TOUS LES ÉDITOS

C'est l'été, ralentissez ! C'est le moment de l'année où s'ouvre le champ des possibles, où tous nos bons prétextes s'envolent en fumée.
Si vous partez en vacances, ralentissez ! Vous aurez le temps de flâner, de passer du temps avec vos proches, de faire des activités avec vos enfants, d'organiser des bouffes tranquilles avec des amis, de prendre des rendez-vous avec vous-même pour faire du jogging, de la marche ou du vélo, pour pratiquer la méditation, le yoga ou le Taiji Quan, pour recevoir un massage suédois, un soin aux algues ou un shiatsu.

Si vous ne partez pas en vacances, ralentissez ! Les grandes villes vont se vider progressivement de leurs habitants jusqu'au week-end du 15 août, les coups de fil vont se faire plus rares, les boîtes mails vont arrêter de chauffer. Vous aurez le temps de traiter les courriers en attente depuis plusieurs semaines, de faire du classement, du rangement, de prendre du recul et d'imaginer des fonctionnements plus rationnels. Vous pourrez pique-niquer le soir dans des parcs, visiter des musées, sortir au cinéma ou au théâtre, vous transformer en touriste dans la cité que vous arpentez tous les jours sans lui jeter un coup d'oeil.

Dans tous les cas, ralentissez ! Cela fera descendre votre niveau de stress, ce sera bon pour votre bien-être et celui de vos proches. Certains en ont même fait un mouvement citoyen pour améliorer la qualité de la vie : les adeptes de la Slow Life déclinent leur action par exemple dans l'alimentation en luttant contre la malbouffe (slow food), dans la vie urbaine en privilégiant les espaces verts et les zones piétonnes (slow cities) ou dans le tourisme vert en se mêlant le plus possible aux populations autochtones, en achetant local et en utilisant les transports propres (slow travel). D'une manière générale, dans le domaine économique, tout ce qui finit par apporter à un problème une solution durable va dans le sens de la Slow Life.

Cela ne se fait pas en un jour et, dans notre société court-termiste, tout nous incite à faire le contraire. Mais si l'on regarde les choses en face, il y a urgence. Notre santé en dépend ainsi que celle des générations futures. Alors commencez dès maintenant. Ralentissez. Vite !

Quand va-t-on nous acheter le contenu de nos poubelles ? Parce que, comprenez-vous, ça circule de plus en plus ! Je veux dire par là que l'idée de l'économie circulaire fait son chemin. Les dernières Assises de Paris ont connu un succès sans précédent, obligeant les organisateurs à refuser l'accès à quelques centaines de personnes. On serait, semble-t-il, en présence de la meilleure réponse aux défis que posent le réchauffement climatique, la limitation des ressources naturelles et la croissance démographique. Certains parlent même d'une nouvelle révolution industrielle. La troisième.

Et pourtant encore beaucoup de gens ne savent pas précisément de quoi il retourne et confondent gentiment l'économie circulaire et la gestion des déchets. Je résume. Pendant les Trente Glorieuses, nous avions un système économique linéaire : extraction de matières premières, production, consommation, élimination des déchets. Selon certains économistes, ce serait une parenthèse dans l'Histoire. Nous serions en train de vivre une transition vers un système circulaire : on crée de la valeur économique, sociale et environnementale en encourageant l'écoconception des produits, en allongeant leur durée de vie avec notamment un glissement vers l'usage des biens plutôt que la possession, en prévoyant la réutilisation et le recyclage. Au passage on favorise des synergies au sein de nébuleuses industrielles non délocalisables. Résultat des courses : plus de déchets !
On marche donc vers une transformation majeure : le sale devient une ressource, la collecte des ordures devient une récolte de matières premières. Conclusion : il y a de l'or dans nos poubelles. Ce qui suit est logique : il va bientôt falloir se décider à nous l'acheter, cet or !

Actuellement que se passe-t-il ? Le producteur paie le recyclage du produit à l'éco-organisme et répercute ce coût sur le prix payé par le consommateur. Ce dernier, qui est aussi un contribuable, paie une taxe à sa municipalité pour faire enlever ses ordures. En gros, nous payons deux fois. Il y a un problème, non ? Si mon déchet est une ressource, il serait logique qu'on me rétribue d'une manière ou d'une autre pour céder cette ressource. Par ailleurs, cela pourra me motiver pour faire le tri. Pour l'instant je le fais joyeusement par conscience civique, comme vous, mais il n'est pas certain que cette dernière ne soit pas chancelante chez certains de nos contemporains… Si trier rapporte de l'argent ou permet de faire des économies, je vous fiche mon billet que les réfractaires commenceront à trouver des vertus au tri sélectif.

C'est la polémique du moment. Le professeur Henri Joyeux a lancé un appel à pétition le 19 mai dernier pour le retour dans les pharmacies du vaccin DTPolio classique, sans aluminium, introuvable aujourd'hui. L'obligation vaccinale en France étant limitée à trois maladies (diphtérie, tétanos, polio), Henri Joyeux dénonce comme de la vente forcée le fait que le seul vaccin disponible soit hexavalent (il concerne six maladies) : l'Infanrix Hexa. Et il est sept fois plus cher que le DTPolio simple ! Conséquence : le surcoût pèse sur le budget de la Sécurité Sociale, ce qui induit un soupçon de conflit d'intérêts entre les autorités du médicament et l'industrie pharmaceutique. Le fait est avéré et Henri Joyeux ne fait que reprendre sur ce point les arguments d'un groupe d'experts et de députés qui ont lancé en janvier dernier une opération "Mains propres sur la santé", avec pour objectif de "dénoncer la généralisation des conflits d’intérêts et de la corruption". Ce groupe compte dans ses rangs des personnalités comme Irène Frachon, Serge Rader, Corinne Lepage et Philippe Even.
Revenons à la pétition. C'est un raz de marée ! Elle obtient 100 000 signatures en 24h, elle en serait à plus de 500 000 aujourd'hui et peut espérer le million dans quelques semaines…

La réaction est bien sûr à la mesure de ce succès. Les grands médias couvrent le phénomène. Ils donnent logiquement, la parole à la défense qui développe ses arguments. Ces derniers sont bien exposés dans un article de Rue 89 qui titre "Pourquoi il ne faut pas signer la pétition du Dr Joyeux".
Quels sont les termes du débat ? Je vous résume.
Il y a d'abord une querelle d'experts sur la dangerosité des vaccins qui seraient due notamment à l'aluminium et au formaldéhyde qu'ils contiennent. Il est vrai qu'on serait facilement enclin à faire preuve d'un excès de précaution quand il s'agit d'inoculer du médicament à des petits bouts de choux… Mais franchement, il est difficile de trancher, même avec un bac+15 sur la question.
Il y a une partie de la controverse qui tourne autour de la personnalité d'Henri Joyeux qui se retrouve tout à coup affublé du qualificatif "antivaccin" (Voir Libération : Les vaccins à la peine) alors qu'il s'en défend. Par ailleurs, il est vrai que le professeur n'est pas un perdreau de l'année ! Ses adversaires ont beau jeu de rappeler son engagement passé contre l'avortement, la contraception, le mariage pour tous, ses positions controversées sur le sida et la sexualité, son action au sein de Famille de France, une association souvent qualifiée de conservatrice. L’Institut pour la protection de la santé naturelle qui assure la logistique de la pétition aurait même des proximités avec les milieux d'extrême droite (voir sur BuzzFeedNews). À vérifier mais c'est possible. La prose d'Henri Joyeux a parfois une tonalité "complotiste" un peu gênante.

Là où ça devient curieux, c'est quand Marisol Touraine, la ministre de la santé censée avoir une position arbitrale dans ce domaine, se sent obligée de déclarer : "la vaccination ça ne se discute pas" !
Et bien… si ! La vaccination, ça se discute ! Il y a depuis longtemps des scientifiques qui sont "antivaccin", c'est leur droit et ils ont des arguments. D'autres ne font que peser en toute indépendance le bénéfice/risque de chaque produit. Ceux-là remettent en cause le bien-fondé et l'efficacité de certains vaccins, notamment contre l'hépatite B, le papillomavirus ou la grippe.
Par ailleurs, le véritable objet du litige ne se situe pas sur ce terrain. Il est le suivant : est-il vrai qu'on ne trouve pas sur le marché un vaccin correspondant strictement à l'obligation légale française ? Les adversaires de la pétition mettent en avant l'argument selon lequel il existe un kit DT-vax + imovax polio, certes en rupture momentanée mais remplacé provisoirement par un "vaccin diphtérique et tétanique absorbé". Problème : il semble que ce produit soit réservé exclusivement aux bébés ayant une contre-indication à la "valence coqueluche", ce qui est assez rare.

Il est donc inadmissible que les citoyens n'aient pas la possibilité d'administrer à leur bébé le produit qui correspond strictement à l'obligation légale française et que la Sécurité Sociale, c'est à dire les mêmes citoyens, ait à supporter sur ce poste un coût sept fois supérieur à la normale. À ne pas vouloir le reconnaître et agir pour faire cesser le scandale, on alimente les pires soupçons.

On y apprend que 75 % des Français auraient consulté au moins une fois un thérapeute non conventionnel. On y apprend les bienfaits de la méditation de pleine conscience. On y apprend que la médecine traditionnelle chinoise ou âyurvédique, l'homéopathie ou l'iridologie sont capables de soigner des affections graves, pas seulement en complémentation de la médecine allopathique. On y apprend que 4 milliards d'individus sur terre se passent très bien de cette dernière. On y apprend que notre approche occidentale a néanmoins une grande force : son diagnostic. Qu'elle commence à s'ouvrir et à admettre que, quand ses réponses ne marchent pas, il existe des médecines alternatives et complémentaires (MAC) qui fonctionnent. On y apprend que Descartes est un bon maître quand il nous incite à reconsidérer nos certitudes.

Mais vous, lectrices et lecteurs de Vie Saine et Zen, qui avez regardé l'émission de France 5, "Se soigner autrement" (à revoir ici en replay) n'avez rien appris de tout cela car vous le saviez déjà. Cependant, comme moi sans doute, vous avez pris plaisir à regarder le documentaire parce qu'il est bien fait, nourri de témoignages de patients et d'experts passionnants.

Comme moi, vous avez été par conséquent surpris d'entendre que votre comportement, quand vous menez à juste titre votre propre recherche sur votre état de santé, est taxé d'irresponsable par certains. Vous avez été surpris de voir qu'il existe en France un organisme de lutte contre les sectes dont le président, Serge Blisko, inclut dans les pratiques à mettre à l'index le yoga, le shiatsu ou le Tui Na ! Ce monsieur ne sait pas ce que veut dire le terme "médecine énergétique" et voit le danger omniprésent en France, dans toute pratique alternative. Médecin par ailleurs, il semble confondre la mission de la Miviludes et celle du Conseil de l'Ordre de sa profession. Il finit malgré tout par admettre qu'il n'existe dans notre pays que "quelques cas par an" de dérives sectaires liées à ces pratiques alternatives. À une époque où plusieurs centaines de jeunes sont victimes de sectes se réclamant de l'islam, n'y aurait-il pas d'autres priorités que de traquer les médecines douces ?

Concernant l'émission de plateau qui succédait à ce documentaire, vous avez dû, comme moi, être surpris et scandalisé de voir que, parmi les quatre personnes censées s'exprimer sur les MAC, deux d'entre elles étaient des médecins plus ou moins ouverts aux MAC et les deux autres n'étaient concernées que par la question des dérives sectaires. Pas un expert des médecines en question. Sans parler du titre de ce "débat", pour le moins équivoque : "Médecine complémentaires : faut-il se méfier ?"
Cet amalgame sous-jacent entre MAC et dérives sectaires est pour le moins étonnant et vire à l'obsessionnel. Chacun sait qu'en la matière la vigilance s'impose, surtout dans des périodes de la vie où l'on se trouve fragilisé. Tout le monde peut être victime d'un gourou et l'on trouve ceux-ci plus fréquemment chez les personnes en situation de pouvoir : professeurs, prêtres, thérapeutes et autres directeurs de conscience. Faut-il faire pour autant des émissions incitant à se méfier de l'école, des religions, de la psychanalyse, de la philosophie ou de la chirurgie esthétique ? Est-il pertinent de traiter des MAC sous cet angle quasiment exclusif ?

On le voit, beaucoup de peurs, d'ignorances et d'incompréhensions subsistent. La route est encore longue pour faire prévaloir la raison et le bon sens. 

Avez-vous trouvez la voie ? "Non ? Alors je vais vous couper la tête", disait le fils de M. Wang, atteint de folie, dans l'album de Tintin "Le Lotus Bleu". Trouver sa voie est depuis toujours l'un des grands défis que l'homme ou la femme doit relever au cours de son existence.

Les déterminismes sociaux n'ont pas disparu, ils sont devenus subtils et avancent masqués. Mais nous sommes à l'heure de l'individualisme roi et, sur le papier, nous n'avons jamais été aussi libres de choisir notre branche professionnelle, d'affirmer notre genre et notre orientation sexuelle, de choisir la compagne ou le compagnon de notre vie, d'adhérer ou non à une religion, un mouvement politique ou philosophique.
C'est si vrai que les injonctions fusent de toute part : il nous faut "prendre le pouvoir sur notre vie" sinon, comme le dénonce Jacques Attali dans son dernier livre Devenir Soi, nous deviendrons des "résignés-réclamants", sortes d'assistés se contentant des miettes d'une société d'abondance. Du reste, l'urgence est telle que plein de gens bien intentionnés se pressent pour nous aider à trouver notre voie : médias, coaches, conseillers, maîtres à penser… Bientôt l'appli "My way" ? Il semblerait que toute la société se mette à relayer la menace du fils de M. Wang.

Il faut, je crois, rappeler que personne ne va nous couper la tête.
L'injonction risque, sinon, de devenir insupportable et paralysante. Trouver sa voie ne se fait pas du jour au lendemain. Peut-être faut-il commencer par faire. Faire, être attentif à ce que l'on fait et savoir tirer les leçons de ses expériences. "Action !", comme on dit au cinéma. Mais devenir acteur de sa vie est un chemin qui est lent, souvent tortueux, jalonné de tentatives, d'échecs et parfois de succès. Ce chemin peut être illuminé par des rencontres déterminantes mais les fausses routes ne sont pas rares : notre libre-arbitre est toujours limité par des mécanismes issus de notre inconscient, de l'inconscient collectif ou de transmissions transgénérationnelles.
"Connais-toi toi-même", proposait la devise inscrite sur le frontispice du Temple de Delphes. Il faut toute une vie pour découvrir les vérités qui sont en nous. Savoir se détacher des conditionnements de la société, de l'éducation. Savoir se connecter à son corps, ses émotions, ses sentiments. Savoir déguster le chemin.

C'est une bonne nouvelle. Une nette majorité de Français verraient leur vie de manière positive, selon une récente enquête CSA (voir : 62 % des Français voient leur vie de manière positive). Cela va à l'encontre d'une idée couramment répandue selon laquelle nous serions d'incorrigibles pessimistes. Y'aurait-il un prisme déformant qui nous aurait induit en erreur ? Peut-être les médias prompts à dénoncer la faculté d'autodénigrement des Français ? Ou simplement notre habitude acquise depuis l'école de rarement voir les verres à moitié pleins ?

Selon le même sondage, les Français seraient 83 % à penser qu'une vie positive se construit en essayant de "contribuer activement au bien-être des autres". C'est un démenti cinglant à ceux qui pensent que la "culture du bien-être" serait égocentrée : le bonheur ne peut s'inscrire que dans une démarche altruiste et solidaire. Du reste 75 % des sondés disent "s'engager et trouver de l'intérêt dans ce qu'ils entreprennent". Mettre du sens dans ses activités est indispensable à l'épanouissement personnel.

Plus intéressant encore : 55 % des personnes interrogées pensent que la vie positive n'est pas le fruit du hasard ou le fait d'un "idéal qu'on cherche à atteindre". Elle passe par "quelque chose que l'on a en soi et qu'il faut travailler au quotidien". On touche là à quelque chose qui nous est cher ici, à Vie Saine et Zen, où l'on met en lumière toutes les pratiques qui permettent de se transformer soi-même : du yoga au Taiji Quan en passant par la méditation de pleine conscience ou le Qi Gong, de la sophrologie à l'hypnothérapie en passant par la PNL ou l'EMDR.

Ce sondage est donc une bonne nouvelle car il montre une fois de plus que les valeurs que nous défendons depuis plus de 7 ans dans ce web-magazine sont partagées par une majorité de Français. Il me donne aussi l'occasion de saluer l'apparition du magazine Psychologie Positive qui l'a commandité. L'arrivée d'un nouveau venu est toujours une bonne nouvelle pour la vitalité de la presse française, surtout quand il est bien fait et de bonne tenue. Et c'est le cas. Nous nous en réjouissons donc, d'autant que personne n'est de trop quand il s'agit de muscler l'optimisme des Français.

C'est ballot ! On avait presque habitué les Français à l'idée que l'énergie nucléaire était incontournable, inévitable, inéluctable. Et pas chère. Et voilà que l'Ademe sort un rapport qui montre que la France pourrait s'en passer ! Nous serions capables à l'horizon 2050 de produire trois fois nos besoins d'électricité uniquement grâce aux énergies renouvelables, principalement éoliennes, solaires et hydrauliques. Et avec un surcoût moindre que celui généré par les nouvelles contraintes post-Fukushima en matière de sécurité nucléaire. En réalité, l'Ademe a failli sortir ce rapport. Elle a reporté sa parution in extremis, comme si ses conclusions étaient susceptibles de gêner l'exécutif en pleine période de discussion sur la loi de transition énergétique (voir : 100 % d'électricité renouvelable en 2050 : le rapport qui dérange).

Ces cafouillages franco-français pourraient faire sourire s'il n'y avait derrière cela des opportunités industrielles importantes à côté desquelles il serait grave de passer. De nombreux experts considèrent qu'entre le renouvelable et le nucléaire, les jeux sont faits depuis plusieurs années. En 2014, un banquier spécialisé dans le financement des énergies m'avait avoué que le mégawattheure (MWh) de l'éolien offshore était devenu moins cher que le MWh de l'EPR vendu aux britanniques. Aujourd'hui les chiffres sont très parlants : les investissements dans l'électricité renouvelable ont dépassé ceux réalisés dans la production électrique thermique (fossile et nucléaire) et Bloomberg New Energy Finance prévoit qu'en 2030, on installera 7,4 fois plus de capacités de production renouvelables que de capacités thermiques (voir sur DD Magazine : La France va-t-elle rater le marché de l'électricité renouvelable ?). Les investisseurs ont tranché. Du reste, en régression depuis quelques années, le nucléaire ne représente plus qu'environ 10 % de la production mondiale d'électricité.

Tout porte à penser aujourd'hui que persister dans la voie du nucléaire est une erreur, au même titre que le diesel. Ce serait cette spécialité française qui nous fait développer des bijoux technologiques à contretemps. On produit des "bi-bop" quand se prépare le déferlement des téléphones portables, des avions Rafale quand les drones s'imposent sur le marché de l'armement…
Il est vrai que les mauvais choix enclenchés il y a 40 ans nécessitent des évolutions progressives pour tenir compte à court terme des enjeux de la filière, notamment au niveau des emplois. Mais il est nécessaire d'adopter un cap clair et d'être réactif pour ne pas rater les marchés de demain qui sont manifestement du côté des énergies renouvelables.
Et ce n'est pas en planquant vite fait des rapports d'experts qu'on va résoudre la situation.

Notre système de santé serait, paraît-il, le meilleur du monde et ferait même des envieux à l'étranger ! Pourtant, à l'occasion des débats sur le projet de loi de santé actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale, il montre des dysfonctionnements pour le moins inquiétants.

Certaines failles font la une des grands médias et sont, du reste, parfois prises en compte dans le projet de loi. Comme par exemple l'autorisation des actions de groupe, la mise en place d'un service public d'information en santé, la facilitation de l'IVG, le droit à l'oubli pour les personnes guéries du cancer…
D'autres sont moins souvent pointés du doigt mais tout aussi préoccupantes. Un collectif de députés, d'experts et de lanceurs d'alerte a lancé depuis le mois de janvier un appel pour une opération Mains Propres sur la Santé. Il semblerait qu'il y ait du boulot !
Un exemple : par rapport à nos voisins européens, le prix des médicaments est beaucoup plus cher en France et leur consommation supérieure de 50 % à 100 %. Il suffirait de lutter contre cette surfacturation et cette surconsommation pour réaliser au moins 10 milliards d'économies dans le budget de l'Assurance Maladie, c'est à dire annuler son déficit !
Autre exemple : les vaccins ont fait cette année plusieurs fois la une de l'actualité. L'obligation vaccinale est controversée mais a été récemment confortée par le Conseil d'État. La France est l'un des rares pays à l'avoir adoptée. Elle concerne uniquement le DTPolio. Or ce vaccin est introuvable en officine depuis plusieurs mois, les seuls vaccins disponibles étant des vaccins polyvalents, beaucoup plus chers, et qui incluent d'autres maladies comme l'hépatite B !

La source de ces problèmes serait la grande consanguinité entre le milieu médical et l'industrie pharmaceutique. Les liens d'intérêts entre les médecins et les labos ne sont pas transparents en France, pour ce qui concerne les gros contrats, ceux d'orateurs et de consultants. Or les responsables des autorités publiques qui arbitrent le secteur (HAS, Haute Autorité de Santé et ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) sont bénéficiaires de ce type de contrat. Les liens d'intérêts deviennent alors conflits d'intérêts.

Le collectif compte en son sein des gens comme Michèle Rivasi, Philippe Even, Irène Frachon ou Corinne Lepage et il rassemble des signatures aussi différentes politiquement que Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Dupont-Aignan, Pierre Larrouturou ou Laurence Vichnievsky. On voit qu'il s'agit plus d'un rassemblement de personnalités soucieuses du bien commun que d'un aéropage d'agités irresponsables. Leur diagnostic est sévère : il s'agit de corruption au plus haut niveau.
Espérons que leur initiative trouve un vaste écho dans l'opinion, seul moyen, face à la puissance d'une industrie tentaculaire, pour que le pot de terre gagne contre le pot de fer.

C'est une bonne nouvelle qui est passée relativement inaperçue : pour la première fois depuis 40 ans, il n'y a pas eu en 2014 de corrélation entre croissance économique et émissions de gaz à effet de serre. Les rejets de CO2 sont restés stationnaires avec pourtant un PIB mondial en augmentation de 3 %. Il est donc aujourd'hui prouvé que réduire les émissions ne nous condamne pas à être décroissants. Cela permet d'espérer que les gouvernements et tous ceux qui adhèrent à la religion de la croissance seront plus enclins à œuvrer ensemble pour combattre le changement climatique, notamment dans le cadre de la prochaine conférence mondiale en décembre à Paris.

Les experts affichent un optimisme raisonné, pour l'instant, quant à l'issue de cette COP21 : il y aura un accord, très probablement. Est-ce que cet accord sera juridiquement contraignant et permettra d'atteindre le fameux objectif de limitation à 2°C de l'augmentation de la température par rapport au niveau de 1990 ? Probablement pas. Est-ce que c'est très grave ? Pas forcément.
Les spécialistes de la géopolitiques nous le répètent à l'envi : il n'existe pas de gouvernance mondiale. Derrière l'utopie, la réalité est incontournable : dans les instances internationales, les gouvernements ne font que défendre leurs intérêts. C'est aussi vrai pour ce qui concerne le climat : hier à Kyoto, Lima ou Copenhague, demain à Paris, les États viennent, les uns pour obtenir des aides, les autres pour promouvoir leurs industries nationales et tous pour faire de la comm' auprès de leur opinion publique. C'est une occasion pour les responsables de redorer leur blason et d'essayer de regagner de l'influence sur les intérêts économiques multinationaux. Si cela contribue à réhabiliter le politique, ce n'est déjà pas si mal. Il est nécessaire que ces conférences continuent d'exister mais elles ne sont pas suffisantes.

L'essentiel se passe ailleurs, localement. Là où, malheureusement, les urgences existent : catastrophes naturelles à répétition, désertification, afflux de réfugiés climatiques débouchant sur des guerres civiles et le développement du terrorisme. Mais cela ne concerne pas seulement le climat. Dans nos mégalopoles, de Pékin à Chicago en passant par Paris, Londres et Mexico, l'urgence est la présence massive de poisons dans nos assiettes et dans l'air que nous respirons. Dans tous les cas, c'est une question de vie ou de mort.

L'efficacité de la réponse ne relève pas de l'habileté à la négociation de quelques diplomates ou technocrates onusiens mais de la grande capacité d'adaptation de la société civile. Les initiatives se multiplient sur le terrain. Des solutions sont en expérimentation dans les entreprises, les associations, les territoires. Elles dépendent de nos choix de consommation, de nos choix de vie mais aussi des pesanteurs de nos sociétés.
Si nous devons nous diriger vers un modèle de "sobriété heureuse", ce ne sera pas sous l'impulsion d'une autorité supérieure, aussi mondiale soit elle. Le mouvement est inverse : poussés par l'urgence, nous imposerons à nos dirigeants les mesures de bon sens que nous aurons déjà mises en œuvre.

On entendait encore il y a peu quelques génies de la prospective nous expliquer que le bio était une mode passagère. Comme celle de l'environnement. Vous vous souvenez : "l'environnement ça va bien maintenant !". Seulement voilà ! La réalité n'est pas toujours docile ! Non seulement le bio ne connaît pas la crise mais il se renforce et a connu en 2014 une croissance à deux chiffres (10 %, selon les dernières données de l'Agence Bio !). Une performance à faire suffoquer de bonheur les économistes de tous poils ! La part de marché est modeste, 2,6 % de l'alimentaire en France, mais ce sont maintenant 6 français sur 10 qui consomment bio régulièrement. Avec les consommateurs occasionnels on est à 9 sur 10. Seuls 12 % étaient réfractaires en 2014. Ils étaient 25 % en 2013. Le quarteron de sceptiques se réduit comme une peau de chagrin. Preuve que, crise ou pas crise, la demande d'authenticité et de naturalité se généralise.
On pourrait continuer la liste : tous les voyants du bio sont au vert… Sauf dans la restauration. Ce serait, selon Elisabeth Mercier, directrice de L'Agence Bio, le seul secteur ayant marqué le pas en 2014.

Il se trouve que la consommation alimentaire hors domicile, qui couvre tous les types de restauration, a connu un chiffre d'affaires en baisse en 2014 (voir : Restauration : le marché en baisse en 2014, 2015 s'annonce difficile). Il y a une logique simple : c'est la crise, les consommateurs préfèrent manger chez eux ou apporter une lunch-box au bureau. Conséquence : la fréquentation des restaurants baisse, les restaurateurs ont tendance à réduire leurs coûts et proposer moins de produits de qualité.
Mais les choses sont plus subtiles si l'on étudie les chiffres attentivement : les professionnels qui n'ont pas suivi l'attente de qualité des consommateurs, notamment dans le "fait maison", ont vu leur chiffres d'affaires baisser sensiblement alors que ceux qui ont su s'adapter ont bénéficié d'une légère croissance.
Conclusion : c'est justement parce que nous sommes en crise qu'il est encore plus urgent de proposer du bio dans les restaurants.

Comment peut-on imaginer que les consommateurs massivement prêts pour une offre de meilleure qualité avec le bio ne vont pas se détourner de la minuscule proposition des restaurants qu'ils fréquentent ? Cela est vrai aussi bien pour les cantines scolaires (87 % des parents veulent du bio à l'école) que pour les cantines d'entreprise ou les restaurants commerciaux. Du bio ! C'est ce que les consommateurs attendent. Il est plus que temps. Il faudrait se réveiller.