TOUS LES ÉDITOS

Franck ArguillèreLe temps nous manque. C'est ce que révèle une récente étude IPSOS : plus de la moitié des Français considèrent que, par manque de temps, il leur est arrivé de négliger des choses essentielles de la vie : le sommeil, leur couple, leur corps, leurs loisirs, leur alimentation.

"Quand on a le temps, on n'a pas l'argent, oui mais quand on a l'argent, on n'a pas le temps…", disait le chanteur. À part quelques privilégiés, fortunés de naissance, c'est une réalité universelle. Pour beaucoup d'entre nous le travail est l'obstacle majeur au bien-être, principalement à cause de la grande place qu'il occupe dans notre vie et du stress qu'il génère.
Depuis la fin des trente glorieuses la pression professionnelle a sensiblement augmenté. La montée du chômage a créé un climat de précarité. Du fait des exigences de rentabilité et des gains de productivité qu'elles entraînent, le travail s'effectue à peu près partout en sous-effectif. Quand on a la chance d'avoir du boulot on s'y accroche, quitte à déborder largement les horaires. Résultat on a moins de temps libre, et ce temps libre on l'aborde stressé et impatient. Vous n'avez jamais trouvé que votre ordinateur mettait trop de temps à s'ouvrir, que les portes de l'ascenseur n'en finissaient pas de se refermer, que vos jambes ne vous portaient pas assez vite d'un point à un autre ?

Mais il y a là un autre phénomène. Quand la lecture d'un journal suffisait à nos grands-parents, nous sommes inondés d'informations provenant de sources multiples. Avec nos portables nous sommes quelquefois sur trois ou quatre choses en même temps. 
Le monde s'accélère et on ne fait finalement que parer au plus urgent. On prend la séquence de notre vie, professionnelle ou privée, dont l'échéance est la plus imminente, on la gère et on passe à la suivante. On finit par avoir le sentiment de subir cet enchaînement d'urgences. En fait ce que nous subissons, ce sont les méfaits de l'accélération de la société. Mais attention car la maladie de l'accélération s'appelle la dépression !

Sans en avoir conscience, nous gardons toujours la possibilité de ralentir, d'inventer un autre temps. Il y a des mouvements qui ont théorisé tout cela : slow life, slow food, slow city… L'éloge de la lenteur. Il ne s'agit plus de subir mais de faire un choix.
Sur l'escalator rien ne nous oblige à faire partie de ceux qui prennent la file de gauche et montent les marches à toute vitesse en pestant contre ceux qui bloquent le passage.

Franck ArguillèreÇa y est c'est fait, la gastronomie française fait partie du patrimoine de l'humanité ! L'Unesco vient d'en décider ainsi. Au départ en 2008, l'idée avait quelque chose de saugrenu. Aucune pratique culinaire ne faisait partie de la liste. Allait-on placer dans un musée le pot-au-feu, le bœuf en daube et la poule au pot ? Ou allait-on simplement protéger de la mondialisation la qualité de nos produits, notre terroir, nos AOC ?…



En réalité, le comité intergouvernemental a tranché pour que "le repas gastronomique des Français" rejoigne le patrimoine "immatériel". Ce n'est pas le navarin d'agneau ou le foie gras qui a convaincu mais notre excellente coutume de nous réunir à table pour bien boire et bien manger. Il s'agirait d'une "pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes".
Elle ne sera pas sur la liste "nécessitant une sauvegarde urgente" mais simplement la liste "représentative".

Voici donc nos repas à la française aux côtés de 166 pratiques culturelles ou savoir-faire traditionnels classés par l'organisme international.
Je vous en donne un échantillon : le savoir-faire de la dentelle au point d'Alençon, la tapisserie d'Aubusson, les chants et danses populaires Kalbelia du Rajasthan, le tissage des tapis du Fars en Iran, l'opéra tibétain, la calligraphie et l'art de la gravure des sceaux chinois, l'acupuncture et la moxibustion de la médecine traditionnelle chinoise, le compagnonnage, la fauconnerie, le tango, le flamenco…

Le voisinage est noble, on peut en retirer une certaine fierté. On peut aussi être un peu étonné que ce qui nous semble aller de soi nécessite une telle sacralisation. On peut également être un peu inquiet car c'est malgré tout le signe que notre art de vivre est isolé et menacé.

Franck ArguillèreLes TPE (Très Petites Entreprises) porteraient les valeurs idéales pour être heureux au travail : transparence, proximité, enthousiasme. C'est ce que met en lumière une étude récente du cabinet de conseil M@rs-lab portant sur plus de 6 000 personnes que j'ai relevée dans le Figaro (grâce à la revue de presse de viesaineetzen.com, bien sûr). 

Selon cette étude, la "TPE attitude" appliquée aux moyennes et grandes entreprises permettrait d'avoir une longueur d'avance pour vivre mieux au boulot. Fini l'attrait des gros revenus, on recherche aujourd'hui plutôt du sens, des valeurs partagées et la satisfaction de les transmettre.
En matière de vie professionnelle, la clé de l'épanouissement serait de devenir acteur de son travail.

Ce mot "acteur" revient fréquemment aujourd'hui… Les consomm'acteurs sont ceux qui cherchent à mettre du sens dans leur acte de consommation : respect de l'environnement et d'une certaine éthique sociale. 

Dans le domaine de la santé également, les patients deviennent acteurs. De mieux en mieux informés (notamment par internet), beaucoup se préoccupent de la prévention en appliquant une bonne hygiène de vie, font leur propre enquête auprès de divers thérapeutes en cas de déclaration d'une pathologie et, si besoin, prennent en charge un traitement compris et assumé dont l'efficacité s'en trouve renforcée.
À viesaineetzen.com c'est notre leitmotiv : devenir acteur de sa santé, de sa consommation, de son travail… Finalement devenir acteur de sa vie. 


Tous ces termes sont un peu ronflants et ont une consonance "politiquement correcte", j'allais dire un peu scout. Il n'empêche. Il ne faudrait pas trop se moquer : ils répondent à un mal qui est profond et ancien. Les commandes de notre vie nous échappent dans un système de plus en plus complexe régi par des spécialistes de tous poils : des génies de la finance qui jouent au Monopoly, des as du marketing qui nous vendent du vent, des mandarins de la science qui font les apprentis sorciers… 
On finit par ne plus s'appartenir. Et ce n'est pas nouveau. Le mot pour le dire est assez démodé : c'est "aliénation", je crois.