TOUS LES ÉDITOS

On répète le ballet des limousines. La COP21 fait ses derniers préparatifs, le 30 novembre, c'est demain. Au cours des dernières semaines, quelques succès diplomatiques incarnés au plus haut sommet de l'État ont été dûment médiatisés, les réunions ministérielles se sont intensifiées. Dans le même temps, les ONG ont clamé que le compte n'y était pas et les organisations internationales ont publié des études catastrophistes pour mettre en lumière l'importance des enjeux : réchauffement de la planète, crises humanitaires, pollution de l'atmosphère, montée des eaux...

Quelle sera l'issue de cette conférence climatique ? Y'aura-t-il un accord contraignant ? Décidera-t-on de faire un bilan tous les cinq ans ? Le Nord trouvera-t-il le financement nécessaire pour les politiques climatiques des pays du Sud ?
Il y a fort à parier qu'on conclura avec un compromis qui, compte tenu de l'engagement des États-Unis et de la Chine, sera considéré par les autorités publiques comme un progrès par rapport aux conférences précédentes. Et quoiqu'il arrive le résultat sera jugé insuffisant par les ONG.
Le jeu de rôle est maintenant bien connu.

Certains pourront penser, comme le dit Pierre Rabhi dans une récente interview à l'Obs, que la COP21 ne changera rien, qu'il s'agit d'un "rituel stupide qui laisse croire au bon peuple que les pouvoirs publics s'occupent de l'environnement". Mais Pierre Rabhi et le bon peuple croient-ils encore que les pouvoirs publics ont beaucoup de pouvoir et peuvent faire autre chose que prendre des mesures d'incitation ?
D'autres persévèreront dans le déni, trouvant que les histoires de climat et d'environnement "maintenant ça va bien" et qu'il s'agit d'une pure invention médiatique. Il est aussi possible que l'homme n'ait pas mis les pieds sur la lune, que le 11 septembre ait été organisé par la CIA et que Sheila soit un homme.

D'autres encore, dont je fais partie, considèreront que le verre est à moitié plein, que le processus avance certes à petits pas mais qu'il avance inexorablement.
L'écologie ressemble en cela au féminisme : ses militants, indispensables au début, deviennent vite agaçants et finissent par desservir la cause qu'ils ont fait émerger ; les hypocrites sont légions mais contribuent à généraliser auprès de l'opinion une reconnaissance consensuelle du principe qui agit comme un effet cliquet. Qui peut s'opposer aujourd'hui à une progression vers la parité dans la société ? Qui peut cautionner le cynisme environnemental, le mépris de la planète et des enjeux de santé publique qui sont associés ? Il y a toujours des à-coups. Mais, si le chemin qui reste à faire peut encore sembler interminable, il n'en est pas moins vrai que celui qui a été parcouru est déjà impressionnant.

On est heureux de trouver au théâtre des spectacles qui traitent des enjeux de la santé. Ce sont des thèmes universels qui nous concernent tous. On se souvient bien sûr des médecins de Molière et plus récemment de l'incontournable docteur Knock. "Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore…" La pièce de Jules Romain aurait été en réalité co-écrite avec Louis Jouvet, lui-même fils de pharmacien. Son caractère visionnaire saute aux yeux quand on voit le volume des médicaments de toutes sortes que la médecine d'aujourd'hui arrive à fourguer à des gens en parfaite santé…

Il y a eu l'an dernier au Théâtre de l'Oeuvre la pièce de Daniel Pennac "Ancien malade des hôpitaux de Paris" avec l'excellent Olivier Saladin. Ou comment rester indemne au milieu des avis péremptoires et contradictoires des génies de la faculté.

Il y a en ce moment au Théâtre Michel, à Paris, une pièce délicieuse. Elle s'appelle "De l'autre côté de la route".
Pitch. Une ancienne grande scientifique se languit dans sa maison de retraite en Suisse, face au cimetière. Une jeune femme surgit et réveille son passé : un Nobel manqué de peu, une vie privée ratée… Curieusement, le PDG d'un grand labo est très attentif au bien-être de son ancienne collaboratrice…

L'auteur, Clément Koch, réussit un cocktail de rire et d'émotion sur des sujets difficiles : la fin de vie et la liberté de choisir le moment de traverser ; la responsabilité de l'industrie pharmaceutique quant aux effets secondaires de ses produits et les dérives que peuvent entraîner les exigences économiques à court terme.
L'interprétation et la mise en scène sont au rendez-vous. Rien d'avant-gardiste ici, mais on est loin des pochades mécaniques d'un certain théâtre de boulevard.
La pièce se joue jusqu'au 31 décembre. Il faut aller voir "De l'autre côté de la route".

Il n'a pas peur des grandes phrases et des grands mots, Nicolas Hulot. Dans son livre Osons* qui vient de sortir, il dit que l'avenir de l'humanité est en jeu lors de la COP21 et il appelle les chefs d'États à être à la hauteur de l'événement. Il y parle de sens, d'amour, d'équité, de noblesse d'âme. On ne peut que souscrire mais j'ai le sentiment qu'aujourd'hui son discours a du mal à passer. Du reste l'ancien animateur de télévision s'en rend compte, semble-t-il, puisqu'il a appelé à la rescousse des humoristes du web pour concevoir un clip : Break the internet.

Il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui regardent ailleurs lorsque la maison brûle. Quand une cause est excessivement imposante, notre premier réflexe est de détourner le regard. L'homme est ainsi fait qu'il montre une grande ingéniosité pour inventer des stratégies d'évitements face à un problème par trop angoissant. Une amie japonaise m'expliquait qu'au moment de la catastrophe de Fukushima, les gens n'étaient pas capables au Japon d'aborder la question de la contamination de l'air et des aliments. Ils continuaient de vivre comme si rien ne s'était passé, au risque de mettre leur santé et leur vie en danger.
Quand Nicolas Hulot ne parle pas, un tic du visage trahit sa nervosité. Apparemment pour lui aussi la cause est lourde à porter.

L'environnement est un sujet anxiogène par nature. Je suis certain que la plupart d'entre nous sommes très conscients de l'ampleur des menaces. Mais nous ne voyons pas distinctement la manière d'y échapper et les échéances semblent encore diffuses et lointaines. De plus, dans ce monde totalement voué au court-termisme nous avons peu confiance dans la capacité des décideurs à apporter les solutions nécessaires. Nous ne sommes pas non plus persuadés de l'aptitude de nos concitoyens à faire preuve du civisme nécessaire. Nous préférons alors botter en touche et nous réfugier dans la futilité ou le déni.

Pourtant la formule est connue et implacable : "la planète peut se passer de nous mais nous ne pouvons pas nous passer d'elle". Les rendez-vous à venir sont donc incontournables.
On peut apprécier l'homme ou le détester mais, dans une ambiance hexagonale singulièrement en manque de boussole, Nicolas Hulot a le mérite de ne pas perdre le nord et de s'exprimer de manière simple. Simpliste diront certains. Certes, quand il parle de réinventer la démocratie, de mettre l'économie au service des humains ou de mettre fin aux abus des multinationales, on a un peu l'impression d'être dans le monde de Oui-oui. Mais lorsqu'il propose d'intégrer la pollution au prix de vente, de démazouter les investissements et de nourrir sans détruire, on est en présence d'un nécessaire rappel au bons sens.

Quant aux engagements individuels concrets qu'il préconise… Se déplacer à plusieurs ou sans moteur ; réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion ; manger moins de viande mais de meilleure qualité ; mettre fin au gaspillage alimentaire ; mettre son argent au vert ; choisir une électricité 100 % renouvelable ; agir contre le gaspillage énergétique et pour la nature ; partager ; s'impliquer pour le climat… On ne saurait mieux dire.

 

* éditions Les Liens qui Libèrent

Pas un jour qui passe sans qu'un nouvel élément soit révélé concernant l'ampleur de la tricherie du groupe Volkswagen… Après les 11 millions de véhicules équipés d'un logiciel permettant de fausser les résultats des tests d’émissions polluantes, c'est la marque Audi qui avoue que 2,1 millions de ses véhicules sont également concernés puis Seat avec 700 000 véhicules. Dans l'intervalle, le PDG du groupe a dû démissionner et tous les pays du monde se mobilisent pour demander des comptes au constructeur qui a bénéficié indûment de différentes aides et agréments de la part des gouvernements. En France près d'un million de véhicules seraient concernés. Cerise sur le gâteau, l'agence de communication du groupe aurait tenté d'influer sur le contenu éditorial de certains journaux en menaçant de retirer ses publicités. Faux sur toute la ligne. Cela en dit long sur la culture d'entreprise de ladite société.
Le scandale est de taille et l'on commence à peine à en mesurer les conséquences. Parmi les plus positives, on peut espérer qu'il y ait en France une prise de conscience sur les véritables dangers du diesel. Une grande partie de la population est encore largement influencée par le déni tenace des constructeurs et cinquante ans d'aveuglement étatique.

Tricherie d'une petit groupe de personnes ou secret de polichinelle d'un secteur coutumier des petits arrangements avec la légalité ? La technique du bouc émissaire a ses limites en matière de gestion de crise. D'autant qu'il semblerait que les autorités européennes aient été alertées depuis 2013 des risques de trucages de tests. Les ONG regroupées au sein de T&E (Transports et Environnement) avaient également mis en lumière une différence de 40 % entre les tests européens et la réalité de la consommation de CO2 en 2014 alors que l'écart n'était que de 8 % en 2001. Tous les constructeurs seraient donc concernés, pas uniquement le groupe Volkswagen. Cela semble suggérer que l'ambiance au sein du secteur automobile dans son ensemble n'est pas extrêmement orientée vers la sincérité et la transparence.
Est-ce que le problème concerne uniquement le diesel ? Rien ne permet de le dire et l'on sait qu'il n'y a pas pour l'instant de voiture propre à 100 %. Mais ce qui est certain c'est que les entreprises ont tout à perdre à jouer au jeu de dupes avec les consommateurs qui, quand ils se réveillent, savent les sanctionner sévèrement. Avec leur porte-monnaie. 

Il est réconfortant d'entendre parfois dans les grands médias des propos sensés sur les médecines alternatives et complémentaires (MAC). C'était le cas le 9 septembre dernier sur France-Inter dans l'émission "Le téléphone sonne". Sujet du jour : "Médecines douces/médecines dures : placebo contre chimie ?". En introduction Nicolas Demorand évoque une "querelle théologique" et constate avec lucidité que "les patients s'en emparent et font une part de plus en plus grande aux autres médecines, semblant y trouver quelque chose que la médecine classique n'apporte pas ou n'apporte plus". Pour une fois les MAC sont représentées et ont même des porte-paroles de qualité en la personne de Philippe Sterlingot, président du syndicat français des ostéopathes, et surtout de Christophe André, psychiatre et spécialiste de la méditation de pleine conscience.

Michel Cymes, médecin et présentateur TV connu du grand public, montre une certaine ouverture vis-à-vis des médecines complémentaires. Il les défend même vivement dans les soins de support en cancérologie. Il déclare avoir évolué et être passé d'un "scepticisme agressif" à un "scepticisme bienveillant".
Dont acte. Mais apparemment le scepticisme est encore bien présent. Michel Cymes reconnaît aux MAC l'efficacité de l'effet relationnel ou de l'effet placebo. C'est le minimum syndical également affiché par les autorités médicales en France. Le souci est qu'on sent une certaine condescendance dans le verdict, compte tenu de la confusion qui existe dans beaucoup d'esprits entre l'effet placebo et l'effet psychologique. De manière sous-jacente, on semble suggérer que les patients seraient des gogos crédules facilement abusés par des bonnes paroles et des soins qui relèveraient de la pensée magique. Au passage, les allopathes sont prompts à oublier l'importance de l'effet placebo dans leur propre discipline : les études réalisées sur les médicaments avant leur autorisation de mise sur le marché révèlent qu'environ un tiers des patients des groupes témoins sont guéris par les pilules ne contenant pas de principe actif. Vous-mêmes quand vous prenez de l'aspirine ou du doliprane pour un mal de tête, vous êtes soulagés au bout de cinq minutes. Or la molécule n'arrive dans votre sang qu'une demie heure plus tard. Vous bénéficiez donc de l'effet placebo. Et c'est tant mieux.

Christophe André, qui revendique une approche scientifique de médecin, est également persuadé de l'importance de l'effet placebo. Mais on ne sent aucune nuance de mépris dans son propos. Il met en avant la puissance de l'esprit dans le phénomène d'autoguérison. D'où l'efficacité des techniques méditatives. D'où également l'importance pour le patient d'adhérer et de s'engager dans les soins qui lui sont proposés, afin de prendre en charge sa guérison.
Il n'y a pas une virgule à changer à cette approche. Mais l'effet placebo ne fait pas tout. En tous cas pas toujours. Et, de la même manière qu'il y a heureusement des principes actifs dans les médicaments allopathiques, il y a également des mécanismes actifs à l'œuvre dans les MAC. Lorsque je suis plié en deux par un lumbago, que je vais chez mon ostéopathe ou mon acupuncteur et que j'en ressors en marchant normalement, il est évident que ce n'est pas l'effet placebo qui a fait tout le boulot.

Certes, les mécanismes qui sont à l'oeuvre dans les techniques manuelles sont plus faciles à cerner que ceux des techniques énergétiques ou de l'homéopathie. Et la question de la validation scientifique de ces derniers a un intérêt certain. Mais il ne faut pas oublier qu'avant d'être validés scientifiquement, la méditation, le yoga ou le Taiji Quan ont été longtemps considérés comme des disciplines de mystiques ou de hippies. La science a encore de vastes champs d'études et progresse à son rythme. On n'a pas encore trouvé les mécanismes de fonctionnement de l'homéopathie, cela ne veut pas dire qu'on ne les trouvera pas demain.
En attendant, nous autres patients, nous "donnons sa chance au produit", comme le dit l'expression familière. Nous continuons tranquillement à utiliser (avec prudence) les pratiques qui ont fait leur preuve depuis des siècles ou des millénaires, qui nous font du bien et qui n'ont pas d'effets secondaires indésirables. Nous nous réjouissons de leur efficacité, quelle que soit la part de l'effet placebo dans la guérison.

Michel Cymes a fait un bout du chemin en passant du scepticisme agressif au scepticisme bienveillant. On espère maintenant qu'il passera, comme nous, au stade suivant : la neutralité bienveillante. C'est l'attitude ouverte et curieuse qui est celle du scientifique et que nous attendons de nos médecins. Ces médecins dont nous avons le plus grand besoin.

Pour celles et ceux qui ne sont pas partis en vacances (presque la moitié d'entre nous, selon un sondage du site monEchelle.fr), la rentrée n'est pas un grand événement. Elle signifie surtout la réouverture des magasins de quartier, la reprise des embouteillages, la réapparition des enfants dans les rues et, dans les grandes villes, la disparition des places de parkings faciles en surface.

Celles et ceux qui ont eu la chance de se mettre au vert se partagent en deux groupes : 67 % sont heureux de regagner leurs pénates (selon le même sondage), les autres regrettent la parenthèse enchantée.
Au moment de reprendre le train-train quotidien ceux-là disent : "je ne rêve que d'une chose, c'est de repartir !" Nostalgie de la beauté des paysages, de la clémence de la météo, du ralentissement du rythme de vie, de l'improvisation des programmes de la journée, des bons moments entre amis, des instants privilégiés avec son amoureux(se)… Dans de nombreux cas, il y a aussi l'angoisse de retrouver un quotidien qui n'est pas satisfaisant : un couple au sein duquel lequel les habitudes ont pris trop de place et où la flamme a disparu, un célibat qui devient pesant, un boulot qui n'a plus grand intérêt ou qui n'en a jamais eu, une ambiance professionnelle tendue qui devient insupportable, une surcharge chronique au niveau de l'emploi du temps…

Voilà donc le moment de faire le point sur sa vie et d'envisager des changements... Quelquefois un peu d'organisation suffit : réaménager ses horaires, faire ses courses en ligne, acheter un robot ménager… D'autres fois, un grain de nouveauté permet d'embellir la vie : commencer l'eutonie (Voir : L'eutonie, bien doser son tonus), le yoga ou la guitare, prendre un abonnement au théâtre, au concert ou au musée peut permettre de nourrir notre jardin intérieur. Mais parfois il faut aller plus loin et commencer à mettre en œuvre ce qu'on évite depuis longtemps par paresse ou lâcheté. On le sait au fond de nous mais on repousse année après année : démarrer une formation, chercher vraiment un nouveau job, faire une thérapie de couple, se séparer de son partenaire…
La période est propice pour réorganiser sa vie et ouvrir une nouvelle page.

C'est l'été, ralentissez ! C'est le moment de l'année où s'ouvre le champ des possibles, où tous nos bons prétextes s'envolent en fumée.
Si vous partez en vacances, ralentissez ! Vous aurez le temps de flâner, de passer du temps avec vos proches, de faire des activités avec vos enfants, d'organiser des bouffes tranquilles avec des amis, de prendre des rendez-vous avec vous-même pour faire du jogging, de la marche ou du vélo, pour pratiquer la méditation, le yoga ou le Taiji Quan, pour recevoir un massage suédois, un soin aux algues ou un shiatsu.

Si vous ne partez pas en vacances, ralentissez ! Les grandes villes vont se vider progressivement de leurs habitants jusqu'au week-end du 15 août, les coups de fil vont se faire plus rares, les boîtes mails vont arrêter de chauffer. Vous aurez le temps de traiter les courriers en attente depuis plusieurs semaines, de faire du classement, du rangement, de prendre du recul et d'imaginer des fonctionnements plus rationnels. Vous pourrez pique-niquer le soir dans des parcs, visiter des musées, sortir au cinéma ou au théâtre, vous transformer en touriste dans la cité que vous arpentez tous les jours sans lui jeter un coup d'oeil.

Dans tous les cas, ralentissez ! Cela fera descendre votre niveau de stress, ce sera bon pour votre bien-être et celui de vos proches. Certains en ont même fait un mouvement citoyen pour améliorer la qualité de la vie : les adeptes de la Slow Life déclinent leur action par exemple dans l'alimentation en luttant contre la malbouffe (slow food), dans la vie urbaine en privilégiant les espaces verts et les zones piétonnes (slow cities) ou dans le tourisme vert en se mêlant le plus possible aux populations autochtones, en achetant local et en utilisant les transports propres (slow travel). D'une manière générale, dans le domaine économique, tout ce qui finit par apporter à un problème une solution durable va dans le sens de la Slow Life.

Cela ne se fait pas en un jour et, dans notre société court-termiste, tout nous incite à faire le contraire. Mais si l'on regarde les choses en face, il y a urgence. Notre santé en dépend ainsi que celle des générations futures. Alors commencez dès maintenant. Ralentissez. Vite !

Quand va-t-on nous acheter le contenu de nos poubelles ? Parce que, comprenez-vous, ça circule de plus en plus ! Je veux dire par là que l'idée de l'économie circulaire fait son chemin. Les dernières Assises de Paris ont connu un succès sans précédent, obligeant les organisateurs à refuser l'accès à quelques centaines de personnes. On serait, semble-t-il, en présence de la meilleure réponse aux défis que posent le réchauffement climatique, la limitation des ressources naturelles et la croissance démographique. Certains parlent même d'une nouvelle révolution industrielle. La troisième.

Et pourtant encore beaucoup de gens ne savent pas précisément de quoi il retourne et confondent gentiment l'économie circulaire et la gestion des déchets. Je résume. Pendant les Trente Glorieuses, nous avions un système économique linéaire : extraction de matières premières, production, consommation, élimination des déchets. Selon certains économistes, ce serait une parenthèse dans l'Histoire. Nous serions en train de vivre une transition vers un système circulaire : on crée de la valeur économique, sociale et environnementale en encourageant l'écoconception des produits, en allongeant leur durée de vie avec notamment un glissement vers l'usage des biens plutôt que la possession, en prévoyant la réutilisation et le recyclage. Au passage on favorise des synergies au sein de nébuleuses industrielles non délocalisables. Résultat des courses : plus de déchets !
On marche donc vers une transformation majeure : le sale devient une ressource, la collecte des ordures devient une récolte de matières premières. Conclusion : il y a de l'or dans nos poubelles. Ce qui suit est logique : il va bientôt falloir se décider à nous l'acheter, cet or !

Actuellement que se passe-t-il ? Le producteur paie le recyclage du produit à l'éco-organisme et répercute ce coût sur le prix payé par le consommateur. Ce dernier, qui est aussi un contribuable, paie une taxe à sa municipalité pour faire enlever ses ordures. En gros, nous payons deux fois. Il y a un problème, non ? Si mon déchet est une ressource, il serait logique qu'on me rétribue d'une manière ou d'une autre pour céder cette ressource. Par ailleurs, cela pourra me motiver pour faire le tri. Pour l'instant je le fais joyeusement par conscience civique, comme vous, mais il n'est pas certain que cette dernière ne soit pas chancelante chez certains de nos contemporains… Si trier rapporte de l'argent ou permet de faire des économies, je vous fiche mon billet que les réfractaires commenceront à trouver des vertus au tri sélectif.

C'est la polémique du moment. Le professeur Henri Joyeux a lancé un appel à pétition le 19 mai dernier pour le retour dans les pharmacies du vaccin DTPolio classique, sans aluminium, introuvable aujourd'hui. L'obligation vaccinale en France étant limitée à trois maladies (diphtérie, tétanos, polio), Henri Joyeux dénonce comme de la vente forcée le fait que le seul vaccin disponible soit hexavalent (il concerne six maladies) : l'Infanrix Hexa. Et il est sept fois plus cher que le DTPolio simple ! Conséquence : le surcoût pèse sur le budget de la Sécurité Sociale, ce qui induit un soupçon de conflit d'intérêts entre les autorités du médicament et l'industrie pharmaceutique. Le fait est avéré et Henri Joyeux ne fait que reprendre sur ce point les arguments d'un groupe d'experts et de députés qui ont lancé en janvier dernier une opération "Mains propres sur la santé", avec pour objectif de "dénoncer la généralisation des conflits d’intérêts et de la corruption". Ce groupe compte dans ses rangs des personnalités comme Irène Frachon, Serge Rader, Corinne Lepage et Philippe Even.
Revenons à la pétition. C'est un raz de marée ! Elle obtient 100 000 signatures en 24h, elle en serait à plus de 500 000 aujourd'hui et peut espérer le million dans quelques semaines…

La réaction est bien sûr à la mesure de ce succès. Les grands médias couvrent le phénomène. Ils donnent logiquement, la parole à la défense qui développe ses arguments. Ces derniers sont bien exposés dans un article de Rue 89 qui titre "Pourquoi il ne faut pas signer la pétition du Dr Joyeux".
Quels sont les termes du débat ? Je vous résume.
Il y a d'abord une querelle d'experts sur la dangerosité des vaccins qui seraient due notamment à l'aluminium et au formaldéhyde qu'ils contiennent. Il est vrai qu'on serait facilement enclin à faire preuve d'un excès de précaution quand il s'agit d'inoculer du médicament à des petits bouts de choux… Mais franchement, il est difficile de trancher, même avec un bac+15 sur la question.
Il y a une partie de la controverse qui tourne autour de la personnalité d'Henri Joyeux qui se retrouve tout à coup affublé du qualificatif "antivaccin" (Voir Libération : Les vaccins à la peine) alors qu'il s'en défend. Par ailleurs, il est vrai que le professeur n'est pas un perdreau de l'année ! Ses adversaires ont beau jeu de rappeler son engagement passé contre l'avortement, la contraception, le mariage pour tous, ses positions controversées sur le sida et la sexualité, son action au sein de Famille de France, une association souvent qualifiée de conservatrice. L’Institut pour la protection de la santé naturelle qui assure la logistique de la pétition aurait même des proximités avec les milieux d'extrême droite (voir sur BuzzFeedNews). À vérifier mais c'est possible. La prose d'Henri Joyeux a parfois une tonalité "complotiste" un peu gênante.

Là où ça devient curieux, c'est quand Marisol Touraine, la ministre de la santé censée avoir une position arbitrale dans ce domaine, se sent obligée de déclarer : "la vaccination ça ne se discute pas" !
Et bien… si ! La vaccination, ça se discute ! Il y a depuis longtemps des scientifiques qui sont "antivaccin", c'est leur droit et ils ont des arguments. D'autres ne font que peser en toute indépendance le bénéfice/risque de chaque produit. Ceux-là remettent en cause le bien-fondé et l'efficacité de certains vaccins, notamment contre l'hépatite B, le papillomavirus ou la grippe.
Par ailleurs, le véritable objet du litige ne se situe pas sur ce terrain. Il est le suivant : est-il vrai qu'on ne trouve pas sur le marché un vaccin correspondant strictement à l'obligation légale française ? Les adversaires de la pétition mettent en avant l'argument selon lequel il existe un kit DT-vax + imovax polio, certes en rupture momentanée mais remplacé provisoirement par un "vaccin diphtérique et tétanique absorbé". Problème : il semble que ce produit soit réservé exclusivement aux bébés ayant une contre-indication à la "valence coqueluche", ce qui est assez rare.

Il est donc inadmissible que les citoyens n'aient pas la possibilité d'administrer à leur bébé le produit qui correspond strictement à l'obligation légale française et que la Sécurité Sociale, c'est à dire les mêmes citoyens, ait à supporter sur ce poste un coût sept fois supérieur à la normale. À ne pas vouloir le reconnaître et agir pour faire cesser le scandale, on alimente les pires soupçons.

On y apprend que 75 % des Français auraient consulté au moins une fois un thérapeute non conventionnel. On y apprend les bienfaits de la méditation de pleine conscience. On y apprend que la médecine traditionnelle chinoise ou âyurvédique, l'homéopathie ou l'iridologie sont capables de soigner des affections graves, pas seulement en complémentation de la médecine allopathique. On y apprend que 4 milliards d'individus sur terre se passent très bien de cette dernière. On y apprend que notre approche occidentale a néanmoins une grande force : son diagnostic. Qu'elle commence à s'ouvrir et à admettre que, quand ses réponses ne marchent pas, il existe des médecines alternatives et complémentaires (MAC) qui fonctionnent. On y apprend que Descartes est un bon maître quand il nous incite à reconsidérer nos certitudes.

Mais vous, lectrices et lecteurs de Vie Saine et Zen, qui avez regardé l'émission de France 5, "Se soigner autrement" (à revoir ici en replay) n'avez rien appris de tout cela car vous le saviez déjà. Cependant, comme moi sans doute, vous avez pris plaisir à regarder le documentaire parce qu'il est bien fait, nourri de témoignages de patients et d'experts passionnants.

Comme moi, vous avez été par conséquent surpris d'entendre que votre comportement, quand vous menez à juste titre votre propre recherche sur votre état de santé, est taxé d'irresponsable par certains. Vous avez été surpris de voir qu'il existe en France un organisme de lutte contre les sectes dont le président, Serge Blisko, inclut dans les pratiques à mettre à l'index le yoga, le shiatsu ou le Tui Na ! Ce monsieur ne sait pas ce que veut dire le terme "médecine énergétique" et voit le danger omniprésent en France, dans toute pratique alternative. Médecin par ailleurs, il semble confondre la mission de la Miviludes et celle du Conseil de l'Ordre de sa profession. Il finit malgré tout par admettre qu'il n'existe dans notre pays que "quelques cas par an" de dérives sectaires liées à ces pratiques alternatives. À une époque où plusieurs centaines de jeunes sont victimes de sectes se réclamant de l'islam, n'y aurait-il pas d'autres priorités que de traquer les médecines douces ?

Concernant l'émission de plateau qui succédait à ce documentaire, vous avez dû, comme moi, être surpris et scandalisé de voir que, parmi les quatre personnes censées s'exprimer sur les MAC, deux d'entre elles étaient des médecins plus ou moins ouverts aux MAC et les deux autres n'étaient concernées que par la question des dérives sectaires. Pas un expert des médecines en question. Sans parler du titre de ce "débat", pour le moins équivoque : "Médecine complémentaires : faut-il se méfier ?"
Cet amalgame sous-jacent entre MAC et dérives sectaires est pour le moins étonnant et vire à l'obsessionnel. Chacun sait qu'en la matière la vigilance s'impose, surtout dans des périodes de la vie où l'on se trouve fragilisé. Tout le monde peut être victime d'un gourou et l'on trouve ceux-ci plus fréquemment chez les personnes en situation de pouvoir : professeurs, prêtres, thérapeutes et autres directeurs de conscience. Faut-il faire pour autant des émissions incitant à se méfier de l'école, des religions, de la psychanalyse, de la philosophie ou de la chirurgie esthétique ? Est-il pertinent de traiter des MAC sous cet angle quasiment exclusif ?

On le voit, beaucoup de peurs, d'ignorances et d'incompréhensions subsistent. La route est encore longue pour faire prévaloir la raison et le bon sens.