TOUS LES ÉDITOS

Franck ArguillèreFaut-il dire la vérité au patient ? La question se pose avec une particulière acuité en France où la culture de l'opacité est difficile à remettre en cause.
Lorsque l'Afssaps publie une liste de 77 médicaments "sous surveillance", les médecins s'inquiètent d'être assaillis de question. Est-ce bien étonnant ? Si l'on prend régulièrement un médicament et qu'on découvre qu'il figure dans une liste de produits suspects, il semble assez naturel de demander immédiatement à son médecin de changer de traitement. Alors faudrait-il reprocher à l'Agence d'avoir publié cette liste ?

D'après la revue Prescrire, plus que jamais la grande référence en matière d'information médicale indépendante, le problème vient du fait que l'Afssaps a publié cette liste sans analyse et sans mode d'emploi. Or les cas des 77 médicaments sont extrêmement diverses : certains devraient être retirés du marché mais d'autres resteraient intéressants dans certaines situations et pour certains patients.
Traumatisée par la responsabilité centrale que les observateurs lui attribuent dans l'affaire du Mediator, l'Agence aurait simplement fait une erreur de débutant en matière de communication claire et argumentée.

La transparence n'est pas un choix. C'est devenu une nécessité et on ne pourra pas revenir en arrière. Les patients sont devenus impatients. Ils font leur marché de thérapeutes, testent différentes médecines, n'acceptent plus d'être infantilisés et exigent d'être informés sur leur santé, en allant en particulier sur internet où l'on trouve, certes, le pire mais aussi le meilleur (le meilleur, comme sur viesaineetzen.com bien sûr ! ).

Mais cette transparence nécessite de la maîtrise et l'Afssaps n'est que l'arbre qui cache la forêt : c'est toute la profession médicale qui va être obligée demain, bon gré mal gré, d'en faire l'apprentissage et de progresser sur ce chemin.

Franck Arguillère"Consommer tue". C'est ce qui est écrit dans la fenêtre "objet" de ce mail noyé parmi les dizaines de spams et communiqués de presse que je reçois tous les jours. Un peu violent, non ? Mais efficace. Je dois reconnaître que mon attention a été captée et comme c'est aussi le nom d'un site internet je suis allé voir sur consommertue.fr de quoi il s'agit.

Derrière le nom un peu provocateur, c'est un site citoyen qui fait simplement un constat : la surconsommation engendre des problèmes graves et on peut être heureux en consommant moins. Les fondateurs proposent de créer un "mouvement de frugalité heureuse" et nous proposent de devenir "Frugheur".

Après les locavores qui consomment local, voici donc les Frugheurs qui consomment avec sobriété. Je ne suis pas certain que le néologisme va prendre dans la conversation courante, mais le mouvement correspond à une tendance de fond. Pierre Rabhi veut nous emmener "vers la sobriété heureuse", c'est le titre de son livre, et on entend de plus en plus de gens affirmer que les clés du bonheur résident dans la modération.

Un jugement hâtif pourrait nous amener à croire que ce sont des peine-à-jouir. En réalité, ils défendent une attitude de vie qui consiste au contraire à profiter pleinement des plaisirs des sens, fuir la frustration, mais apprendre à maîtriser ses pulsions et à être dans la mesure. À la fois l'art du plaisir et de la retenue.
Un philosophe a développé il y a très longtemps exactement les mêmes idées. Un grec. Il s'appelait Épicure.

Franck ArguillèreC'est un des tout premiers décès officiellement lié à des pesticides. Yannick Chenet est mort à 43 ans de suites d'une leucémie reconnue comme maladie professionnelle par la Mutualité Sociale Agricole. C'était un viticulteur et il utilisait des produits avec du benzène pour traiter ses vignes. Il avait accepté de témoigner dans un documentaire qu'Arte diffusera le 15 mars prochain et il était apparu dans le film de Jean-Paul Jaud, "Severn".
Ce décès ne fera pas la une des médias, pourtant il nous force à nous interroger.

Les fabricants de phytosanitaires plaident pour l'innocuité de leurs produits, s'abritent derrière la réglementation et jurent leurs grands dieux que réduire le volume des pesticides auraient des conséquences désastreuses sur la productivité agricole et par voie de conséquence pourrait compromettre notre capacité à nourrir l'humanité. Ils se lancent dans des entreprises de communication verte : saviez-vous qu'ils font maintenant des "produits de protection des plantes" ?

Les tenants de l'agriculture "raisonnée" reconnaissent avoir réduit d'environ 35 % depuis quelques années le volume des pesticides répandus sur leurs cultures sans dommage pour la rentabilité de leur exploitation. Certains ont même réduit jusqu'à 50 % et n'ont perçu aucun impact, eux non plus. C'est dire la dimension de la surconsommation en matière de produits phytosanitaires dont les effets perturbateurs endocriniens, neurotoxiques et cancérigènes sont reconnus.

Le Grenelle de l'environnement a fixé un certain nombre d'objectifs, notamment de modération en matière d'utilisation de pesticides et de développement des surfaces en bio. Mais leur mise en œuvre avance au rythme de l'escargot.

Déni des fabricants, indulgence et lenteur des pouvoirs publics alors que la santé de tous est en jeu. Voilà des ingrédients qui rappellent à bas bruit certains scandales comme celui du Mediator.
Faudra-t-il des centaines de victimes pour que les autorités se décident à accélérer le mouvement ?

Franck ArguillèreCe feuilleton du Mediator ressemble à un film hollywoodien dont le scénario calibré et prévisible donne une impression de déjà vu.
Il y a d'abord le courage du lanceur d'alerte, un individu lambda, normal, que rien ne prédestinait à lutter pour la veuve et l'orphelin. Il s'appelle cette fois-ci "Irène Frachon", pneumologue à Brest. Et la voilà qui se retrouve malgré elle à bagarrer seule contre le méchant industriel, les Laboratoires Servier. Elle se heurte à l'indifférence des pouvoirs publics, l'Afssaps, qu'on soupçonne d'incompétence ou même de collusion avec le méchant. Elle doit affronter les intimidations de ce dernier pour finalement, avec l'aide de quelques justes, avoir gain de cause et voir son combat reconnu sur la place publique.

Malheureusement ce n'est pas du cinéma et l'histoire se passe dans la vraie vie.
Alors pourquoi les parties prenantes de cette affaire ont-ils joué si parfaitement ces rôles convenus et usés jusqu'à l'os ?
Pourquoi a-t-on attendu si longtemps avant d'interdire un médicament qui aurait dû en toute logique être retiré du marché au début des années 2000 ?
Entre 500 et 1 000 personnes ont payé cette négligence de leur vie et il est malheureusement probable que la liste s'allonge à l'avenir.

En passant, trois mots pour Irène Frachon : merci et bravo.

On ne peut pas en vouloir à un laboratoire de défendre ses intérêts, même si l'on peut émettre un jugement moral sur ses méthodes de lobbying et son système de communication basé sur le déni.
Manifestement le cœur du problème réside au sein de l'Afssaps dans "une gestion qui n'est pas satisfaisante des conflits d'intérêts au sens large et des pressions". C'est l'héroïne du film qui parle, Irène Frachon.

Mais d'autres voix s'élèvent maintenant : "il est crucial (pour l'Afssaps) de franchir une nouvelle étape dans le renforcement de l’effectivité du système de déclaration et de gestion des liens d’intérêts des experts qui est une condition de crédibilité des processus d’évaluation. (…) L’heure est à l’application totale et sans faille de toutes les règles essentielles, y compris de celles qui veulent qu’un expert ayant un conflit d’intérêt important quitte la salle de réunion au moment où le point concerné va être abordé. Tout manquement à cette règle doit pouvoir être sanctionné par le retrait de la qualité d’expert de l’agence."
Devinez qui parle ? Jean Marimbert, le directeur de l'Afssaps lui-même dans sa lettre de départ !

Il faut que les autorités soient bien persuadées que nous serions soulagés qu'elles prennent les mesures qui s'imposent afin que le même film ne se reproduise plus. Définitivement, c'est un navet.


Franck ArguillèreMalgré un lourd bilan notamment en matière de catastrophes naturelles, 2010 nous a fait connaître quelques moments qui autorisent un peu d'optimisme.

Paradoxe de cette année 2010, les catastrophes naturelles liées au climat n'ont jamais été si nombreuses et pourtant l'offensive des climato-sceptiques a réussi à semer provisoirement le doute sur les enjeux environnementaux. Il aura fallu la mobilisation de la communauté scientifique, notamment en France celle de la vénérable Académie des sciences, pour que ce doute soit levé.

Tempête Xynthia en France, Agatha en Amérique centrale, séismes à Haïti, au Chili, en Chine, en Indonésie, inondations au Pakistan, au Brésil, en Inde, en Chine, en Afrique de l'Ouest et centrale… Depuis 30 ans on n'avait pas compté autant de cataclysmes. 

Les désastres industriels liés à la négligence et la bêtise humaines ont été aussi particulièrement nombreux : marée noire dans le Golfe du Mexique et en Chine, marée de boue toxique en Hongrie, incendies de forêts en Russie…

Au total, l'addition est lourde : des milliers de morts, des millions de sinistrés et, d'après le Centre de recherche en épidémiologie des catastrophes, un coût de 636 milliards d'euros !

Heureusement, les deux sommets multinationaux à Nagoya et à Cancun, l'un sur la biodiversité, l'autre sur la réduction des gaz à effet de serre, se sont soldés par des accords qui n'ont certes rien de contraignant mais qui sont néanmoins des accords. La communauté internationale compte enfin dans ses rangs, ce qui n'était pas le cas depuis Kyoto, les deux plus grandes puissances mondiales : États-Unis et Chine. Elle avance à pas de fourmi dans ses engagements pour la planète mais continue d'avancer.

Rythme de fourmi également en France avec les retardements ou l'abandon pur et simple de la plupart des engagements du Grenelle de l'environnement qui finit par se réduire à quelques mesurettes sans grande envergure… Mais toujours bonnes à prendre.

En regard de l'urgence d'inventer et de mettre en œuvre de nouveaux modèles économiques et culturels, les atermoiements des responsables qui nous gouvernent et leur indulgence face aux lobbies de tous poils font l'effet d'enfantillages.

Franck ArguillèreSi même le Ministre de la Santé admet qu'il y a eu "des défaillances graves" dans l'affaire du Médiator, c'est vraiment qu'il y a un problème… Depuis quelques semaines, pour ne pas avoir entendu parler de cette affaire il aurait fallu vivre sur une île déserte. Le Médiator, un médicament réservé à l’origine aux diabétiques en surpoids avait été prescrit abondamment aux patients désireux de maigrir. Ses effets indésirables, maladies des valves cardiaques et hypertension pulmonaire, qui ont provoqué 500 à 1 000 décès en France, sont dénoncés par des scientifiques américains depuis 1997 et reconnus depuis 2000. Il n'a été retiré de la vente en France qu'en novembre 2009.

Si le gouvernement veut vraiment améliorer la pharmacovigilance, il y a de quoi faire ! La forte lenteur de réaction des autorités face aux grands enjeux de santé est une spécialité française. La liste est malheureusement longue. Bien sûr il y a l'affaire du sang contaminé qui est dans toutes les mémoires. Rappelons-nous aussi le cas du diéthylstilboestrol, un médicament prescrit contre les fausses couches précoces dans les années 1950. En 1970, les États-Unis et le Canada l'interdisaient car les enfants des femmes traitées présentaient des anomalies génitales (malformation utérine, risque de stérilité, risque de cancer). Il a fallu attendre 1977 pour que le produit cesse d'être prescrit en France.

Je propose donc au ministre de s'attaquer immédiatement à deux dossiers lourds : le BPA et le mercure.
Alors que le Canada a publié récemment un décret qui classe comme substance toxique le bisphénol A, entrant dans la composition des plastiques alimentaires (biberons, canettes et autres), combien de temps faudra-t-il avant que sa présence ne soit bannie de nos objets usuels dont beaucoup sont au contact des enfants ? 

Alors que la Norvège interdit l'usage du mercure depuis 2008, combien de temps faudra-t-il avant de le supprimer des amalgames qui bouchent nos dents ?

L'enjeu est essentiel d'une part parce qu'il est question de santé publique et d'autre part parce que se joue ici la confiance en la parole politique largement mise à mal ces dernière années, notamment avec la gestion désastreuse de la grippe A. 
Un sondage récent place l'indice de confiance en la matière à seulement 6 % pour nos gouvernants (contre 66 % pour les scientifiques et les chercheurs).
Il est urgent de remonter la pente !

Franck ArguillèreDe Cancun, on a peu parlé dans la presse et les médias. Peut-être parce que les stars, chefs d'états et de gouvernements, n'y étaient pas. Sans doute aussi parce que la déception avait été générale après le sommet de Copenhague. Il faut dire qu'à l'époque on avait mis la barre très haut, on espérait beaucoup de l'entrée de la Chine et des Etats-Unis dans le jeu multilatéral, d'autant plus que la nouvelle administration américaine semblait sensible aux problématiques environnementales. Le résultat avait été une vague déclaration d'intention sans objectifs contraignants et une marée de scepticisme quant à la capacité des Nations Unies à apporter une réponse à l'enjeu planétaire.

À Cancun, l'ambition était plus modeste. Et pourtant les 190 états réunis sous l'égide de l'ONU sont arrivés à un accord. Des mesures sont prévues pour la protection des forêts tropicales et le partage des technologies vertes comme le solaire ou l'éolien. Et surtout un Fonds vert va être créé pour aider les pays en développement à s'adapter au changement climatique.
Seule la Bolivie s'est opposée à la signature du texte, le trouvant trop timoré, Evo Morales ayant même parlé "d'écocide". 
Quant à la négociation sur l'avenir du protocole de Kyoto, elle a été repoussée à la prochaine conférence qui aura lieu à Durban en Afrique du sud en 2011.

Le bilan en demi-teinte des commentateurs a de quoi surprendre : au vu des questions posées, l'accord est un succès et remet en selle le principe de la négociation multilatérale dans la perspective de Durban l'an prochain.
Copenhague était la montagne qui avait accouché d'une souris. À Cancun, la souris a accouché… d'une souris. Certes il n'y a pas de quoi pavoiser mais on est tout de même rassuré parce que la mère et le bébé vont bien.

Franck ArguillèreEn matière de biodiversité, la disparition de certaines espèces faciliterait la transmission de maladies infectieuses chez l'homme. On vient en effet de découvrir que, parmi les espèces menacées, il y aurait des "espèces tampons" qui permettraient de freiner la propagation des virus et des bactéries.

On voit bien qu'en jouant les apprentis sorciers avec la planète, l'homme a un impact non seulement sur la nature, la flore, la faune mais aussi sur lui-même et sa propre santé. Une raison de plus de considérer que santé et environnement sont étroitement liés.

Et ces raisons ne manquent pas. D'un côté les nuisances environnementales, pesticides, CO2, formaldéhyde, BPA et autres polluants chimiques font un cocktail détonnant soupçonné d'être à l'origine d'allergies, asthme, stérilité, maladies cardio-vasculaires et auto-immunes, diabètes, Alzheimer, cancers…
De l'autre, les molécules de synthèse de nos médicaments se retrouvent dispersées dans la nature, via nos poubelles ou nos déjections. Vous avez entendu parler de la féminisation d'espèces aquatiques sous l'influence des œstrogènes de la pilule contraceptive passant par l'urine dans les eaux usées puis dans les cours d'eau ?...

À la fin du XXe siècle, l'approche écologique a eu ceci de nouveau qu'elle a permis de repenser les milieux naturels dans leur interaction les uns avec les autres. Or c'est aussi la démarche des approches médicales les plus inventives du moment : redécouvrir, s'il le faut à travers des disciplines ancestrales, toutes les interactions au niveau de notre corps.
Dans un cas comme dans l'autre, le raisonnement scientifique, hier analytique et séquentiel, devient systémique et intégratif.
En matière de santé comme d'environnement, devant la grande complexité du vivant, on doit plus que jamais penser global.

Franck ArguillèreJe me trompe en faisant le tri des mes déchets. Je viens de l'apprendre en lisant un récent article du JDD cité dans notre revue de presse. Je fais partie de ces parisiens qui font l'erreur sur 30 % de ce qu'ils jettent. J'ai été vérifier dans ma poubelle : il y avait des sacs en plastique, des blisters, des films plastique, des pots de compotes. Vous le saviez, vous, que tout ça n'avait rien à faire dans le bac à recyclage ?

Pourtant, en bon consomm'acteur, j'avais affiché à côté de la poubelle le prospectus de la mairie de Paris et téléchargé l'appli "Guide du tri" sur mon iPhone. J'ai vérifié sur les deux sources : c'est vrai, contrairement à ce que (presque) tout le monde croit, ces déchets ne sont pas prévus pour le recyclage. 

À l'occasion, je constate que mairie de Paris et appli ne sont pas d'accord sur les "petits appareils électriques usagés". La première veut les envoyer dans le bac à recyclage, l'autre demande de les rapporter au distributeur ou à la déchetterie. Il faudrait se mettre d'accord, les gars ! Et je vous préviens tout de suite, traverser tout Paris pour jeter un vieux chargeur de portable ou un rasoir électrique usagé, ça va être difficile à envisager !

De plus, le système n'est pas le même quand on change de commune. Ce qui veut dire que quand on va le week-end chez sa mère en banlieue ou en vacances chez sa tante en Bretagne il faut tout oublier et s'adapter au système local !

Soyons sérieux. Nous payons dans nos impôts locaux le prix de l'enlèvement de nos ordures. Nous sommes partants pour faire le maximum pour réduire nos déchets, pour acheter responsable en réduisant les emballages, en privilégiant le vrac… 

Mais depuis le temps qu'on parle du tri des déchets, il est incompréhensible que n'ait pas été mis en place sur tout le territoire un véritable service digne de ce nom avec des règles uniformisées et simples.

Après il nous faudra faire l'effort d'intégrer ces règles et de les appliquer. Mais alors nous n'aurons pas le sentiment de le faire pour rien.
 

Franck ArguillèreLe temps nous manque. C'est ce que révèle une récente étude IPSOS : plus de la moitié des Français considèrent que, par manque de temps, il leur est arrivé de négliger des choses essentielles de la vie : le sommeil, leur couple, leur corps, leurs loisirs, leur alimentation.

"Quand on a le temps, on n'a pas l'argent, oui mais quand on a l'argent, on n'a pas le temps…", disait le chanteur. À part quelques privilégiés, fortunés de naissance, c'est une réalité universelle. Pour beaucoup d'entre nous le travail est l'obstacle majeur au bien-être, principalement à cause de la grande place qu'il occupe dans notre vie et du stress qu'il génère.
Depuis la fin des trente glorieuses la pression professionnelle a sensiblement augmenté. La montée du chômage a créé un climat de précarité. Du fait des exigences de rentabilité et des gains de productivité qu'elles entraînent, le travail s'effectue à peu près partout en sous-effectif. Quand on a la chance d'avoir du boulot on s'y accroche, quitte à déborder largement les horaires. Résultat on a moins de temps libre, et ce temps libre on l'aborde stressé et impatient. Vous n'avez jamais trouvé que votre ordinateur mettait trop de temps à s'ouvrir, que les portes de l'ascenseur n'en finissaient pas de se refermer, que vos jambes ne vous portaient pas assez vite d'un point à un autre ?

Mais il y a là un autre phénomène. Quand la lecture d'un journal suffisait à nos grands-parents, nous sommes inondés d'informations provenant de sources multiples. Avec nos portables nous sommes quelquefois sur trois ou quatre choses en même temps. 
Le monde s'accélère et on ne fait finalement que parer au plus urgent. On prend la séquence de notre vie, professionnelle ou privée, dont l'échéance est la plus imminente, on la gère et on passe à la suivante. On finit par avoir le sentiment de subir cet enchaînement d'urgences. En fait ce que nous subissons, ce sont les méfaits de l'accélération de la société. Mais attention car la maladie de l'accélération s'appelle la dépression !

Sans en avoir conscience, nous gardons toujours la possibilité de ralentir, d'inventer un autre temps. Il y a des mouvements qui ont théorisé tout cela : slow life, slow food, slow city… L'éloge de la lenteur. Il ne s'agit plus de subir mais de faire un choix.
Sur l'escalator rien ne nous oblige à faire partie de ceux qui prennent la file de gauche et montent les marches à toute vitesse en pestant contre ceux qui bloquent le passage.