour prendre en compte l'ampleur des enjeux environnementaux et accepter de mettre en œuvre les changements qui s'imposent ?
"J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde."

La solitude de Nicolas Hulot au gouvernement ne faisait que refléter celle des écologistes et des lanceurs d'alerte à tous les niveaux de la société. Certes le discours fait consensus. Tout le monde est aujourd'hui persuadé de la nécessité de lutter contre le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, la pollution de l'eau et de l'air, l'artificialisation des sols… Mais à condition de ne rien toucher à son business et son mode de vie ! L'écologie, oui, mais pour les autres.
C'est sur cette question que nous avons à travailler collectivement dans les mois et les années à venir.

Tout s'inscrit dans Mai 68. Les questionnements actuels de notre société, nos remises en cause des modèles de comportement, de production et de consommation… Tout trouve son origine dans la date mythique.

J'aimerais néanmoins mettre en garde celles et ceux qui n'auraient pas connu cette époque contre quelques pièges usuels auxquels il faut prendre garde.
Tout d'abord Mai 68 a démarré après le mois de mai. Ne s'en tenir qu'au déroulé des évènements ferait passer à côté du phénomène. Une fois que la France a eu vécu la plus grande grève générale de son histoire et que l'activité a redémarré, une fois que les choses ont été "militairement" réglées, c'est là que tout a commencé. Dans la décennie qui suit, chaque printemps est un prétexte à faire revivre l'esprit de Mai. On assiste à un fourmillement permanent dont on prend la mesure dans les multiples fêtes et évènements culturels qui se multiplient, vitrine des innombrables comités d'action de ceci, fronts de libération de cela, et divers collectifs de vie alternative. Sous la pression constante d'une forte minorité agissante, le pays s'ouvre à la modernité, bon gré mal gré. Il faudra une quinzaine d'année pour faire disparaître les scandales les plus criants : une presse aux ordres, les femmes considérées comme des mineures, la contraception confidentielle, la guillotine encore active, les ratonnades monnaie courante, le racisme anti-jeune, la criminalisation de l'avortement, de l'homosexualité… Et c'est dans ce creuset qu'émergent les courants de pensée qui fondent aujourd'hui encore les grands thèmes de la modernité, principalement autour du féminisme et de l'écologie.

Par ailleurs, ce mouvement a été, par essence, extraordinairement multiforme. C'est pourquoi on y a trouvé le meilleur et le pire. C'est pourquoi aussi il a été si mal compris. Par exemple, la critique de l'autoritarisme s'est vite transformée chez certains en une contestation de toute autorité et de toute hiérarchie. La conséquence en a été catastrophique dans l'éducation des enfants et à l'origine du grave problème de société que nous connaissons aujourd'hui avec la généralisation des enfants-rois et la perte de repères que le phénomène entraîne.
Mais tous les secteurs de la société ont été revisités et dépoussiérés, de la psychiatrie à la justice et passant par la médecine, la culture ou l'économie. Dans le même temps, on a vu fleurir dans notre pays des pratiques encore inconnues (ou presque), du yoga à l'ostéopathie, de la méditation de pleine conscience à la psychologie positive, de la Gestalt à l'analyse transactionnelle ou à l'art-thérapie.

Aujourd'hui, que ce soit nos impatiences sur les insupportables disparités homme-femme qui subsistent encore, nos constats sur l'impossibilité à tenir une croissance économique infinie sur une planète aux ressources finies ou encore nos exigences légitimes à être traités en sujets et non en objets consommant… Tout trouve sa source dans le mouvement de Mai. Sans oublier l'esprit de gratuité et d'horizontalité qui a présidé au développement d'internet…

Alors je comprends qu'on soit agacé par les commémorations et rétrospectives diverses, par ces personnes âgées qui ont été les protagonistes de l'époque et qui s'épuisent pourtant à expliquer combien ce type de célébration est totalement contraire aux fondamentaux du mouvement. Mais que cela nous plaise ou non, tous les grands thèmes porteurs de notre époque sont issus d'une manière ou d'une autre de ce gigantesque remue-méninges.

Mieux encadrer les prix pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur activité et pour éviter les scandales alimentaires… Les intentions des États Généraux de l'alimentation qui se sont tenus l'automne dernier étaient bonnes. Mais…

Mais rien de concret n'en est sorti et les mesures gouvernementales qui doivent suivre ne sont prévues que pour l'été. Limitation prévue des promotions, hausse du seuil de revente à perte, fixation des prix basés sur les coûts de production… Nous verrons ce qui sera décidé par l'exécutif. À ce stade rien ne garantit que le renforcement des marges des grandes surfaces qui s'en suivra passera dans l'escarcelle des paysans. Rien ne dit que les nouveaux prix ne pourront pas être contournés, par exemple par des achats à l'étranger.

En attendant, il semble que depuis le début de l'année tout ait repris comme avant. Business as usual. Les négociations bilatérales entre les producteurs et les acteurs de la grande distribution se déroulent comme si rien ne s'était passé, avec toujours la même arrogance de la part de ces derniers. Mais faut-il s'en étonner ? Le rapport de forces est dans leurs gênes. Ils ont grandi en faisant jouer les économies d'échelle et en brandissant le référencement dans leur rayons comme une arme de guerre. Ils ont gagné la bataille des prix avec la concurrence en échangeant du volume de commande contre du prix bas. Lorsqu'ils négocient avec Nestlé ou Coca Cola on peut imaginer que le dialogue est à peu près équilibré. Lorsqu'ils traitent avec les agriculteurs, ils ne font pas la différence. Parce qu'ils ne savent pas faire autrement. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une disposition ontologique à la prédation.
Au passage, ils ont détruit les centres villes de la plupart des agglomérations françaises avec la complicité des collectivités locales. Et ils sont en passe, on l'a vu avec la récente crise du lait, de détruire purement et simplement une agriculture hexagonale sinistrée.

La grande distribution semble donner parfois des gages de bonne volonté en encourageant des filières vertueuses. Certains groupes font même des efforts louables en terme de traçabilité ou de bilan carbone. Mais il ne s'agit souvent à l'arrivée que d'opérations de communication.

Tant que les pouvoirs publics seront défaillants dans notre pays, la seule clé qui permette de renverser la vapeur, c'est nous. Ce sont les consommateurs. Mais encore faudrait-il que nous acceptions de payer ce que nous mangeons à son juste prix ! Je répète depuis longtemps que nous votons tous les jours avec notre carte de crédit. Si nous faisons nos courses chez Carrefour, Auchan et consorts, nous élisons le monde qui va avec. Un monde où notre santé est menacée par la malbouffe, où les agriculteurs ne peuvent plus vivre de leur travail, où les centres-villes sont devenus des déserts. Si ce monde nous convient, tout va bien. Si ce n'est pas le cas, qu'attendons-nous pour éviter les grandes surfaces et consommer bio, local, de saison, en circuits courts ?

Comme chaque année, en ce début 2018, je trouve intéressant de s'extraire de l'actualité catastrophiste qui a traversé 2017 : guerres, attentats et massacres, foucades sinistres de Donald Trump, ouragans aux noms paradoxalement exquis (Irma, Maria ou Ophélia) séismes en Italie ou au Mexique, inondations en Inde, au Népal ou au Bengladesh…

La civilisation humaine a gagné du terrain, parfois, en 2017. Lorsque la débâcle de Daech est devenue inexorable, au Proche-Orient, avec la chute de Mossoul et de Raqqa. Lorsque la paix a été conclue avec les FARC en Colombie. Lorsque Ratko Mladic, surnommé le "boucher des Balkans", a été condamné pour génocide et crimes contre l'humanité. Lorsque le jeu démocratique a fonctionné : en Iran avec l'élection du président modéré, Hassan Rohani, ou au Zimbabwe, avec la démission in fine de Robert Mugabe, le plus vieux chef d'état au monde, et l'élection d'Emmerson Mnangagwa.

Dans le monde des affaires, l'éthique a progressé avec la révélation des Paradise Papers, en novembre, permettant d'établir un lien entre les paradis fiscaux et de nombreuses personnalités ou multinationales. Après les Panama Papers en 2016, il est réconfortant de savoir que des journalistes indépendants veillent au grain. Il s'agit d'un consortium international de journalistes d'investigations parmi lesquels on trouve, pour la France, des membres de Mediapart ou de l'excellente émission télé Cash Investigation.

Les publications du New York Times, le 5 octobre, relayant les accusations de harcèlement sexuel à l'encontre du producteur Harvey Weinstein, ont déclenché un mouvement d'ampleur mondiale de dénonciation des violences sexuelles et sexistes ordinaires. Même si la forme en est parfois maladroite, c'est une formidable avancée pour les trop nombreuses victimes.

Bonne nouvelle pour la planète : le trou de la couche d'ozone est en train de disparaître, excellent exemple de réussite pour la coopération internationale. Et malgré la sortie officielle des États-Unis de l'accord de Paris, 1 000 entreprises et collectivités de la première puissance mondiale ont annoncé le 5 juin qu'elles poursuivront les objectifs de la COP 21.

Côté science, il y a de belles avancées… Des virus pour lutter contre d'autres virus : la phagothérapie a fait une percée en 2017, à Lyon, à l'hôpital de la Croix Rousse, où deux patients ont été traités avec succès. Par ailleurs, en attribuant le prix Nobel de médecine à l'horloge biologique, les sages de Stockholm ont légitimé les conceptions médicales traditionnelles orientales en matière de cycles circadiens. La plus grande centrale solaire flottante au monde est entrée en service en Chine le 31 mai. Elle est capable d'alimenter l'équivalent de 16 000 foyers.

En France, on a assisté bouche bée à un bouleversement politique qui a vu la distanciation de l'extrême droite et l'élimination des grands partis sclérosés, PS et LR, du second tour de l'élection majeure de notre pays. À la clé, une (légère) progression de la moralisation de la vie politique, une mise en avant de la société civile et l'arrivée à l'Élysée d'un nouveau président trentenaire, modéré, adepte du pragmatisme et de la "bienveillance".

Et puis de Simone Veil à Jean d'Ormesson en passant par Jeanne Moreau, Mireille Darc, Gisèle Casadesus, Danielle Darieux, Victor Lanoux, Claude Rich, Jean Rochefort, Robert Hirsch, Johnny Hallyday… L'incroyable défilé des disparitions de figures familières et populaires nous a permis de communier autour de leur souvenir avec souvent beaucoup d'émotion. Ces sentiments partagés font aussi nation.

Comme le rappelle Matthieu Ricard* : "La vaste majorité des relations humaines sont constructives plutôt que destructrices. Contrairement aux idées reçues, la violence n'a cessé de diminuer au fil des siècles. Au 14e siècle en Europe, on comptait 100 homicides par an pour 100 000 habitants. Aujourd'hui ce chiffre est tombé à 1. (…) Les sévices et abus infligés aux enfants ont diminué de moitié aux États-Unis durant les vingt dernières années. (…) En vingt ans le nombre des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté est tombé de 1,5 milliard à 750 millions. C'est encore beaucoup trop, mais ce nombre est en baisse constante."

On sait que l'homo sapiens est programmé pour se mettre en alerte dès qu'il perçoit un danger alors qu'il a peu de mémoire pour les évènements heureux. Mais il est toujours possible d'aller au-delà de nos instincts et de prendre en compte l'ensemble de la réalité du monde, sans occulter sa part positive.
Que 2018 vous apporte joie, bonheur, plénitude, harmonie avec vous-même, les autres et la planète !

 

*HuffPost : En 2018, soyons altruiste, c'est ce qui peut nous sauver, nous et notre planète