TOUS LES ÉDITOS

Avez-vous trouvez la voie ? "Non ? Alors je vais vous couper la tête", disait le fils de M. Wang, atteint de folie, dans l'album de Tintin "Le Lotus Bleu". Trouver sa voie est depuis toujours l'un des grands défis que l'homme ou la femme doit relever au cours de son existence.

Les déterminismes sociaux n'ont pas disparu, ils sont devenus subtils et avancent masqués. Mais nous sommes à l'heure de l'individualisme roi et, sur le papier, nous n'avons jamais été aussi libres de choisir notre branche professionnelle, d'affirmer notre genre et notre orientation sexuelle, de choisir la compagne ou le compagnon de notre vie, d'adhérer ou non à une religion, un mouvement politique ou philosophique.
C'est si vrai que les injonctions fusent de toute part : il nous faut "prendre le pouvoir sur notre vie" sinon, comme le dénonce Jacques Attali dans son dernier livre Devenir Soi, nous deviendrons des "résignés-réclamants", sortes d'assistés se contentant des miettes d'une société d'abondance. Du reste, l'urgence est telle que plein de gens bien intentionnés se pressent pour nous aider à trouver notre voie : médias, coaches, conseillers, maîtres à penser… Bientôt l'appli "My way" ? Il semblerait que toute la société se mette à relayer la menace du fils de M. Wang.

Il faut, je crois, rappeler que personne ne va nous couper la tête.
L'injonction risque, sinon, de devenir insupportable et paralysante. Trouver sa voie ne se fait pas du jour au lendemain. Peut-être faut-il commencer par faire. Faire, être attentif à ce que l'on fait et savoir tirer les leçons de ses expériences. "Action !", comme on dit au cinéma. Mais devenir acteur de sa vie est un chemin qui est lent, souvent tortueux, jalonné de tentatives, d'échecs et parfois de succès. Ce chemin peut être illuminé par des rencontres déterminantes mais les fausses routes ne sont pas rares : notre libre-arbitre est toujours limité par des mécanismes issus de notre inconscient, de l'inconscient collectif ou de transmissions transgénérationnelles.
"Connais-toi toi-même", proposait la devise inscrite sur le frontispice du Temple de Delphes. Il faut toute une vie pour découvrir les vérités qui sont en nous. Savoir se détacher des conditionnements de la société, de l'éducation. Savoir se connecter à son corps, ses émotions, ses sentiments. Savoir déguster le chemin.

C'est une bonne nouvelle. Une nette majorité de Français verraient leur vie de manière positive, selon une récente enquête CSA (voir : 62 % des Français voient leur vie de manière positive). Cela va à l'encontre d'une idée couramment répandue selon laquelle nous serions d'incorrigibles pessimistes. Y'aurait-il un prisme déformant qui nous aurait induit en erreur ? Peut-être les médias prompts à dénoncer la faculté d'autodénigrement des Français ? Ou simplement notre habitude acquise depuis l'école de rarement voir les verres à moitié pleins ?

Selon le même sondage, les Français seraient 83 % à penser qu'une vie positive se construit en essayant de "contribuer activement au bien-être des autres". C'est un démenti cinglant à ceux qui pensent que la "culture du bien-être" serait égocentrée : le bonheur ne peut s'inscrire que dans une démarche altruiste et solidaire. Du reste 75 % des sondés disent "s'engager et trouver de l'intérêt dans ce qu'ils entreprennent". Mettre du sens dans ses activités est indispensable à l'épanouissement personnel.

Plus intéressant encore : 55 % des personnes interrogées pensent que la vie positive n'est pas le fruit du hasard ou le fait d'un "idéal qu'on cherche à atteindre". Elle passe par "quelque chose que l'on a en soi et qu'il faut travailler au quotidien". On touche là à quelque chose qui nous est cher ici, à Vie Saine et Zen, où l'on met en lumière toutes les pratiques qui permettent de se transformer soi-même : du yoga au Taiji Quan en passant par la méditation de pleine conscience ou le Qi Gong, de la sophrologie à l'hypnothérapie en passant par la PNL ou l'EMDR.

Ce sondage est donc une bonne nouvelle car il montre une fois de plus que les valeurs que nous défendons depuis plus de 7 ans dans ce web-magazine sont partagées par une majorité de Français. Il me donne aussi l'occasion de saluer l'apparition du magazine Psychologie Positive qui l'a commandité. L'arrivée d'un nouveau venu est toujours une bonne nouvelle pour la vitalité de la presse française, surtout quand il est bien fait et de bonne tenue. Et c'est le cas. Nous nous en réjouissons donc, d'autant que personne n'est de trop quand il s'agit de muscler l'optimisme des Français.

C'est ballot ! On avait presque habitué les Français à l'idée que l'énergie nucléaire était incontournable, inévitable, inéluctable. Et pas chère. Et voilà que l'Ademe sort un rapport qui montre que la France pourrait s'en passer ! Nous serions capables à l'horizon 2050 de produire trois fois nos besoins d'électricité uniquement grâce aux énergies renouvelables, principalement éoliennes, solaires et hydrauliques. Et avec un surcoût moindre que celui généré par les nouvelles contraintes post-Fukushima en matière de sécurité nucléaire. En réalité, l'Ademe a failli sortir ce rapport. Elle a reporté sa parution in extremis, comme si ses conclusions étaient susceptibles de gêner l'exécutif en pleine période de discussion sur la loi de transition énergétique (voir : 100 % d'électricité renouvelable en 2050 : le rapport qui dérange).

Ces cafouillages franco-français pourraient faire sourire s'il n'y avait derrière cela des opportunités industrielles importantes à côté desquelles il serait grave de passer. De nombreux experts considèrent qu'entre le renouvelable et le nucléaire, les jeux sont faits depuis plusieurs années. En 2014, un banquier spécialisé dans le financement des énergies m'avait avoué que le mégawattheure (MWh) de l'éolien offshore était devenu moins cher que le MWh de l'EPR vendu aux britanniques. Aujourd'hui les chiffres sont très parlants : les investissements dans l'électricité renouvelable ont dépassé ceux réalisés dans la production électrique thermique (fossile et nucléaire) et Bloomberg New Energy Finance prévoit qu'en 2030, on installera 7,4 fois plus de capacités de production renouvelables que de capacités thermiques (voir sur DD Magazine : La France va-t-elle rater le marché de l'électricité renouvelable ?). Les investisseurs ont tranché. Du reste, en régression depuis quelques années, le nucléaire ne représente plus qu'environ 10 % de la production mondiale d'électricité.

Tout porte à penser aujourd'hui que persister dans la voie du nucléaire est une erreur, au même titre que le diesel. Ce serait cette spécialité française qui nous fait développer des bijoux technologiques à contretemps. On produit des "bi-bop" quand se prépare le déferlement des téléphones portables, des avions Rafale quand les drones s'imposent sur le marché de l'armement…
Il est vrai que les mauvais choix enclenchés il y a 40 ans nécessitent des évolutions progressives pour tenir compte à court terme des enjeux de la filière, notamment au niveau des emplois. Mais il est nécessaire d'adopter un cap clair et d'être réactif pour ne pas rater les marchés de demain qui sont manifestement du côté des énergies renouvelables.
Et ce n'est pas en planquant vite fait des rapports d'experts qu'on va résoudre la situation.

Notre système de santé serait, paraît-il, le meilleur du monde et ferait même des envieux à l'étranger ! Pourtant, à l'occasion des débats sur le projet de loi de santé actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale, il montre des dysfonctionnements pour le moins inquiétants.

Certaines failles font la une des grands médias et sont, du reste, parfois prises en compte dans le projet de loi. Comme par exemple l'autorisation des actions de groupe, la mise en place d'un service public d'information en santé, la facilitation de l'IVG, le droit à l'oubli pour les personnes guéries du cancer…
D'autres sont moins souvent pointés du doigt mais tout aussi préoccupantes. Un collectif de députés, d'experts et de lanceurs d'alerte a lancé depuis le mois de janvier un appel pour une opération Mains Propres sur la Santé. Il semblerait qu'il y ait du boulot !
Un exemple : par rapport à nos voisins européens, le prix des médicaments est beaucoup plus cher en France et leur consommation supérieure de 50 % à 100 %. Il suffirait de lutter contre cette surfacturation et cette surconsommation pour réaliser au moins 10 milliards d'économies dans le budget de l'Assurance Maladie, c'est à dire annuler son déficit !
Autre exemple : les vaccins ont fait cette année plusieurs fois la une de l'actualité. L'obligation vaccinale est controversée mais a été récemment confortée par le Conseil d'État. La France est l'un des rares pays à l'avoir adoptée. Elle concerne uniquement le DTPolio. Or ce vaccin est introuvable en officine depuis plusieurs mois, les seuls vaccins disponibles étant des vaccins polyvalents, beaucoup plus chers, et qui incluent d'autres maladies comme l'hépatite B !

La source de ces problèmes serait la grande consanguinité entre le milieu médical et l'industrie pharmaceutique. Les liens d'intérêts entre les médecins et les labos ne sont pas transparents en France, pour ce qui concerne les gros contrats, ceux d'orateurs et de consultants. Or les responsables des autorités publiques qui arbitrent le secteur (HAS, Haute Autorité de Santé et ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) sont bénéficiaires de ce type de contrat. Les liens d'intérêts deviennent alors conflits d'intérêts.

Le collectif compte en son sein des gens comme Michèle Rivasi, Philippe Even, Irène Frachon ou Corinne Lepage et il rassemble des signatures aussi différentes politiquement que Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Dupont-Aignan, Pierre Larrouturou ou Laurence Vichnievsky. On voit qu'il s'agit plus d'un rassemblement de personnalités soucieuses du bien commun que d'un aéropage d'agités irresponsables. Leur diagnostic est sévère : il s'agit de corruption au plus haut niveau.
Espérons que leur initiative trouve un vaste écho dans l'opinion, seul moyen, face à la puissance d'une industrie tentaculaire, pour que le pot de terre gagne contre le pot de fer.

C'est une bonne nouvelle qui est passée relativement inaperçue : pour la première fois depuis 40 ans, il n'y a pas eu en 2014 de corrélation entre croissance économique et émissions de gaz à effet de serre. Les rejets de CO2 sont restés stationnaires avec pourtant un PIB mondial en augmentation de 3 %. Il est donc aujourd'hui prouvé que réduire les émissions ne nous condamne pas à être décroissants. Cela permet d'espérer que les gouvernements et tous ceux qui adhèrent à la religion de la croissance seront plus enclins à œuvrer ensemble pour combattre le changement climatique, notamment dans le cadre de la prochaine conférence mondiale en décembre à Paris.

Les experts affichent un optimisme raisonné, pour l'instant, quant à l'issue de cette COP21 : il y aura un accord, très probablement. Est-ce que cet accord sera juridiquement contraignant et permettra d'atteindre le fameux objectif de limitation à 2°C de l'augmentation de la température par rapport au niveau de 1990 ? Probablement pas. Est-ce que c'est très grave ? Pas forcément.
Les spécialistes de la géopolitiques nous le répètent à l'envi : il n'existe pas de gouvernance mondiale. Derrière l'utopie, la réalité est incontournable : dans les instances internationales, les gouvernements ne font que défendre leurs intérêts. C'est aussi vrai pour ce qui concerne le climat : hier à Kyoto, Lima ou Copenhague, demain à Paris, les États viennent, les uns pour obtenir des aides, les autres pour promouvoir leurs industries nationales et tous pour faire de la comm' auprès de leur opinion publique. C'est une occasion pour les responsables de redorer leur blason et d'essayer de regagner de l'influence sur les intérêts économiques multinationaux. Si cela contribue à réhabiliter le politique, ce n'est déjà pas si mal. Il est nécessaire que ces conférences continuent d'exister mais elles ne sont pas suffisantes.

L'essentiel se passe ailleurs, localement. Là où, malheureusement, les urgences existent : catastrophes naturelles à répétition, désertification, afflux de réfugiés climatiques débouchant sur des guerres civiles et le développement du terrorisme. Mais cela ne concerne pas seulement le climat. Dans nos mégalopoles, de Pékin à Chicago en passant par Paris, Londres et Mexico, l'urgence est la présence massive de poisons dans nos assiettes et dans l'air que nous respirons. Dans tous les cas, c'est une question de vie ou de mort.

L'efficacité de la réponse ne relève pas de l'habileté à la négociation de quelques diplomates ou technocrates onusiens mais de la grande capacité d'adaptation de la société civile. Les initiatives se multiplient sur le terrain. Des solutions sont en expérimentation dans les entreprises, les associations, les territoires. Elles dépendent de nos choix de consommation, de nos choix de vie mais aussi des pesanteurs de nos sociétés.
Si nous devons nous diriger vers un modèle de "sobriété heureuse", ce ne sera pas sous l'impulsion d'une autorité supérieure, aussi mondiale soit elle. Le mouvement est inverse : poussés par l'urgence, nous imposerons à nos dirigeants les mesures de bon sens que nous aurons déjà mises en œuvre.

On entendait encore il y a peu quelques génies de la prospective nous expliquer que le bio était une mode passagère. Comme celle de l'environnement. Vous vous souvenez : "l'environnement ça va bien maintenant !". Seulement voilà ! La réalité n'est pas toujours docile ! Non seulement le bio ne connaît pas la crise mais il se renforce et a connu en 2014 une croissance à deux chiffres (10 %, selon les dernières données de l'Agence Bio !). Une performance à faire suffoquer de bonheur les économistes de tous poils ! La part de marché est modeste, 2,6 % de l'alimentaire en France, mais ce sont maintenant 6 français sur 10 qui consomment bio régulièrement. Avec les consommateurs occasionnels on est à 9 sur 10. Seuls 12 % étaient réfractaires en 2014. Ils étaient 25 % en 2013. Le quarteron de sceptiques se réduit comme une peau de chagrin. Preuve que, crise ou pas crise, la demande d'authenticité et de naturalité se généralise.
On pourrait continuer la liste : tous les voyants du bio sont au vert… Sauf dans la restauration. Ce serait, selon Elisabeth Mercier, directrice de L'Agence Bio, le seul secteur ayant marqué le pas en 2014.

Il se trouve que la consommation alimentaire hors domicile, qui couvre tous les types de restauration, a connu un chiffre d'affaires en baisse en 2014 (voir : Restauration : le marché en baisse en 2014, 2015 s'annonce difficile). Il y a une logique simple : c'est la crise, les consommateurs préfèrent manger chez eux ou apporter une lunch-box au bureau. Conséquence : la fréquentation des restaurants baisse, les restaurateurs ont tendance à réduire leurs coûts et proposer moins de produits de qualité.
Mais les choses sont plus subtiles si l'on étudie les chiffres attentivement : les professionnels qui n'ont pas suivi l'attente de qualité des consommateurs, notamment dans le "fait maison", ont vu leur chiffres d'affaires baisser sensiblement alors que ceux qui ont su s'adapter ont bénéficié d'une légère croissance.
Conclusion : c'est justement parce que nous sommes en crise qu'il est encore plus urgent de proposer du bio dans les restaurants.

Comment peut-on imaginer que les consommateurs massivement prêts pour une offre de meilleure qualité avec le bio ne vont pas se détourner de la minuscule proposition des restaurants qu'ils fréquentent ? Cela est vrai aussi bien pour les cantines scolaires (87 % des parents veulent du bio à l'école) que pour les cantines d'entreprise ou les restaurants commerciaux. Du bio ! C'est ce que les consommateurs attendent. Il est plus que temps. Il faudrait se réveiller.

"Et chacun est rentré chez son automobile", chantait Claude Nougaro dans sa chanson "Paris Mai", à l'automne 1968. En février 2015, après le 11 janvier, sommes-nous déjà rentrés chez notre écran tactile ?

Quelques mois après mai 68 ce sentiment était assez répandu : le printemps avait fait long feu, la révolution avait raté et tout reprenait comme avant. Pourtant, en réalité, l'esprit de Mai 68 a survécu avec, pour le meilleur, une prise de conscience générale de l'éthique collaborative, du féminisme et de l'écologie et pour le pire, l'engendrement de plusieurs générations d'enfants rois et la faillite de l'école.

Après des évènements importants, le retour à la routine peut donner l'impression que tout reprend comme s'il ne s'était rien passé. Ceux de janvier dernier n'échappent pas à la règle. Mais si l'on est attentif, on peut percevoir un léger changement dans l'air du temps. Un peu d'apaisement dans les débats, moins de postures, d'angélisme, d'hypocrisie, de cynisme ? Peut-être sommes-nous collectivement en train de mieux comprendre, derrière des mots qui avaient fini par sonner creux, les valeurs qui fondent notre société… Nous rendre compte que la liberté, l'égalité, la fraternité sont peu partagées dans le monde et que nous avons intérêt à faire bloc pour les défendre… Mesurer l'importance de la laïcité, qui n'est pas l'adversaire du sacré mais qui permet au contraire aux différents sacrés de coexister pacifiquement… Réaliser ce qui se passe quand cette laïcité subit des entorses à répétition comme ce fut le cas ces dernières années… Peut-être allons-nous mettre enfin les vrais mots sur nos maux.

Nous n'avons bien sûr pas assez de recul pour savoir ce qui subsistera de l'esprit de janvier 2015, quel sera le meilleur, quel sera le pire. Après le traumatisme du massacre en plein Paris d'innocents, parce qu'ils étaient journalistes, dessinateurs, policiers, juifs… Après la fraternité d'une marée humaine de plusieurs millions de personnes réunies dans le soutien à la liberté d'expression, dans l'indignation et la condamnation d'actes barbares… Je parierais volontiers que rien ne sera plus comme avant. 

Les moments d'union sont rares. Les anciens n'avaient pas vu cela depuis la Libération. Personne n'est dupe et nous savons bien que nos chamailleries de gaulois vont reprendre de plus belle. C'est du reste déjà le cas et, pour certains, elles n'ont même jamais cessé. Mais un très grand nombre d'entre nous a vécu un moment historique en se retrouvant côte à côte pour affirmer haut et fort des valeurs essentielles de notre civilisation : le refus de la sauvagerie, du fanatisme, de la haine, l'affirmation de la liberté d'expression.

Union parce que la classe politique dans son ensemble est descendue dans la rue le 11 janvier dernier pour un hommage aux 17 victimes du carnage… Union parce que le monde entier était là, représenté par 50 chefs d'états étrangers… L'hommage avait de la gueule ! Et une dimension supplémentaire aussi car, parmi les victimes, il y avait Cabu et Wolinski. Ces derniers faisaient partie de ceux qui ont porté l'esprit de 68, libertaires, écolos, pacifistes, féministes. Mais plus encore que cela. Pendant 50 ans, au-delà d'un courant de pensée, ils ont fait rigoler et réfléchir toute la France avec leurs crobards, simplement parce qu'ils étaient lucides, droits, curieux de la vie, élégants et drôles.

Cependant il ne faut pas s'y tromper et une grande confusion règne aujourd'hui dans la plupart des commentaires : "Je suis Charlie" n'est en rien un slogan d'adhésion à une ligne éditoriale. Quand Kennedy a dit "ich bin ein Berliner", personne n'a pensé qu'il allait prendre un studio à Berlin. "On peut ne pas aimer Charlie", a dit Riss, son nouveau directeur, en sortant de l'hôpital. De fait, le journal avait peu à voir avec son aîné des années 70. Il y a peu, il était au bord du dépôt de bilan, faute de lecteurs, maintenu sous perfusion par la notoriété de quelques signatures, décrié par beaucoup d'anciens collaborateurs. On l'a compris, la période que nous vivons fourmille de paradoxes. Voilà un journal à bout de souffle relancé par la folie sanguinaire de ses détracteurs ! Voilà des humoristes marginaux, irrespectueux de tout et haïssant les honneurs devenus du jour au lendemain des héros nationaux ! Voilà les beaufs de Cabu descendant dans la rue pour célébrer celui qui les avaient croqués avec tant de férocité !
Parce qu'ils nous obligent à sortir de notre zone de confort intellectuel, ces paradoxes font aussi la grandeur de l'instant.

"Je suis Charlie" est juste une bannière d'union. Une déclaration de solidarité avec les parents et les proches des victimes innocentes d'un massacre odieux. Un drapeau pour rallier toutes celles et ceux qui ont besoin d'exprimer leur émotion et leur douleur. Les moments d'union sont rares. Ils sont réparateurs. Ils font du lien, ils font du bien. Ne les boudons pas, dégustons-les.

À l'heure où la haine et la sauvagerie font une douzaine de victimes en plein Paris et touchent de plein fouet un organe de presse symbole de l'humour et de la liberté… Au moment où ces actes immondes viennent s'ajouter à la barbarie des islamistes de Daech, aux massacres en Afrique, à l'Ukraine, à la Syrie, à Gaza, aux accidents d'avions, aux nouveaux boat-people du Moyen-Orient, aux exactions de la maffia russe ou mexicaine… C'est plus que jamais une gageure de faire une rétrospective des faits d'actualité encourageants pour l'humanité qui ont jalonné 2014. Néanmoins je garde intacte mon inépuisable ambition de vous montrer qu'il est toujours possible de chausser des lunettes différentes.

En janvier, premier "Printemps arabe" à déboucher sur un véritable changement démocratique, la Tunisie se dote d'une constitution républicaine et, à la fin de l'année, elle élit son premier président au suffrage universel. La démocratie progresse aussi en Europe : en juillet, Jean-Claude Juncker est le premier président élu à la tête de la Commission. Tournant historique en décembre, "nous sommes tous des américains", un rapprochement diplomatique s'opère entre les États-Unis et Cuba.

Côté environnement, il y a certes peu d'occasion de se réjouir mais on sent un frémissement, un début de mobilisation dans la perspective du grand rendez-vous de Paris en décembre 2015, que ce soit dans l'accord bilatéral États-Unis-Chine, les petits pas de la COP20 à Lima, ou même la timide loi de transition énergétique en France.

Parlant de l'Hexagone, notre inévitable propension à l'autodénigrement a été mise à mal cette année. Voilà que nous avons eu deux prix Nobel, littérature pour Patrick Modiano et économie pour Jean Tirole ! En novembre l'atterrissage du robot Philae sur la comète Tchouri a rempli sa mission à 80 %, ce qui constitue un exploit scientifique inégalé. Et après la libération de Serge Lazarevic en décembre dernier, il n'y a plus d'otages français dans le monde.

Progrès de la démocratie, réconciliation des peuples, succès culturels ou scientifiques… Mais au delà de l'actualité en trompe l'œil, il n'est pas inutile de prendre un peu de recul et de mettre en perspective les 30 dernières années. Si l'on s'extrait des récits journalistiques au jour le jour et de la recherche du scoop permanent, si l'on regarde l'évolution du monde depuis les années 1990 qui correspondent à la fin de la Guerre Froide, force est de constater que le monde va de mieux en mieux.
Dans un récent éditorial du New York Times repris dans Slate.fr, Roger Cohen montre sur la période que les chiffres des homicides dans le monde sont en chute libre, de même que pour les viols et agressions sexuelles, les violences conjugales ou envers les enfants, les génocides et les massacres de civils. La démocratie progresse et le totalitarisme recule. Le nombre de conflits armés a été réduit drastiquement et les guerres entre États sont aujourd'hui obsolètes.

Comme le dit le philosophe Alain : "le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de volonté".

Magie ou gabegie de Noël ? On s'est indigné pendant longtemps de la surexploitation commerciale croissante de cette fête qui a largement perdu son caractère religieux pour devenir quasiment universelle. Mais le mouvement semble aujourd'hui se faire en sens inverse. La crise économique est passée par là. Les Français étaient 26 % à partir en vacances en décembre 2013, ils ne sont plus que 17 % à l’envisager cette année*. Environ 10 % stressent de peur de ne pas avoir assez d'argent pour faire leurs achats**. Résultat : nous ferons la fête, c'est certain, mais de manière plus simple, plus sobre, en faisant la cuisine nous-mêmes***.
Les agapes se font plus raisonnables. Notre tour de taille en bénéficie dès lors qu'on relègue au passé les excès névrotiques des festins à l'ancienne.

L'environnement est également gagnant car l'overdose de consommation devient un truc de "has been". On n'hésite plus à mitonner du végétarien pour alléger la facture de carbone et cela fait plusieurs années qu'après la fête on recycle les cadeaux non désirés : on les vend, on les donne. On peut aussi penser à les louer ! La location entre particuliers est très tendance, cette année. Si on nous offre par exemple un siège masseur, un appareil d'hydromassage, une caméra ou une perceuse électrique, c'est une option envisageable. Pareil avec les éléments de décoration, sculpture ou peinture, qui peuvent intéresser des locataires qui voudraient changer de déco pour une période donnée… L'intérêt ? Optimiser l'usage des biens de consommation, faire du lien social voire des rencontres et, bien sûr, compléter ses revenus. Pour le jour J, sur des sites comme Place de la Loc', on peut se procurer pour un soir des tables et des chaises, le costume du Père Noël et, pour animer la fête, un karaoké ou une PS4.

Voilà pourquoi Pierre Rabhi, qui prône la sobriété heureuse, rencontre un succès grandissant. Il s'inscrit dans un courant de fond écolo qui entre en résonance avec différentes approches de spiritualité laïque ou religieuse et des courants philosophiques très anciens. Cette manière d'envisager la vie en refusant la frustration mais en adoptant le plaisir dans la frugalité, rappelle un auteur grec souvent mal compris, qui n'est autre qu'Épicure. Serions-nous en train de devenir épicurien, au vrai sens du terme ?

 

*14e édition du baromètre "Les Français et les vacances" OpinionWay pour Mondial Assistance
** Voir : Noël, une fête synonyme de stress pour 1 Français sur 5
*** Voir : Les Français feront-ils encore la fête à Noël ?