TOUS LES ÉDITOS

Franck ArguillèreNous sommes nombreux à avoir plein de bonnes et de mauvaises raisons d'habiter en ville. Alors que nous nous déclarons amoureux de la nature, bien sûr. Du reste, nous nous extasions, dès que nous passons un week-end à la campagne, sur la pureté de l'air et la beauté des paysages. Et nous rentrons vite pour retrouver la dose de CO2 qui nous est injectée plus de 300 jours par an.
Il ne serait donc pas illogique de nous préoccuper de notre cadre de vie quotidien et de voir dans quelle mesure il correspond à nos valeurs. À quoi ressemble donc une ville idéale ? Terra Eco a fait un sondage sur cette question et a dressé, avec des données statistiques, un palmarès des villes durables.

Voici donc pour la majorité des Français, selon le sondage, le profil de la perfection urbaine : on respire un air pur, il y a plein d'espaces verts, tout le monde a un travail, pas trop d'inégalités au niveau des ressources et le lien social est fort.
Le résultat du palmarès, établi avec des éléments chiffrés objectifs, est surprenant. On aurait pu attendre en tête Bordeaux, Nantes ou Montpellier qui ont bonne presse auprès de l'opinion. En réalité c'est Rennes qui arrive en premier avec un faible taux de chômage et une vie associative dynamique, puis Grenoble, plutôt égalitaire, et Besançon pour ses jardins et la qualité de son air. Bordeaux et Nantes (respectivement 7e et 8e) arrivent tout de même dans le top 10. Paris (13e) et Montpellier (19e) ne sont pas bien placés. Quant à Marseille et Le Havre, ce sont les lanternes rouges du classement.

Il y a de multiples paramètres qui peuvent permettre d'expliquer ces disparités, dont l'histoire et la sociologie. Mais la gestion des équipes municipales y a une part qui est loin d'être négligeable.
À l'approche des élections, il n'est donc pas inutile de regarder attentivement le programme des candidats, de voir dans quelle mesure ils pourraient transformer notre cité en ville idéale, de se faire une opinion et d'aller mettre son bulletin dans l'urne. Il ne faudrait pas que notre mauvaise humeur, parfois justifiée en regard de l'actualité nationale, nous détourne du bureau de vote. C'est la qualité de notre vie quotidienne qui en dépend : ne pas voter peut provoquer un maire grave.

Franck ArguillèreOn le sait mais on a toujours tendance à détourner la tête : les élevages intensifs d'animaux constituent un crime contre la vie et relèvent de pulsions tortionnaires. Sans une certaine dose de masochisme, il est difficile de regarder dans la durée les reportages sur ces grands bâtiments high tech où grouillent des bestioles faméliques et affolées, vaches, veaux, poules, cochons… Et les poissons ne sont pas mieux lotis, comme le montrait tout récemment l'excellent (et effrayant) documentaire sur France 5, Du poisson pas si bon. Ce mode de production n'est tenable ni en terme de santé publique et de respect de l'environnement, ni en terme moral.

On le sait mais on a toujours tendance à l'oublier : le mouvement de la société humaine, du fait de sa démographie galopante, va, quoiqu'il arrive, vers une moindre consommation de viande et de poisson. Si nous sommes raisonnables et plus partageurs qu'aujourd'hui, nous serons demain en grande majorité au minimum semi-végétarien, ce qui veut dire que nous aurons renforcé nos apports en végétaux et que nous mangerons parfois un peu de viande ou de poisson d'élevage bio (le seul label à tenir un cahier des charges acceptable). Nous serons souvent végétarien, en ne consommant pas de chair animale mais en acceptant le lait, les œufs, le fromage… Voire végétalien en ne mettant que des végétaux à nos menus.

Alors pourquoi ne commençons-nous pas dès maintenant ? Sans doute parce que, comme dit Edgar Morin, "à force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel". Mais pas seulement. En matière d'alimentation tout n'est pas si simple, beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte.

Nous sommes de moins en moins nombreux, surtout lorsqu'on évolue en dehors de tout intégrisme religieux, à accepter l'idée qu'il puisse y avoir des interdits alimentaires autres que l'anthropophagie, pour laquelle il faut reconnaître que les sollicitations sont rares.
Restent nos habitudes culturelles, nos traditions culinaires, nos représentations inconscientes : elles ont déjà évolué et évolueront encore mais la société a suffisamment de motifs de division pour ne pas en plus s'écharper entre carnivores, omnivores, végétariens ou végans. Et nous serions bien inspirés de ne pas mettre à l'index les uns ou les autres en fonction du contenu de son assiette.
Reste aussi notre flore intestinale : nous savons aujourd'hui que nous appartenons chacun à des groupes différents de microbiotes intestinaux et que le régime qui convient aux uns ne correspond pas forcément aux autres. D'autant que nos propres besoins ne sont pas les mêmes aux différents âges de notre vie : nous sommes plus carnivores à certains moments qu'à d'autres.
Nous allons donc globalement vers une alimentation peu carnée, qui respecte la planète et le bien-être animal, mais il est vital de laisser faire le mouvement dans la tolérance et la diversité. 

Franck ArguillèreToujours en tête des causes de mortalité en France avec 148 000 victimes en 2012, le cancer fait l'objet d'un troisième plan qui a été lancé ces jours-ci à grand renfort médiatique. Il ne faut pas se voiler la face, malgré les progrès constants de la médecine, l'épidémie explose. On le voit malheureusement autour de nous : qui n'a pas un proche qui a été ou est touché par cette maladie ? Heureusement, il y a quelques bonnes nouvelles…
La première c'est que les cancers les plus courants, prostate chez l'homme et sein chez la femme, sont aujourd'hui plus souvent soignés et guéris.
La deuxième c'est qu'environ 40 % des cancers pourraient être évités, dixit l'Institut National du Cancer. Comment ? En pratiquant une activité physique régulière, en arrêtant le tabac, en modérant sa consommation d'alcool, en évitant la surexposition aux rayons UV, en favorisant dans son alimentation les facteurs nutritionnels protecteurs…

Dommage que les autorités n'aillent pas jusqu'au bout du raisonnement. Les pollutions environnementales seraient en cause dans la progression constante de la maladie, inclues depuis quelques années les ondes électromagnétiques, selon Dominique Belpomme, cancérologue et président de l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse). C'est aussi la thèse de l'ONG Réseau Environnement Santé (RES), qui dénonce la focalisation sur le tabac alors que "les connaissances scientifiques actuelles montrent le rôle majeur joué par les perturbateurs endocriniens".

En matière de prévention, l'effort principal devrait donc porter aujourd'hui sur une mobilisation nationale pour réduire les pollutions dans tous les secteurs d'activité.
En attendant la lente maturation de la pensée collective, nous pouvons chacun à notre échelle tenter de bannir le plus possible dans notre consommation les produits contaminés par les substances toxiques en privilégiant par exemple le bio. Mais encore faut-il que nous acceptions d'ouvrir les yeux sur une réalité pas toujours agréable, que nous nous mettions en mouvement et que nous consentions à changer nos habitudes !

Franck Arguillère"Ton truc, c'est du placebo". Cette phrase je l'ai entendue des centaines de fois. Le truc pouvant être un médicament homéopathique, un complément alimentaire ou un soin énergétique, le mot "placebo" vient ici sanctionner le manque de sérieux de l'affaire en question. "Mais enfin le principal c'est d'y croire…" arrive généralement après, marquant la touche de condescendance de l'interlocuteur vis-à-vis de ce qu'il considère comme du charlatanisme antiscientifique.

Pour ma part je n'ai jamais considéré que l'effet placebo puisse minorer la valeur d'un médicament ou d'un acte thérapeutique. Je me souviens que mon père, pharmacien, préparait sur prescription d'un médecin des pilules de sucre sans aucun principe actif pour une dame qui s'en trouvait fort bien soignée. Il considérait que cela faisait partie de son métier et qu'il ne fallait pas négliger l'effet placebo.

Martin Winkler expliquait il y a une dizaine d'années sur France-Inter que quand on se sent guéri d'un mal de crâne dix minutes après avoir pris une aspirine, il s'agit d'un effet placebo. Au bout de dix minutes l'aspirine est encore dans l'estomac, son principe actif n'a pas eu le temps d'entrer en action. Le principal c'est de ne plus avoir mal au crâne : de la même manière que les malades atteints d'affections psychosomatiques ne sont pas des malades imaginaires mais de vrais malades, les patients guéris par l'effet placebo ne sont pas des guéris imaginaires…

Aujourd'hui, il existe des études très pointues sur l'effet placebo. On s'est rendu compte que le fait de croire déclenche dans le cerveau une riposte chimiquement mesurable. Le cerveau a cette capacité merveilleuse de pouvoir fabriquer tout seul le médicament interne qui lui semble adapté à la situation.
Mais alors comment se fait-il qu'il ne le fabrique pas à tous les coups ? Plusieurs paramètres semblent entrer en jeu : notre envie, notre capacité à croire en nous et en notre guérison, l'attitude du thérapeute et… la force de conviction du système thérapeutique que l'on choisit.
À cet égard la médecine allopathique a, depuis plus d'un siècle, sous le couvert de la science occidentale, régné avec hégémonie sur le "story telling" médical. Mais depuis quelques dizaines d'années, les abus de l'industrie pharmaceutique avec des scandales sanitaires à répétition ont sérieusement ébranlé sa position dominante. D'autres systèmes cohérents (et convaincants) émergent aujourd'hui, de l'homéopathie à l'aromathérapie en passant par les différentes médecines traditionnelles orientales.
Et comme plus on y croit, plus notre cerveau sera enclin à déclencher un bel effet placebo, n'hésitons pas à y croire ! 

Franck ArguillèreTrouver parmi les grands évènements médiatiques de 2013 des faits d'actualité encourageants pour l'humanité relève du challenge. Mais comme mon état d'esprit résolument positif ne recule devant rien, voici donc mon "bilan zen" de l'année passée…

On peut se réjouir d'avoir vu en 2013 un pape plutôt social et tolérant succéder à un prélat frileux, un président iranien plutôt ouvert succéder à un idéologue fanatique. L'adoption en France du mariage pour tous a ouvert un droit à une minorité qui en était exclue. Elle a donc contribué à faire progresser le respect de la différence si l'on considère, comme je le crois, que le baroud médiatique des opposants à la loi provenait de groupuscules bruyants mais ultraminoritaires.
On peut se réjouir également de la libération de nombreux otages : Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, les quatre Français travaillant pour Areva, Francis Collomp et le père Georges Vandenbeusch, libéré le 31 décembre, juste à temps pour figurer dans cette liste.

Satisfaction toute relative concernant les catastrophes naturelles : certes leur bilan économique et humain est inférieur à celui de 2012, selon l'estimation de l'assureur Swiss Re, mais au total 25 000 personnes ont encore perdu la vie cette année en raison de ces catastrophes : le Typhon Haiyan au Philippines, terriblement meurtrier, mais aussi les inondations en Europe centrale, orientale et au Canada en juin, les tempêtes aux États-Unis, en Allemagne, au Danemark, en Grande Bretagne…

Malheureusement rien en vue du côté de la prise de conscience écologique des autorités au niveau mondial : l'échec de la Conférence de Varsovie montre qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire de ce côté là.
Enfin, si la mort d'un homme n'a rien de réjouissant, celle de Nelson Mandela a eu le mérite de rappeler qu'il est des valeurs qui élèvent l'être humain : celles du pardon et de la réconciliation. Ses funérailles ont été un moment de communion marqué une fois de plus par un brillant discours de Barack Obama. Il est donc logique de laisser Madiba conclure ce "bilan zen" : "Être libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres".

Franck ArguillèreDonc nous arrêterons de manger du grenadier, de la lingue bleue et du sabre noir… Les trois seules espèces de poisson issues des eaux profondes qu'on trouve dans le commerce et qui sont issues d'un mode de pêche pour le moins controversé…

L'affaire n'a pas défrayé la chronique, malgré la bande dessinée de Pénélope Bagieu qui a fait du bruit sur la toile (du buzz sur le net, comme on dit). Il faut dire que la mort de Mandela, c'est de la grosse concurrence, niveau médias.
Selon les associations écologistes, notamment Bloom et sa directrice Claire Nouvian qui a été très en pointe sur la question, le chalutage en eaux profondes est une calamité pour les fonds marins dont on ne connaîtrait que 1 % de la biodiversité. De plus ce type de pêche est tellement peu rentable qu'il n'est possible que grâce à des subventions européennes, versées aux 11 navires (seulement !) qui le pratiquent et dont 6 appartiennent… au groupe Intermarché. Et pourtant des alternatives, il y en a ! La pêche à la palangre (longue ligne avec des hameçons) permet elle aussi de pêcher en eaux profondes, elle est moins destructrice et plus créatrice d'emplois.

Malheureusement, saisi d'un projet d'interdiction du chalutage en eaux profondes, le Parlement européen n'a pas fait preuve de la même clairvoyance que pour la réforme de la règlementation sur les travailleurs détachés. Il vient de rejeter le projet d'une courte majorité (342 voix contre 326). Honte à nous : la France est l'un des deux pays qui ont défendu cette forme de pêche !

Nous allons donc tranquillement nous détourner du grenadier, de la lingue bleue et du sabre noir. Nous allons privilégier Casino et Carrefour qui ont annoncé qu'ils ne commercialiseraient plus de poissons issus des eaux profondes. C'est notre pouvoir à nous, consommateurs, de diriger notre choix vers ce qui nous semble acceptable en terme d'éthique… Nous votons tous les jours avec notre porte-monnaie et nous pouvons décider de condamner une pêche qui est, comme l'affirme Philippe Germa, directeur du WWF-France, "criminelle au regard de la biodiversité".

Franck Arguillère"Parce que vous y croyez, vous, au bio ?" Il m'arrive encore, comme à vous sûrement, d'entendre ce genre de réflexion. C'est une phrase un peu désarmante parce qu'elle campe le sujet d'emblée sur la question de la croyance. On ne peut pas décemment répondre "j'y crois pas". Mais si on répond "ben oui, j'y crois", ça y est, on est dans la profession de foi, quasi mystique, immédiatement catalogué comme le crédule de service qui gobe tout ce que disent les médias. En filigrane, la théorie du complot n'est pas loin : il faudrait être vraiment stupide pour croire tout ce que "on" nous dit. Qui serait assez naïf pour ne pas flairer l'arnaque, voir que "on" colle le label bio sur n'importe quel produit ? "On" multiplie le prix par deux et "on" prend les consommateurs (ceux qui y croient, justement) pour des pigeons…

Alors face au dilemme, comme je ne suis pas croyant, je propose de tenter : "c'est pas la question d'y croire, j'constate."
Et c'est un fait, quand on est un peu renseigné sur la question (ce qui est le cas quand, comme vous, on lit régulièrement Vie Saine Et Zen) on constate que :
- toutes les analyses scientifiques de produits bio en laboratoire montrent que ces derniers sont fiables à plus de 98 %, témoin la publication des relevés de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) pour 2012 ou les tests récents de Que Choisir qui montraient que les vins bios contenaient des quantités non mesurables de pesticides, à l'état de traces ;
- les consommateurs bio ne sont pas des bobos et représentent 7 % de la population (étude Nutrinet) ;
- des dizaines de milliers d'agriculteurs en France (autour de 25 000) se cassent le tronc depuis des dizaines d'années pour fournir des produits d'excellence ; ils sont contrôlés chaque année et au moindre hiatus le label leur est retiré ;
- le bio, c'est bon pour l'environnement, tout le monde l'admet, mais aussi pour la santé : les fruits et légumes bio contiennent plus d'antioxydants et la science reconnaît depuis des années maintenant le rôle des antioxydants dans l'immunité et la longévité.

Cela dit, justement parce qu'on n'est pas croyant, il n'est pas interdit d'être lucide. On peut aussi constater qu'il vaut mieux être méfiant sur :
- les produits importés qui peuvent ne pas répondre aux mêmes exigences que les produits européens ;
- les produits transformés dont la qualité dépend des produits de base mais aussi du savoir-faire de l'artisan ou de l'industriel.
Et surtout : manger bio ne veut pas dire avoir un bon équilibre alimentaire ! Mais se préoccuper de la qualité de ce qu'on mange est une bonne entrée en matière…
On n'est pas forcé d'y croire. Il suffit d'essayer et de constater.

Franck ArguillèreUn traitement sans médicament, accessible à tous, même aux plus démunis… Il ne s'agit pas là d'une promesse électorale, d'une utopie mystique ou sociale. C'est une réalité. Ça s'appelle l'acupuncture. Saviez-vous que depuis 1992, il existe une ONG, Acupuncture sans Frontières (ASF), qui conduit une quinzaine de missions par an dans le monde, en Afrique, en Asie, en Amérique du sud…? Saviez-vous que les animateurs de cette organisation ne se prennent pas pour Zorro ? Apparemment ils agiraient en tentant de laisser de côté l'orgueil messianique du thérapeute ou de l'acteur humanitaire. Et en plus ils avouent qu'ils y prennent du plaisir !
Moi non plus, je ne savais pas. Les médias relayent peu ce genre d'initiative. Il a fallu que j'aille à Aix-en-Provence le week-end dernier pour assister au 3e Congrès National de Médecine Traditionnelle Chinoise (qui, au passage, en réunissant plus de 500 participants, est devenu cette année la 2e manifestation de cette ampleur en Europe), pour que j'apprenne l'existence d'ASF.

Philippe Annet, le fondateur, y a raconté une anecdote importante pour lui : une rencontre avec une petite fille malienne de deux ans qui souffrait d'un abcès de la bouche l'empêchant de manger et de boire et qui était promise à une mort certaine. En bon sauveur de l'humanité, il était allé acheter un antibiotique à 15 €, avait mis fin aux souffrances de la gamine et lui avait ainsi sauvé la vie. Il avait disparu le lendemain, appelé vers d'autres cieux, et avait réalisé un peu plus tard que 15 € représentaient un an de revenu pour le père de cet enfant. Partant d'un bon sentiment, ce geste instinctif avait été fait sans lien avec la famille, l'environnement social et culturel. Il juge aujourd'hui ce geste : artificiel et finalement monstrueux.

Quelques aiguilles stérilisables, un peu de matériel pédagogique, des enseignants bénévoles, quelques billets d'avion… Et voilà de quoi assister les populations en souffrance de manière efficace, peu coûteuse et respectueuse ! Philippe Annet exclut bien-sûr les périodes de crise, guerre, typhon ou tsunami, "où il faut sortir la grosse artillerie". Mais beaucoup de besoins existent en dehors de ces configurations exceptionnelles.
L'intérêt de l'acupuncture ? Elle est préventive et curative, elle répond à 60 % des besoins de soins. Elle permet de suivre les patients sur plusieurs consultations, de se passer de médicaments souvent rares et chers, et d'entamer un dialogue avec des médecines locales souvent dévalorisées par la science occidentale. "Acupuncture" et non "acupuncteurs" sans frontières : il s'agit d'aller donner une formation de base à des soignants locaux (médecins, infirmiers, assistants sanitaires, sages-femmes) et d'assurer le suivi de cette formation au cours des années suivantes.

Un documentaire de David Houbrechts, avec des images magnifiques, montre la réalité de cette initiative qu'il est important de soutenir : "L'hôte et l'invité, l'acupuncture humanitaire". En voici la bande-annonce. À ne pas manquer.

Franck ArguillèrePollueur ? Payeur. C'est un principe qu'on évoque souvent, le fameux principe "du pollueur payeur". Ça sonne bien. L'idée s'est imposée à l'heure des premiers pas de l'écologie au début des années 1970. Quelques années auparavant, le gouvernement de l'époque envisageait une loi pour que les trublions qui pendant les manifs cassaient les vitrines et le mobilier urbain remboursent les dégâts qu'ils avaient commis. "Les casseurs seront les payeurs", disaient-ils. Mais finalement la société a pris conscience que les pollueurs font plus de casse que les groupuscules minuscules. On est donc passé au principe peu discutable et peu discuté que "les pollueurs seront les payeurs". Adopté par l'OCDE en 1972, il figure dans l'Acte Unique européen de 1986 et est inscrit en France dans le code de l'environnement.

Du reste, dans certains cas, les pollueurs ont fini par payer, notamment à l'issue du procès de l'Erika. Quand il s'agit d'un armateur sans scrupule ou d'une multinationale du pétrole, tout le monde trouve ça légitime. Surtout les bretons qui se retrouvent justement indemnisés à la suite des catastrophes qu'ils ont subies. Mais quand il s'agit des industriels de la même région, ça coince. Pollueurs ceux qui utilisent des flottes de camions qui roulent au diesel ? Oui. Il est aujourd'hui avéré que le diesel est cancérigène. Du reste le malus à l'achat d'une voiture polluante est couramment admis.

L'écotaxe, une taxe sur le transport routier qui n'est rien d'autre qu'une fiscalité légère et incitative, vient de susciter des mouvements de protestation accompagnés d'une violence incompréhensible. Manifestement le problème est ailleurs. Comme dit José Bové, l'agriculture bretonne est un "modèle hors sol" qui "a pollué les eaux, les campagnes et souillé les côtes d’algues vertes." L'élevage intensif de porc est à bout de souffle et ne répond à aucune logique à long terme. "Plus de 750 000 porcs produits en Bretagne roulent plus de 2 000 kilomètres dans des conditions déplorables pour être abattus dans des usines installées dans le nord de l’Allemagne…"
Et hop ! On abandonne l'écotaxe en rase campagne.
Pollueur payeur ? Pour ce qui est de la mise en pratique, on en est encore loin.

Franck Arguillère"Pas d'effet avéré pour la santé", dit l'Anses (Autorité nationale de sécurité sanitaire) qui vient de remettre son rapport sur les ondes magnétiques. Ouf !
Pourtant, si on regarde dans le détail, on voit que l'étude recommande "des mesures simples qui peuvent être mises en œuvre afin de limiter l'exposition individuelle aux ondes, notamment pour les publics les plus jeunes, enfants et jeunes adolescents : l'usage modéré du téléphone ; l'utilisation des kits oreillettes mains-libres et de terminaux ou autres équipements dont le débit d'absorption spécifique (DAS) est le plus faible". Quant aux ministres de référence, ils assurent "travailler sur (…) des mesures de prévention quant à l'utilisation des téléphones mobiles".
Donc pas ouf ! Vous avez bien compris : il n'y a pas de danger mais il vaut mieux faire comme s'il y en avait.

À la suite du rapport de l'Anses, Dominique Belpomme, cancérologue, membre de l'ARTAC (Association de recherche thérapeutique anti-cancéreuse) déclare sur France-Info : "Au plan international, il y a une idée forte et non remise en doute par les scientifiques qui travaillent de façon indépendante : les champs électromagnétiques sont néfastes pour la santé".
Les risques ? Alzheimer et cancers du cerveau. "Nous savons pertinemment que les champs électromagnétiques lorsqu'utilisés de façon prolongée et intensive génèrent des maladies d'Alzheimer chez des sujets âgés mais aussi des sujets jeunes, et y compris chez certains adolescents". Quant au cancer du cerveau : "C'est l'étude Interphone qui le dit : si vous avez moins de 20 ans et que vous utilisez un téléphone portable plus d'une heure par jour pendant 5 à 10 ans, vous avez un risque multiplié par 5 de tumeur au cerveau".

Quant au rapport de l'Anses, Dominique Belpomme est assez direct : "Ces rapports serviront de toute façon à enrichir les poubelles de l'Histoire. Ils n'ont aucun intérêt puisque le premier rapport de l'Anses disait tout simplement qu'il n'y avait aucun risque".

Deux choses sont préoccupantes dans cette histoire. D'une part nous sommes manifestement, avec l'impact des ondes électromagnétiques, devant un véritable problème de santé publique. D'autre part, plus que jamais, en France, nous avons besoin en matière de sécurité sanitaire d'une autorité indépendante que l'Anses sera bien en mal d'incarner à l'avenir.