TOUS LES ÉDITOS

Chronique du front. Ça devient de plus en plus difficile de manger du poisson. Je veux dire en choisissant du bon, sain et durable. Et pourtant je suis amateur de poissons et de fruits de mer de toutes sortes, à foison ! J'ai même été "poissontarien" à une certaine époque de ma vie.

Il y a quelques années nous avions fait sur Vie Saine et Zen une analyse sur le meilleur choix de poissons compte tenu de leur teneur en oméga-3, de leur contamination possible par les polluants organiques persistants et de leur abondance dans les mers et les océans (Voir : Vous reprendrez bien du poisson). Nous avions obtenu un joli tableau à trois entrées qui traduisait déjà la complexité qu'il y avait à consommer du poisson. Dans le Top5 des meilleurs choix nous avions dans l'ordre : le maquereau, le hareng, l'anchois, la sardine et le saumon. Je pense que nous aurions le même résultat aujourd'hui.

Concernant le saumon, les indicateurs sont au vert sauf celui de la contamination. Il s'agit d'un poisson prédateur et, à ce titre, il contient un fort taux de métaux lourds quand il est à l'état sauvage. Alors il est logique de se rabattre sur le saumon d'élevage bio. Patatras ! Voilà qu'un test récent de "60 Millions de consommateurs" vient révéler que le saumon d'élevage bio contient plus de métaux lourds que le saumon d'élevage non bio. C'est le monde à l'envers : le bio serait-il plus pollué que le non bio ?

À y regarder de plus près c'est paradoxalement parce qu'il est bio que le saumon d'élevage est plus pollué : c'est parce qu'il mange plus de poissons et crustacés sauvages qui contiennent plus de polluants. Mais il ne faut pas s'y tromper, le saumon d'élevage non bio contient sans doute moins de métaux lourds mais il est gavé d'antibiotiques, d'hormones ou dérivés, de différents produits destinés à accélérer sa croissance et augmenter son poids. À tout prendre il semblerait qu'on soit fondé à choisir malgré tout le saumon d'élevage bio. De préférence norvégien car les norvégiens ont l'air particulièrement à cheval sur les critères environnementaux.

Pour nous rassurer on nous dit que les taux de polluants retrouvés dans les saumons sont très en dessous des seuils fixés par le législateur, dix fois en dessous pour le mercure. Euh… Je ne sais pas vous mais moi, ça me rassure moyen. On sait que les seuils sont fixés selon des critères qui ont peu à voir avec la santé humaine et l'exemple des perturbateurs endocriniens montre que ce n'est pas la dose qui fait le poison.

Il est donc vrai que l'épisode a de quoi refroidir. Cela fait plusieurs années que j'ai considérablement réduit ma consommation de poisson et je ne vais plus au-delà d'une ou deux fois par semaine. Ma consommation de saumon deviendra désormais exceptionnelle.
Manger sainement devient une bagarre quotidienne. Ceci était une chronique du front.

Tous les ingrédients y étaient. Les effets secondaires graves d'un médicament, la mère de la victime démunie, le laboratoire pharmaceutique prêt à tout pour défendre ses profits, la lutte juridique de la lanceuse d'alerte, ses difficultés, sa victoire… Pour qui a suivi l'affaire du Mediator, le cocktail était complet. On avait juste changé le nom du médicament et son indication, censée soigner le rhume. (En passant, il faudra se précipiter au cinéma pour voir "La fille de Brest" d'Emmanuelle Bercot, un film qui retrace de manière fidèle l'histoire d'Irène Frachon et du Médiator). Je ne suis pas fan des téléfilms. Mais exceptionnellement ce mercredi soir, le sujet m'avait attiré devant mon poste… Malgré la grosseur des ficelles du scénario, j'ai pu regarder jusqu'au bout "Envers et contre tous". Probablement grâce l'interprétation des excellents Cécile Bois et Loup-Denis Élion.

Suivait un débat sur le thème : "Scandales des médicaments : à qui la faute ?". Les témoignages de deux victimes, l'une de la Depakine, l'autre du Distilbène, étaient mesurés, dignes et bouleversants. La suite est plus surprenante. On attendait la réponse des médecins et de l'industrie pharmaceutique et Patrick Errard, président du LEEM (Les entreprises du médicament), était sur le plateau ainsi que Dominique Martin, directeur de l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). Les yeux dans les yeux, face aux victimes, qu'avaient-ils à dire ? Que des procédures juridiques étaient en cours, que les médicaments soignaient plein de gens avec succès, que l'administration était parfois trop lente… Un peu court, jeune homme ! On attendait sinon un mea culpa, du moins un diagnostic sur les raisons de ces scandales à répétition et sur les dérives de l'industrie pharmaceutique ces dernières années. On attendait les mesures que la profession compte mettre en oeuvre pour éviter que se reproduisent à l'avenir de telles catastrophes. Pourquoi pas une charte éthique ? On espérait un reportage concernant les programmes des candidats à la présidentielle sur ce sujet. Rien de tout cela, hormis quelques propos lénifiants.

Ce qui était encore plus étrange, c'est que la deuxième partie du débat avait été montée. Parfois même avec des coupes franches, à la limite du sauvage. L'ensemble durait 50 minutes pour une durée annoncée de 75. On peut se demander si le plus intéressant n'était pas dans ces 25 minutes que nous ne verrons jamais...

De nos jours, il n'est pas facile de se frayer un chemin pour vivre sainement, le plus longtemps possible en bonne santé ! Aux dernières Rencontres des Médecines Alternatives et Complémentaires de l'hôpital Tenon, samedi dernier, Céline Hess-Halpern* faisait une synthèse des conclusions qu'elle a tirées de son expérience d'avocate spécialisée en droit de la santé. Partant du principe que 80 % des polluants se trouvent dans nos assiettes et compte tenu des incertitudes sur les OGM, elle préconise avant toute chose… de manger bio. Elle renvoie les sceptiques dans les cordes, rapports toxicologiques en main : on peut en toute tranquillité manger bio, labellisé français ou étranger. "Je n'ai jamais eu un procès sur le faux bio !", ajoute-t-elle.

Voici la liste de ses autres conseils qui sembleront sans doute familiers à nos lectrices et lecteurs…
- Éviter les additifs : il y en a plus de 400 autorisés en conventionnel, dont beaucoup sont toxiques, et seulement 47 en bio, qui sont, eux, inoffensifs. "Le pire est le E621, le glutamate de sodium, qui crée une addiction au produit." Autre exemple : le E150D, ce colorant noir cancérigène, qui est présent en France dans les colas à un taux particulièrement élevé.
- Fuir les nanoparticules qui, selon certaines études, après accumulation, peuvent induire les maladies d'Alzheimer et de Parkinson. "À éviter en priorité le dioxyde de titane, un colorant qui rend plus blanc que blanc, et qu'on trouve notamment dans les confiseries pour enfants !"
- Filtrer l'eau du robinet pour éviter les résidus de polluants (dont le chlore) et varier sa consommation d'eaux.
- Utiliser un mode de cuisson douce, pas plus de 120°C, pour éviter le grillé qui est cancérigène.
- Préférer les poêles en fonte non revêtue aux poêles antiadhésives.
- Pas de contenant en plastique pour le chaud : plutôt des contenants en verre.
- Zapper les sucres blancs, raffinés : les remplacer par les non raffinés bio.

Au même moment avait lieu à La Haye le fameux tribunal citoyen informel destiné à instruire le procès virtuel de Monsanto. OGM, pesticides (dont le fameux glyphosate), monopole sur les semences, récoltes ruinées, animaux empoisonnés, enfants malades… Les charges étaient lourdes et portées aussi bien par des agriculteurs français, argentin ou burkinabé que par un apiculteur mexicain ou une paysanne bangladaise. Victimes, experts scientifiques ou juridiques, toxicologues, vétérinaires… Jamais une marque n'aura attiré sur elle autant d'opprobre ! Selon Françoise Tulkens, la présidente, les cinq juges de ce "tribunal pédagogique" ne prononceront pas un jugement mais rendront dans quelques semaines un avis consultatif, "dont j’espère qu’il aura une influence sur le droit international des droits de l’homme et permettra des ouvertures pour les victimes".

Nous faisons partie de ces victimes potentielles de Monsanto. Nous serions bien avisés de faire preuve de vigilance au quotidien, dans nos actes de consommation aussi bien que dans nos gestes professionnels. Les grandes actions internationales ont leur utilité. Mais nous ne pouvons pas nous en contenter. Nous serons effectivement les jouets de ce système d'apprentis sorciers si nous ne sommes pas assez attentifs pour nous frayer un chemin raisonnable et raisonné, comme celui que conseille Céline Hess-Halpern, vers une vie saine et zen…

 

*Auteure notamment de Tout ce qu'on nous fait avaler, éditions Albin Michel

Il y a des sujets difficiles en France. Des sujets qui suscitent des controverses irraisonnées sans qu'on comprenne bien pourquoi. La question des vaccins en fait partie.

Chez nous, il y a trois vaccins obligatoires mais depuis quelque temps ils ne sont pas disponibles en pharmacie. On ne les trouve que combinés avec trois autres qui ne sont pas obligatoires. Et l'ensemble, le vaccin "hexavalent", coûte sept fois plus cher ! En mars 2015, des lanceurs d'alerte, autour de Michèle Rivasi, députée européenne, avaient dénoncé ce scandale. Il ne s'était rien passé. Quelques mois plus tard, Henri Joyeux lançait une pétition qui recueillait aussitôt un demi-million de signatures. Les autorités se manifestaient enfin… pour tenter de décrédibiliser Henri Joyeux. Ce dernier est, certes, un personnage controversé mais il n'est pas contre les vaccins en général et sur ce dossier il fait preuve de modération.
En approchant du million, la pétition a fini par réveiller la ministre de la Santé qui a annoncé un grand débat en France sur les vaccins. Pour l'instant nous n'en voyons pas la couleur. Quid de la sécurité, de l'innocuité des vaccins ? Quid de la pertinence de l'obligation vaccinale ? Nous assistons à un déluge d'articles et de tribunes qui ne font que reprendre les arguments des pro-vaccin. Le débat a tourné à l'opération de communication.

Tous les praticiens "pragmatiques" que j'ai questionnés ont une approche très nuancée et font une distinction entre les vaccins. Tétanos et polio font l'unanimité pour eux. Celui contre la grippe n'a pas bonne presse, avec une efficacité de seulement 30 %. Beaucoup ne le recommandent qu'aux personnes à risque. Ceux contre le papillomavirus et l'hépatite B, en revanche, font l'unanimité mais contre eux. Pour tous ces praticiens, l'obligation vaccinale, qui est une singularité française, est une règle d'un autre temps, devenue contre-productive.

Par ailleurs, je me souviens avoir vu dans différentes revues médicales des courbes de prévalence des maladies censées avoir été éradiquées grâce au vaccin. On y voit clairement que le vaccin n'intervient que longtemps après le pic de l'épidémie, ce qui jette un doute sur son rôle dans la décrue. C'est le cas par exemple de la polio ou la tuberculose. Explication : l'hygiène aurait fait le boulot toute seule comme une grande ! Ces courbes émanent des associations anti-vaccin. Jusqu'à ce jour, je ne les ai jamais vues remises en cause.

Les anti-vaccin ont donc des arguments. Les "pragmatiques" en ont également. Les pro-vaccin n'en manquent pas non plus. Qu'est-ce qui empêche d'engager un débat adulte et raisonnable ?

Un récent sondage a montré qu'il existe en France un doute de grande ampleur sur la question du vaccin (Voir : Quatre Français sur dix estiment que les vaccins ne sont pas sûrs). Les citoyens ne sont pas dupes. Si, à la place d'un véritable débat, l'opération de communication se poursuit sans contradicteurs, le crédit des thèses anti-vaccin s'en trouvera renforcé. Leurs tenants auront alors beau jeu d'accuser les autorités médicales de connivence avec l'industrie pharmaceutique, forcément coupable de vouloir placer sa came. Et le doute ne fera que se développer. Il suffira d'y ajouter encore quelques scandales type Mediator ou Depakine et c'est l'ensemble du système allopathique, déjà ébranlé, qui se lézardera. 
Victime du court-termisme, à l'instar des autres secteurs de l'économie, la médecine conventionnelle est en train de scier consciencieusement la branche sur laquelle elle est assise.
Il ne faut pas oublier que la confiance est essentielle dans toute médecine. L'effet nocebo est aussi efficace que l'effet placebo.

Peut-être que, comme moi, vous avez passé vos vacances volontairement déconnectés, à l'écart du monde et de son actualité. Vous revenez donc reposés, ressourcés, transformés, prêts à en découdre avec les grands enjeux de l'année qui s'annonce ! Élection présidentielle à la clé, vous imaginez déjà les débats de fonds qui nous attendent forcément lors de cette rentrée : révolutions écologique et numérique, retour de la culture et de l'éducation au cœur des politiques publiques, nouvelle redistribution des revenus, responsabilisation citoyenne des entreprises, développement de la médecine intégrative…
Nous avons vécu l'an dernier à plusieurs reprises l'horreur terroriste. Cette dernière nous a arraché à notre illusion d'être protégés des soubresauts du monde. Elle nous a aussi montré à quel point nous nous étions tous, collectivement, trompés : fonctionnement de notre école, du renseignement, de la justice… Et que pouvons-nous faire à notre échelle ? Quel engagement pouvons-nous assurer ?

Bref ils ne manquent pas, les sujets qui méritent que nous affutions nos crayons, nos idées et nos arguments pour prendre à bras le corps le monde de demain ! Dans tous ces domaines, nous avons hâte de découvrir les gens inventifs, en avance sur l'époque, qui ont commencé à explorer et mettre en place les solutions d'avenir…

Or que découvrons-nous, une fois remisées nos valises dans les placards ? Que les sujets de l'été des médias et des politiques ont tourné en rond autour de Pokemon Go et de l'expertise de la surface de tissu convenable destiné à couvrir les femmes sur la plage… Que les scoops politiques ont été la déclaration de candidature d'un ancien président et de deux ex-ministres de l'industrie…

Espérons que cet enlisement politique et médiatique estival ne fût qu'une parenthèse. Acceptons l'augure que, dans les cohortes de nouveaux chroniqueurs et de prétendants aux diverses primaires de tous bords, émergent des hommes et des femmes de qualité, avec une vision de l'époque et une hauteur de vue qui se révélera dans les semaines qui viennent. L'importance des enjeux nous oblige…

Dis-moi comment tu voyages, je te dirai qui tu es… On peut partir à l'écart du monde, sur une île déserte ou un simple îlot de tranquillité, pour ne rien faire, se reposer, se ressourcer en profondeur. On peut réserver une maison, un gite ou un emplacement de camping avec des amis pour agiter la fiesta jusqu'au bout de la nuit. On peut retrouver ses frères, sœurs, cousins, parents ou grands parents pour tenter de rattraper le temps perdu. On peut se faire prendre en charge à 100 % par un club de vacances pour se donner l'illusion de vivre la vie de château. On peut choisir l'aventure pour expérimenter de nouvelles sensations physiques, pour mettre à l'épreuve sa résistance et sa capacité d'adaptation, pour rencontrer des cultures lointaines et des visages exotiques, pour découvrir des sites inoubliables et des saveurs inconnues, pour changer de fatigue…

Dans tous les cas de figure, on peut consommer les paysages et les gens comme des cartes postales. Ou non. On peut mettre un objectif photo ou vidéo entre le monde et soi, capturer des images de manière obsessionnelle au risque de se priver des sensations et des moments partagés. Ou non. On peut être éternellement rivé sur sa tablette ou son smartphone et pianoter dans le virtuel. Ou non. On peut semer ses déchets autour de soi dans une incontinence de nanti. Ou non. On peut s'absenter de son existence. Ou non.

Dans nos pérégrinations de vacances, tout dépend de la manière avec laquelle nous nous rendons disponibles. Tout dépend de la capacité que nous avons à prendre congé de nos routines, de nos résistances, de nos peurs. Au retour, il conviendra de faire le point, de savoir ce qui nous aura mûri, transformé. Ou non.
Les voyages forment la jeunesse… Il importe de rester jeune toute sa vie.

La pollution de l'air tue. 48 000 morts par an, rien qu'en France. Cette fois-ci, les chiffres ont fait la une des grands médias (voir : En France, la pollution de l'air provoque presque autant de décès que l'alcool). Pourtant le phénomène n'est pas nouveau. En 2012, l'OMS avait fait une estimation à hauteur de 42 000 décès par an dans notre pays. Mais ce genre d'information s'aventure rarement au-delà des rubriques "Environnement" de la presse nationale.

La pollution de l'air tue. Voilà des années que les faits sont avérés, que des experts et des ONG s'époumonent auprès des autorités publiques pour qu'elles prennent de véritables mesures afin d'encourager les véhicules propres, réduire le trafic automobile, interdire le diesel…
Mais le gouvernement et les collectivités locales se renvoient la patate chaude et brillent par leur inaction. En 2014, après maints atermoiements, la circulation alternée a été instituée pendant une petite journée. Les citoyens se sont montrés compréhensifs mais la mesure n'a pas eu de suite. Aujourd'hui, sur les cinq ou six lignes de bus RATP qui passent dans mon quartier, il y en a une qui vient de passer en hybride. Quel événement ! Nous avons dix ans de retard.
Du côté des constructeurs automobiles, même impéritie ! Au lieu d'anticiper et de faire porter l'effort en recherche et développement pour créer la bagnole de demain, les génies de l'industrie ont préféré investir… dans la fraude !

La pollution de l'air tue. Elle est la cause incontestée de maladies cardiaques et pulmonaires. Il s'agit du troisième facteur de risque derrière le tabac et l'alcool. La différence est qu'on a le choix d'arrêter de fumer, qu'on peut décider de boire avec modération… Mais on ne peut pas arrêter de respirer !

C'est un bateau espagnol en mer Méditerranée. Ce que les pêcheurs remonte à bord est juste hallucinant : 20 kilos de plastique et déchets divers pour 80 kilos de poissons ! Le reportage de France 2 qui circule actuellement sur les réseaux sociaux montre de manière flagrante à quel point nous prenons notre planète pour une poubelle. C'était la Journée Mondiale de l'Océan, le 8 juin dernier, l'occasion de rappeler des réalités que nous préférons ne pas regarder en face.

"Méditerranée, c'est une fée qui t'a donné ton décor et ta beauté…", chantait Tino dans les années 1950. La fée se serait-elle changée en sorcière ? En tout cas c'est à partir de cette époque que nous avons commencé à vouer un culte irraisonné à la religion du jetable : canettes, bouteilles et sacs en plastique puis lingettes et autres cochonneries… Sans compter les détergents, pesticides, métaux lourds et résidus médicamenteux que nous nous sommes mis à rejeter en masse dans les mers et les océans. Aujourd'hui la situation est catastrophique pour tous ceux qui vivent de la pêche, qui voient les espèces disparaître petit à petit et avec elles leur gagne-pain. Elle est calamiteuse pour nous tous car les poissons que nous avons dans nos assiettes sont pollués et mettent en cause notre santé.

Sur cette question tout a été dit et vous ne rencontrerez personne pour trouver légitime le fait de se servir de notre environnement marin comme d'un égout à ciel ouvert. Tout a été tellement dit qu'en lisant ces lignes vous avez sans doute un sentiment de déjà vu, déjà lu, une légère impression d'impuissance voire d'ennui. Pourtant les solutions sont connues et les initiatives fourmillent déjà en matière d'économie circulaire : éco-conception, recyclage, fin de l’obsolescence programmée… L'interdiction des sacs plastiques va enfin devenir une réalité en France très prochainement. Le succès du film "Demain !" témoigne de la curiosité qui existe sur ces thèmes. Nous ne sommes plus dans l'entre soi d'une petite minorité militante, nous sommes dans un large consensus.

Mettre en oeuvre ces mesures connues nécessite un peu d'intelligence collective, de l'esprit civique, sans doute une rééducation de nos gestes quotidiens, de notre façon de produire et de consommer. L'enjeu est vital pour la survie de l'être humain sur la terre. C'est le défi le plus important du siècle à venir.

Nous sommes pour la plupart piétons et automobilistes. Voire piétons, cyclistes ou motards et automobilistes. Mais apparemment nous sommes fâchés avec les conjonctions de coordination. Nous avons souvent tendance à oublier le "et". Quand nous sommes au volant, nous n'avons pas toujours le réflexe en tournant à droite de vérifier dans notre rétroviseur si nous ne coupons pas la route à un vélo. Quand nous chevauchons notre deux-roues, nous grillons les feux rouges au risque de renverser les mamies ou de nous faire percuter par un véhicule. C'est la source de noms d'oiseaux et autres diatribes sur "les" piétons ceci, "les" automobilistes cela, "les" vélos, "les" motards… "L'enfer c'est les autres", aurait dit Jean-Paul Sartre.

Peut-être avez-vous récemment regardé la cérémonie des Molières. Il n'y a pas que les comédiens qui cumulent les rôles, changent de costume du jour au lendemain voire dans la même journée. Dans la vraie vie nous sommes à la fois consommateurs et salariés. Nous sommes à 15h en train de courir après une augmentation de salaire et à 18h en train de nous procurer des biens de consommation en superpromo plus plus, tentant de tirer les prix au maximum vers le bas.

Dans la transition économique que nous sommes en train de vivre, cette addition des rôles se renforce. Nous voilà en plus producteur de biens ou chef d'entreprise. Avec Airbnb, pourvoyeurs de chambre d'hôtes. Avec Blablacar, chauffeurs de transport en commun. À quel moment le consommateur qui offre des services devient-il un professionnel qui fait du business ? Suis-je un auto-entrepreneur "ubérisé" qui fait une concurrence déloyale aux professionnels du secteur ? Ou un citoyen au sein d'une communauté qui prend plaisir à "faire du lien" ? Est-ce que je cours après les prix les plus bas possible de la grande distribution au risque de précariser l'agriculture et mettre en danger ma santé ? Ou est-ce que j'accepte de payer le juste prix dans le respect équitable du producteur ?

Nous ne pouvons pas nous exonérer de réfléchir au sens de nos actions. Plus que jamais la consommation est un acte politique, au sens noble du terme. Il nous faut assumer nos rôles différents. Il est de plus en plus incohérent de faire l'impasse sur le "et". Dans la nouvelle société de sobriété volontaire qui est en train d'émerger, nous devons à la fois nous préoccuper de notre santé et des autres et de notre porte-monnaie et de la planète.

Avec ses 5 600 m2, c'est la plus grande halle en Europe consacrée au bio. Le bâtiment D6 de Rungis qui est en fonctionnement depuis plusieurs mois vient d'être inauguré par le Président de la République. Quel chemin parcouru depuis la création du label bio en 1983 ! Autrefois réservé à quelques babas cool tendance New age (dont je faisais partie, j'assume), le bio n'est plus aujourd'hui un marché de niche et concerne toutes les catégories de populations. Il est en forte croissance avec des indicateurs à mettre en transe les économistes (+15 % par an en Île de France, +10 % au niveau national). François Hollande a rappelé que les crédits publics en faveur de la production biologique ont doublé, passant de 90 millions € en 2012 à 180 millions aujourd'hui.
Le boom du bio, ça se voit ! Qui n'a pas maintenant un magasin bio dans son quartier ou dans sa ville, un ou plusieurs stands spécialisés sur son marché, un rayon bio dans son hyper ? Sans compter les quelques produits bio mélangés aux conventionnels chez de nombreux détaillants (boulangerie, épicerie, caviste etc.).

Bien sûr, les puristes ont commencé à faire la fine bouche parce qu'il y aurait du bio à deux vitesses. C'est vrai que la qualité et l'éthique de l'offre n'est pas de même nature chez Carrefour ou chez Biocoop. Sur le marché que je fréquente assidument chaque semaine, de nouveaux stands ont fleuri arborant crânement le label AB. Et il est probable que le contenu des étals vienne du bâtiment D6 de Rungis. Les tomates sont bio mais cultivées hors sol, les fraises apparaissent en hiver, les poivrons et les aubergines viennent d'Italie ou d'Espagne, les haricots sont importés du Maroc, de nombreux produits ont fait des milliers de kilomètres pour se retrouver là. Au niveau du bilan carbone, c'est pas la joie. On cherche la cohérence.

Mais il faut du temps pour qu'un fait culturel passe de la marge au grand public. Ce qui est important, déjà, c'est qu'un maximum de consommateurs ait accès à des aliments de meilleure qualité parce qu'exempts de pesticides. Au moment où les autorités médicales commencent enfin, avec quinze ans de retard, à admettre l'importance des dégâts causés par ces substances sur la santé humaine (voir : Les causes des maladies chroniques), on ne peut que se réjouir de voir de plus en plus de gens au contact d'une alimentation plus saine. On ne le dira jamais assez : il s'agit d'un enjeu de santé publique.