TOUS LES ÉDITOS

Pendant ces dernières vacances j'ai covoituré grâce à Blablacar, beaucoup de mes amis ont loué leur appartement via Airbnb. À la rentrée, j'ai vendu le vieux lit superposé de mes enfants et acheté un lit mezzanine avec Leboncoin.fr. Demain, j'envisage de louer ma voiture à des particuliers par l'intermédiaire de OuiCar et j'encourage tous les parents à vendre et acheter les vêtements de leurs bambins d'occasion sur Percentil. Selon le Baromètre Sofinco, en 2013, 43% des Français ont testé l’achat d’occasion et 81% des personnes interrogées pensaient le faire en 2014. Il s'agit d'une tendance lourde.

À quoi bon voyager en voiture avec des places vides quand on peut accueillir à bord des passagers qui contribuent aux dépenses du trajet et peuvent s'avérer sympathiques et intéressants ? Pourquoi faire partir en déchetterie des meubles qui ont fait leur temps mais qui peuvent servir à d'autres pendant encore de nombreuses années ? Quel est l'intérêt de laisser au parking une voiture qui sert trois fois par mois alors qu'elle peut dépanner les voisins ? À l'arrivée il n'y a que des gagnants : le vendeur, le loueur, l'acheteur, l'intermédiaire… Et la planète. Tous ces sites favorisent des rencontres, font gagner de l'argent à tout le monde et évitent le gaspillage.
L'économie collaborative a de beaux jours devant elle…

 

C'est l'été. On voyage. Il y a bien-sûr le voyage à l'autre bout du monde qui ne laisse pas de former notre éternelle jeunesse. Mais tout le monde n'a pas la chance de pouvoir prendre l'aéroplane pour traverser la planète à grand renfort de kérosène. Il y a le voyage de proximité avec la richesse et la diversité des paysages de la France. Et toujours le voyage intérieur qui peut nous emporter très loin à la rencontre de nous-mêmes. On peut aussi se rendre dans les salles obscures où des cinéastes nous font faire des voyages parfois bouleversants de dépaysement et d'émotions.

C'est le cas avec Kumbh Mela, Sur les rives du fleuve sacré, un documentaire de Pan Nalin qui vient de sortir dans les salles de cinéma. Durant un peu moins de deux heures nous voilà plongés au cœur de l'Inde à l'occasion d'une grande fête religieuse qui se produit tous les 12 ans. En 2013, pendant un mois et demi, une centaine de millions de fidèles s'est rassemblée au confluent du Gange et de la rivière Yamuna, au Nord-Est du pays. Vous avez bien lu : une centaine de millions ! On est d'abord ahuri par la dimension de l'événement, la densité humaine, l'étendue de l'espace festif, la ferveur de cette foule baroque et bigarrée composée de jeunes, de vieux, de riches, de pauvres, de fumeurs de ganja, de ceux qui vivent dans le monde, villageois ou hommes d'affaires et de ceux qui y ont renoncé, ascètes, sadhus, babas ou mahatmas…

Certains spectateurs pourraient prendre ombrage de cette ferveur qui peut être perçue, surtout si l'on est peu familier avec la culture indienne, comme du fanatisme ou de l'obscurantisme. Heureusement le réalisateur ne cède ni à la facilité d'un lyrisme spiritualisant ni à celle d'une approche sociologique des pesanteurs de la société de castes. Il suit des personnages atypiques, drôles et craquants : ce môme fugueur de 10 ans qui sympathise avec les policiers et hésite entre devenir maffieux ou ascète, ce yogi ayant adopté un bébé qu'il couve en véritable papa-poule, ces parents à la recherche de leur fils perdu… Et c'est l'humain au final qui émerge de cet entrelacs.
Le Kumbh Mela est considéré comme le plus grand rassemblement sur terre. Ce serait dommage de passer à côté.

Les usagers pragmatiques, de plus en plus nombreux, des médecines alternatives et complémentaires se désintéressent depuis longtemps des débats sans fin sur la validité scientifique des pratiques qu'il leur arrive d'adopter. Il leur suffit que ça marche, si ça marche.
À quoi bon s'interroger sur le mode de fonctionnement de l'homéopathie si Arnica 7CH évite les hématomes après un choc ou si Chamomilla 5CH soulage les douleurs dentaires de bébé ? À quoi bon questionner la science sur l'existence des méridiens de la médecine traditionnelle chinoise, si l'on sort de chez son acupuncteur guéri de ses migraines ou de ses spasmes intestinaux ? Quel est l'intérêt de savoir comment agit le magnétiseur s'il parvient à soulager les douleurs du grand brûlé ?
Les ayatollahs de la médecine conventionnelle vont nous dire que c'est l'effet placebo qui joue : qu'à cela ne tienne, vive l'effet placebo s'il permet de soigner !

Mais il y a une part de notre esprit qui se sent confortée par les explications cartésiennes et les études scientifiques, trop rares, qui mettent en lumière l'efficacité des disciplines que j'ai mentionnées plus haut.
C'est pourquoi il ne fallait pas manquer sur France 5 la diffusion de l'excellent documentaire sur les travaux du professeur Luc Montagnier, biologiste virologue, prix Nobel 2008 pour la découverte du virus du Sida. Heureusement pour les retardataires, l'émission est maintenant visible sur le web. Son titre : "On a retrouvé la mémoire de l'eau". Et oui, la mémoire de l'eau, le retour ! Depuis les années 1990 on nous avait dit pis que pendre des travaux de Jacques Benveniste et ses détracteurs n'avaient pas de mots assez durs à son endroit. Il aura fallu qu'un prix Nobel reprenne le flambeau pour que le fait scientifique soit en passe d'être établi : l'eau garde en mémoire la trace électromagnétique d'une molécule alors même que celle-ci a disparu à la suite de dilutions successives. Cette trace peut même être numérisée, envoyée par e-mail et reconstituée par transmission à un autre volume d'eau.

Les conséquences sont importantes, notamment en matière médicale. Si ces travaux sont confirmés, le dogme sacrosaint "pas de molécule, pas d'effet possible" fera partie des croyances du passé. Luc Montagnier en tire les conclusions : "le jour où l'on admet que les ondes peuvent agir, on peut agir par les ondes et donc traiter par les ondes. C'est un nouveau domaine de la médecine qui fait peur à l'industrie pharmaceutique. C'est encore très empirique mais un jour tout ceci sera établi et on pourra traiter des cancers par les ondes". En passant, on aura validé scientifiquement l'homéopathie et les médecines énergétiques. On comprend l'importance des enjeux.
Il est toujours intéressant de suivre les progrès de la science.

Franck ArguillèreIl y a parfois des convergences étonnantes. La semaine dernière l'ONG Réseau Environnement Santé (RES) alertait la presse sur la première place mondiale de la France pour l'incidence des cancers hormono-dépendants et masculins. RES s'interroge sur le déni existant en France sur cette question et sur l'absence de recherche notamment en matière de perturbateurs endocriniens qui seraient, selon lui, "l'hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer l'origine des cancers hormono-dépendants". Les pesticides, qui figurent en bonne place parmi les perturbateurs endocriniens, se retrouvent cette semaine à la une dans une étude américaine en corrélation avec l'autisme (voir : Autisme : les pesticides mis en cause) et le même jour 50 experts de 15 nationalités pointent du doigt certains insecticides comme responsables de la diminution des populations d'insectes pollinisateurs, menaçant par là la production agricole (voir : Le déclin massif des insectes menace l'agriculture).

C'est le moment qu'ont choisi des agriculteurs mobilisés par la FNSEA pour venir manifester à Paris. Parmi leurs cibles figurent le projet de loi visant à interdire l'épandage des pesticides à proximité des écoles et des crèches. Cherchez l'erreur. On se frotte les yeux, d'autant que la plupart de ceux qui vont dans les écoles et les crèches proches des zones concernées par les épandages sont justement… des enfants d'agriculteurs. Et que ce sont donc ces derniers qui sont susceptibles d'être touchés par l'autisme, les cancers hormono-dépendants, et les productions agricoles de leurs parents par la raréfaction des insectes pollinisateurs. Logiquement, les agriculteurs devraient être les premiers à se mobiliser et au minimum à exiger des études plus poussées sur ces questions. Ou alors la France serait-elle également à la première place en matière de déni ?

Franck ArguillèreLe débat est devant nous et l'on sent de la part des pouvoirs publics une certaine réticence à s'y plonger. C'est que la transition énergétique en France fait partie des sujets de crispation qui empêchent toute possibilité d'échanges sereins. Il y avait hier le capitaine Dreyfus, il y a aujourd'hui les OGM, le mariage gay et… le nucléaire. Il faut dire que pendant plus de 40 ans les mensonges répétés des opérateurs et des pouvoirs publics (dont le fameux épisode du nuage de Tchernobyl en 1986) a durablement mis à mal la confiance des citoyens. Ce qui n'empêche pas l'opacité de régner encore aujourd'hui en l'absence d'une expertise indépendante venant d'un organisme public compétent. Le flou plane sur les données économiques, comme par exemple le coût réel du mégawatt/heure, le coût de la prolongation et du démantèlement des centrales ainsi que celui de la gestion des déchets (voir sur Actu-Environnement : Nucléaire : les députés placent le gouvernement face à ses responsabilités). Tout cela a de quoi inquiéter. De l'autre côté, les associations militantes, ces lanceurs d'alerte indispensables, ne connaissent pas la nuance et tombent souvent dans le travers de la dénonciation de boucs émissaires caricaturaux et commodes (les méchants de la Finance, des Multinationales, de la Mondialisation, du Nucléaire…).

Le débat sera donc difficile. Pourtant il est urgent de le mener et il constituera un test révélateur de la maturité de notre société. D'autant que les enjeux de la transition énergétique dépassent largement le débat "pour ou contre le nucléaire". Par exemple les économies d'énergie font aujourd'hui consensus. Avec les investissements adaptés, on pourrait mettre en oeuvre des technologies (smart grids) qui permettraient de gérer habilement nos consommations d'électricité de façon à réduire substantiellement notre production globale.

Nous sommes à un moment charnière de notre Histoire : à l'heure où la France est à l'avant-garde d'un combat international de lutte contre le changement climatique avec un devoir d'exemplarité par rapport aux autres pays, nos équipements de production d'énergie arrivent à un stade où ils doivent être soit rénovés soit démantelés. Tout le monde presse les pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités. Un projet de loi de programmation pour la transition énergétique se dessine enfin (voir sur le blog d'Arnaud Gossement : Transition énergétique : le contenu du projet de loi se précise). On ne comprendrait pas qu'on tarde à prendre les décisions qui vont dans le sens de l'excellence écologique. 

Franck ArguillèreOn voit fleurir un peu partout en ce moment une prose à la tonalité curieuse. Est-ce une floraison spontanée en résonance avec le printemps ? Ou y'a-t-il autre chose ? Une vague de crispation à propos des médecines alternatives et complémentaires (MAC) gagne bizarrement des médias plutôt réputés pour leurs positions ouvertes et progressistes.
Voici une tribune sur Rue89 réclamant qu'on vende les granules homéopathiques au rayon des sucreries. Son titre est parlant : "Un bain de boue ou Julie Lescaut sont aussi efficaces que l'homéopathie".
Voici un article dans le NouvelObs intitulé "Dé(sint)ox" assimilant le phénomène de la détox à une mode marketing.
Ou encore une alerte de Que Choisir criant haro sur tous les compléments alimentaires sans distinction : "Le ménage reste à faire"…

Ce qui frappe tout d'abord, c'est le manque de nuance et de précaution voire parfois la violence de la part des auteurs de ces pamphlets. On tourne en dérision, on réclame des interdictions, des déremboursements de médicaments. On construit des raisonnements à partir des arguments ressassés de quelques scientifiques qui croient détenir le monopole de la vérité, sans jamais prendre en compte les études qui mettent en lumière les effets positifs des différentes disciplines évoquées (dans la revue de presse de Vie Saine et Zen nous en dénichons une ou deux à peu près chaque semaine).
Alors pourquoi tant de haine ? Y'aurait-il le feu au lac ?

Dans un sondage Ipsos d'avril dernier pour le Leem (Les entreprises du médicament), on voit que la confiance des Français dans le médicament a baissé de 12 % en 2014, ce qui constitue "un signal d’alarme pour l’ensemble des acteurs du système de santé". Il est certain que les derniers scandales, du Mediator aux pilules de 2e et 3e génération, sont passés par là. Alors pour remédier à cette situation, au lieu de mettre bon ordre dans les pratiques de l'industrie pharmaceutique et de balayer devant leur porte, certains auraient-ils eu l'idée géniale de partir à l'assaut des pratiques concurrentes ?

Le hic, c'est qu'une majorité d'entre nous, patients, y avons recours régulièrement et apprécions modérément d'être traités comme des demeurés. Il faut savoir que, par exemple, 56 % des Français utilisent des médicaments homéopathiques (sondage Ipsos de 2012). Nous sommes de plus en plus nombreux à être acteurs de notre santé et à prendre soin de nous dans une démarche pragmatique : en testant et en choisissant les approches thérapeutiques qui marchent. Par exemple, l'ostéopathie pour les troubles musculo-squelettiques, la phytothérapie et l'aromathérapie pour les affections saisonnières, la médecine traditionnelle chinoise et toutes les disciplines associées, de l'acupuncture au shiatsu, pour les maladies chroniques, l'anxiété et le stress… Et heureusement que nous avons l'allopathie pour l'établissement du diagnostic (avec notamment l'imagerie médicale), pour les pathologies lourdes et pour la chirurgie !

Il ne viendrait à personne l'idée de se priver de l'une ou l'autre de ses approches puisque nous avons la chance à notre époque d'avoir cette palette merveilleuse. Du reste, de nombreux médecins ont l'intelligence de proposer des traitements dans le cadre d'équipes pluridisciplinaires où l'allopathe côtoie l'homéopathe, l'acupuncteur et l'ostéopathe. Ils obtiennent dans ce cadre des résultats spectaculaires (exemple : le Centre de Ressource de Jean-Loup Mouysset à Aix en Provence).
Combien de fois faudra-t-il répéter que nous autres, patients, demandons des collaborations de ce type entre médecine conventionnelle et MAC ? Le risque, si l'on ne répond pas à cette demande et si l'on ne modère pas l'hostilité ouverte de quelques-uns, est que de nombreuses personnes fassent, comme c'est déjà trop souvent le cas, leur parcours de santé à leur guise, en dehors de tout cadre médical et à la merci de toutes sortes de charlatans.

Franck ArguillèreIl faut dire que les grands médias sont avares d'informations en provenance des institutions européennes… Saviez-vous que la première initiative citoyenne à avoir recueilli plus d'un million de signatures a été acceptée par la Commission européenne en mars dernier ? Elle demandait que le droit à l'eau et à l'assainissement soit reconnu comme droit de l'homme. Le principe a été adopté, reste à le traduire en actes concrets. Étiez-vous au courant que les sacs plastiques devront être payants et diminuer de 80 % dans les cinq prochaines années, suite à un vote du Parlement européen ? Sauf à avoir les yeux rivés sur la presse spécialisée, difficile d'avoir ces infos.

Demain des décisions essentielles qui touchent notre vie quotidienne seront prises : il faudra statuer sur la refonte de la PAC (Politique Agricole Commune), sur les OGM, sur la reconduction de l'interdiction des insecticides nocifs pour les abeilles… Il serait tout de même élémentaire que nous soyons informés sur ce que, face aux lobbies particulièrement puissants à Bruxelles, nos eurodéputés ont l'intention de faire en terme de qualité de l'air, de protection des ressources naturelles, de santé environnementale, de climat et d'énergie…
Les vrais enjeux de société sont en question lors de l'élection du 25 mai. Et jusqu'à présent, sauf quelques rares exceptions, nous n'avons eu de la part du personnel politique que des logorrhées d'estrade et des débats franco-français dans quelques grand-messes cathodiques.

Pour se repérer, il n'est pas inutile de prendre connaissance de la teneur des votes de la dernière mandature passé au crible par le WWF-France et le Réseau action climat (voir : EELV et Modem les plus actifs pour l'environnement au parlement européen). Il faudra ensuite aller voter selon sa conscience pour ce qui est depuis plusieurs décennies le scrutin le plus important concernant l'avenir de la France.

Franck ArguillèreIls ont de jolis noms savants et ce sont des produits dont la majorité d'entre nous ignore l'existence : phtalates, bisphénol A, methylparabène et autres pesticides organochlorés… On les trouve dans une très grande variété de produits de la vie courante : jouets, biberons, canettes, boîtes de conserve, tickets de caisse, produits cosmétiques, lingettes nettoyantes, fruits et légumes cultivés en agriculture conventionnelle… Et ils migrent très facilement dans le corps humain. Ce sont des molécules qui ont en commun leur capacité à mimer les hormones et donc à avoir des effets perturbants sur les mécanismes physiologiques. D'où leur doux patronyme : "perturbateurs endocriniens"… Cela fait près de dix ans que les associations écologiques tirent la sonnette d'alarme. Et, comme il y avait bien sûr des scientifiques pour juger que ces gentilles substances ne présentaient aucun danger, rien ou pas grand chose ne se passait du côté des pouvoirs publics.

Mais il se trouve que de plus en plus d'autres scientifiques ont apporté les preuves des effets toxiques des perturbateurs endocriniens. Par exemple, tout récemment, le 8 avril dernier, l'Anses (Agence nationale de sécurité et de l'alimentation) a confirmé les effets sanitaires du bisphénol A. Chez la femme enceinte, on a constaté une modification de la structure de la glande mammaire du foetus pouvant favoriser un développement tumoral ultérieur.
Début 2014, 1 200 médecins de France métropolitaine et des Antilles ont signé un appel à gérer plus rigoureusement l'épandage des pesticides compte tenu des risques accrus que ces derniers provoquent en terme de maladie de Parkinson, cancers de la prostate et certains cancers du sang chez les professionnels exposés, de malformations congénitales chez les enfants des femmes exposées pendant leur grossesse, infertilité, obésité, puberté précoce pour l'ensemble de la population.

La ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, vient enfin d'annoncer la mise en place d'une stratégie, approuvée à la quasi unanimité (avec seulement 4 abstentions) par le Conseil national de le transition écologique. Il y est question d'accélérer la recherche, d'améliorer l'expertise, de soutenir l'innovation et la substitution des perturbateurs endocriniens par des produits non toxiques. Il y est question d'intervenir au niveau européen pour encadrer ces substances. Et des décisions concrètes ont été prises : éliminer le bisphénol A des tickets de caisse, lancer une expertise sur cinq substances en 2014, cibler dans les jouets les contrôles sur les phtalates et accélérer la substitution du bisphénol A.
Il était temps ! Il faut saluer l'initiative mais ce n'est qu'un début. Espérons qu'il ne faudra pas encore dix ans pour que les mesures soient suivies d'effets.

Franck ArguillèreDans les écoles de la république, il y avait des cours de cuisine pour les filles et des cours de bricolage pour les garçons. C'était dans les années 1950 et tout le monde se gaussait de la vieillerie. On s'est donc réjouit de l'avènement de la modernité quand ils ont été supprimés. Aujourd'hui, avec un peu de recul, on peut considérer que l'erreur a été lourde. Il aurait été évidemment nécessaire de les rendre mixtes l'un et l'autre. Mais ce qu'on considérait à l'époque comme le comble de la ringardise, au même titre que les cours de morale, est devenu aujourd'hui l'un des besoins essentiels de notre société. Comment changer une prise électrique ou réparer une machine à laver, comment mitonner une poule au pot ou un gratin d'endive… Sur toutes ces questions, on ne compte plus le nombre de livres, d'émissions TV, de sites internet (dont le nôtre), preuve que le manque est grand.

D'autant qu'il y aurait aujourd'hui une discipline plus générale à laquelle il serait vital de former les futurs citoyens : la consommation. Apprendre à lire une étiquette, à reconnaître les bons produits, distinguer les labels, repérer le made in France, comprendre les enjeux de santé de l'alimentation, les conséquences du rapport de forces entre les producteurs et les distributeurs… Voilà qui nécessite une solide formation et représente un élément majeur de la démocratie. Faire ses courses à Auchan, à Naturalia ou au marché du coin, choisir des produits transformés ou bruts, conventionnels ou bio, équitables ou non, de grandes marques ou de marques de distributeurs, c'est, comme je l'ai souvent écrit ici, un acte profondément politique au sens noble du terme. On vote à chaque achat et notre comportement n'engage pas moins que l'avenir de notre agriculture et de notre industrie ainsi que les relations nord-sud. Rétablissons donc dans nos collèges et nos lycées des cours mixtes cuisine/bricolage avec la belle ambition de former les consomm'acteurs de demain ! 

Franck ArguillèreLe changement est en route et il aura des impacts importants sur notre vie quotidienne. Il n'est pas question ici du "changement c'est mantenant" ni du changement de gouvernement et de la valse des maroquins (sans mauvais jeu de mots). Ce changement-là est climatique et le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dans le dernier rapport qu'il vient de publier, est à son propos encore plus alarmiste que dans le précédent rapport qui date de 2007. Des régions méditerranéennes en surchauffe, des zones côtières fréquemment et abondamment inondées, des afflux de réfugiés climatiques provoquant des risques majeurs de conflits dans un monde où l'écart se creusera encore plus entre la richesse et la pauvreté… Le tableau se précise d'autant plus que c'est déjà, depuis quelques décennies, un commencement de réalité.

Les échecs successifs des négociations internationales sur le climat ces dernières années ne laissent pas présager un résultat très encourageant à l'issue de la conférence de Paris en 2015.
Pourtant, après une période plutôt marquée par le scepticisme, on sent revenir un début de prise de conscience. Un frémissement. L'ampleur des inondations que nous avons connues cet hiver en Bretagne ainsi que les pics de pollution sur l'ensemble du pays au mois de mars y sont sans doute pour quelque chose.
Comme le disait Jean Monnet : "Les gens n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise." Ce qui était vrai à l'époque pour la construction européenne l'est aussi en matière d'écologie et il faudra probablement encore beaucoup de catastrophes naturelles pour que, sous la pression de l'opinion, l'action des pouvoirs publics soit à la hauteur des enjeux.