TOUS LES ÉDITOS

Franck ArguillèreIl faut dire que les grands médias sont avares d'informations en provenance des institutions européennes… Saviez-vous que la première initiative citoyenne à avoir recueilli plus d'un million de signatures a été acceptée par la Commission européenne en mars dernier ? Elle demandait que le droit à l'eau et à l'assainissement soit reconnu comme droit de l'homme. Le principe a été adopté, reste à le traduire en actes concrets. Étiez-vous au courant que les sacs plastiques devront être payants et diminuer de 80 % dans les cinq prochaines années, suite à un vote du Parlement européen ? Sauf à avoir les yeux rivés sur la presse spécialisée, difficile d'avoir ces infos.

Demain des décisions essentielles qui touchent notre vie quotidienne seront prises : il faudra statuer sur la refonte de la PAC (Politique Agricole Commune), sur les OGM, sur la reconduction de l'interdiction des insecticides nocifs pour les abeilles… Il serait tout de même élémentaire que nous soyons informés sur ce que, face aux lobbies particulièrement puissants à Bruxelles, nos eurodéputés ont l'intention de faire en terme de qualité de l'air, de protection des ressources naturelles, de santé environnementale, de climat et d'énergie…
Les vrais enjeux de société sont en question lors de l'élection du 25 mai. Et jusqu'à présent, sauf quelques rares exceptions, nous n'avons eu de la part du personnel politique que des logorrhées d'estrade et des débats franco-français dans quelques grand-messes cathodiques.

Pour se repérer, il n'est pas inutile de prendre connaissance de la teneur des votes de la dernière mandature passé au crible par le WWF-France et le Réseau action climat (voir : EELV et Modem les plus actifs pour l'environnement au parlement européen). Il faudra ensuite aller voter selon sa conscience pour ce qui est depuis plusieurs décennies le scrutin le plus important concernant l'avenir de la France.

Franck ArguillèreIls ont de jolis noms savants et ce sont des produits dont la majorité d'entre nous ignore l'existence : phtalates, bisphénol A, methylparabène et autres pesticides organochlorés… On les trouve dans une très grande variété de produits de la vie courante : jouets, biberons, canettes, boîtes de conserve, tickets de caisse, produits cosmétiques, lingettes nettoyantes, fruits et légumes cultivés en agriculture conventionnelle… Et ils migrent très facilement dans le corps humain. Ce sont des molécules qui ont en commun leur capacité à mimer les hormones et donc à avoir des effets perturbants sur les mécanismes physiologiques. D'où leur doux patronyme : "perturbateurs endocriniens"… Cela fait près de dix ans que les associations écologiques tirent la sonnette d'alarme. Et, comme il y avait bien sûr des scientifiques pour juger que ces gentilles substances ne présentaient aucun danger, rien ou pas grand chose ne se passait du côté des pouvoirs publics.

Mais il se trouve que de plus en plus d'autres scientifiques ont apporté les preuves des effets toxiques des perturbateurs endocriniens. Par exemple, tout récemment, le 8 avril dernier, l'Anses (Agence nationale de sécurité et de l'alimentation) a confirmé les effets sanitaires du bisphénol A. Chez la femme enceinte, on a constaté une modification de la structure de la glande mammaire du foetus pouvant favoriser un développement tumoral ultérieur.
Début 2014, 1 200 médecins de France métropolitaine et des Antilles ont signé un appel à gérer plus rigoureusement l'épandage des pesticides compte tenu des risques accrus que ces derniers provoquent en terme de maladie de Parkinson, cancers de la prostate et certains cancers du sang chez les professionnels exposés, de malformations congénitales chez les enfants des femmes exposées pendant leur grossesse, infertilité, obésité, puberté précoce pour l'ensemble de la population.

La ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, vient enfin d'annoncer la mise en place d'une stratégie, approuvée à la quasi unanimité (avec seulement 4 abstentions) par le Conseil national de le transition écologique. Il y est question d'accélérer la recherche, d'améliorer l'expertise, de soutenir l'innovation et la substitution des perturbateurs endocriniens par des produits non toxiques. Il y est question d'intervenir au niveau européen pour encadrer ces substances. Et des décisions concrètes ont été prises : éliminer le bisphénol A des tickets de caisse, lancer une expertise sur cinq substances en 2014, cibler dans les jouets les contrôles sur les phtalates et accélérer la substitution du bisphénol A.
Il était temps ! Il faut saluer l'initiative mais ce n'est qu'un début. Espérons qu'il ne faudra pas encore dix ans pour que les mesures soient suivies d'effets.

Franck ArguillèreDans les écoles de la république, il y avait des cours de cuisine pour les filles et des cours de bricolage pour les garçons. C'était dans les années 1950 et tout le monde se gaussait de la vieillerie. On s'est donc réjouit de l'avènement de la modernité quand ils ont été supprimés. Aujourd'hui, avec un peu de recul, on peut considérer que l'erreur a été lourde. Il aurait été évidemment nécessaire de les rendre mixtes l'un et l'autre. Mais ce qu'on considérait à l'époque comme le comble de la ringardise, au même titre que les cours de morale, est devenu aujourd'hui l'un des besoins essentiels de notre société. Comment changer une prise électrique ou réparer une machine à laver, comment mitonner une poule au pot ou un gratin d'endive… Sur toutes ces questions, on ne compte plus le nombre de livres, d'émissions TV, de sites internet (dont le nôtre), preuve que le manque est grand.

D'autant qu'il y aurait aujourd'hui une discipline plus générale à laquelle il serait vital de former les futurs citoyens : la consommation. Apprendre à lire une étiquette, à reconnaître les bons produits, distinguer les labels, repérer le made in France, comprendre les enjeux de santé de l'alimentation, les conséquences du rapport de forces entre les producteurs et les distributeurs… Voilà qui nécessite une solide formation et représente un élément majeur de la démocratie. Faire ses courses à Auchan, à Naturalia ou au marché du coin, choisir des produits transformés ou bruts, conventionnels ou bio, équitables ou non, de grandes marques ou de marques de distributeurs, c'est, comme je l'ai souvent écrit ici, un acte profondément politique au sens noble du terme. On vote à chaque achat et notre comportement n'engage pas moins que l'avenir de notre agriculture et de notre industrie ainsi que les relations nord-sud. Rétablissons donc dans nos collèges et nos lycées des cours mixtes cuisine/bricolage avec la belle ambition de former les consomm'acteurs de demain ! 

Franck ArguillèreLe changement est en route et il aura des impacts importants sur notre vie quotidienne. Il n'est pas question ici du "changement c'est mantenant" ni du changement de gouvernement et de la valse des maroquins (sans mauvais jeu de mots). Ce changement-là est climatique et le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dans le dernier rapport qu'il vient de publier, est à son propos encore plus alarmiste que dans le précédent rapport qui date de 2007. Des régions méditerranéennes en surchauffe, des zones côtières fréquemment et abondamment inondées, des afflux de réfugiés climatiques provoquant des risques majeurs de conflits dans un monde où l'écart se creusera encore plus entre la richesse et la pauvreté… Le tableau se précise d'autant plus que c'est déjà, depuis quelques décennies, un commencement de réalité.

Les échecs successifs des négociations internationales sur le climat ces dernières années ne laissent pas présager un résultat très encourageant à l'issue de la conférence de Paris en 2015.
Pourtant, après une période plutôt marquée par le scepticisme, on sent revenir un début de prise de conscience. Un frémissement. L'ampleur des inondations que nous avons connues cet hiver en Bretagne ainsi que les pics de pollution sur l'ensemble du pays au mois de mars y sont sans doute pour quelque chose.
Comme le disait Jean Monnet : "Les gens n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise." Ce qui était vrai à l'époque pour la construction européenne l'est aussi en matière d'écologie et il faudra probablement encore beaucoup de catastrophes naturelles pour que, sous la pression de l'opinion, l'action des pouvoirs publics soit à la hauteur des enjeux. 

Franck ArguillèreMesure bien tardive, la circulation alternée décrétée le 17 avril dernier, corrélée avec la gratuité des transports en commun, a eu pour mérite de montrer que le civisme progresse dans la capitale. D'après le Ministère de l'Écologie, 90 % des véhicules en circulation portaient une plaque impaire et les embouteillages du matin ont diminué de 62 % par rapport au lundi précédent. Les esprits seraient-ils en train de mûrir ? Cette adhésion des citoyens est un phénomène intéressant qui devrait inciter les pouvoirs publics à mettre en œuvre en amont un plan global sur la qualité de l'air, non seulement en direction de l'automobile et des transports en général mais aussi du chauffage au bois et des activités industrielles ou agricoles générant des particules polluantes.

Des mesures de bon sens
Pour ce qui est des transports, puisqu'il semblerait qu'ils soient majoritairement (à 48 %) responsables de la pollution aux particules fines, il y a l'embarras du choix. Beaucoup de mesures de bon sens ont été évoquées : abandon progressif de la fiscalité incitative pour le diesel, développement des bornes de recharge pour les voitures électriques, mise en place de grands parkings gratuits aux portes des grandes villes, réglementation de l'accès à certaines zones urbaines, commande systématique de véhicules électriques pour les flottes des collectivités, acquisition de transports en commun non polluants, etc.
Sur le dernier point, on ne peut qu'être interloqué par le fait qu'en 2014 la RATP prévoit d'acheter encore 325 bus diesel (Reporterre : Pollution de l'air, les gouvernements s'en fichent) !

Notre santé est en jeu
Chaque année, on estime à plus de 40 000 morts prématurées en France les effets de la pollution atmosphérique (rapport CAFE de la Commission Européenne). Les particules fines, d'un diamètre inférieur à 10 micromètres (les PM10) voire 2,5 micromètres (les PM2,5), pénètrent dans nos poumons et provoquent des insuffisances respiratoires, asthme, bronchite, ainsi que des cancers (voir notre interview cette semaine du Professeur Dominique Belpomme : Les maladies liées à l'environnement). L’alerte est lancée lorsque la concentration en PM10 est supérieure à 80 microgrammes de particules par mètre cube d’air. Pendant deux semaines nous avons eu plus de 30 départements en alerte et des pics à 110 microgrammes et plus avec pour seule réponse quelques mesurettes de circonstances… Il était temps d'agir et le succès de l'opération devrait donner confiance aux décideurs.
Sauf à considérer qu'il faut attendre que les catastrophes se produisent et que les gens descendent dans la rue avant de mettre en œuvre les politiques publiques adaptées. 

Franck ArguillèreNous sommes nombreux à avoir plein de bonnes et de mauvaises raisons d'habiter en ville. Alors que nous nous déclarons amoureux de la nature, bien sûr. Du reste, nous nous extasions, dès que nous passons un week-end à la campagne, sur la pureté de l'air et la beauté des paysages. Et nous rentrons vite pour retrouver la dose de CO2 qui nous est injectée plus de 300 jours par an.
Il ne serait donc pas illogique de nous préoccuper de notre cadre de vie quotidien et de voir dans quelle mesure il correspond à nos valeurs. À quoi ressemble donc une ville idéale ? Terra Eco a fait un sondage sur cette question et a dressé, avec des données statistiques, un palmarès des villes durables.

Voici donc pour la majorité des Français, selon le sondage, le profil de la perfection urbaine : on respire un air pur, il y a plein d'espaces verts, tout le monde a un travail, pas trop d'inégalités au niveau des ressources et le lien social est fort.
Le résultat du palmarès, établi avec des éléments chiffrés objectifs, est surprenant. On aurait pu attendre en tête Bordeaux, Nantes ou Montpellier qui ont bonne presse auprès de l'opinion. En réalité c'est Rennes qui arrive en premier avec un faible taux de chômage et une vie associative dynamique, puis Grenoble, plutôt égalitaire, et Besançon pour ses jardins et la qualité de son air. Bordeaux et Nantes (respectivement 7e et 8e) arrivent tout de même dans le top 10. Paris (13e) et Montpellier (19e) ne sont pas bien placés. Quant à Marseille et Le Havre, ce sont les lanternes rouges du classement.

Il y a de multiples paramètres qui peuvent permettre d'expliquer ces disparités, dont l'histoire et la sociologie. Mais la gestion des équipes municipales y a une part qui est loin d'être négligeable.
À l'approche des élections, il n'est donc pas inutile de regarder attentivement le programme des candidats, de voir dans quelle mesure ils pourraient transformer notre cité en ville idéale, de se faire une opinion et d'aller mettre son bulletin dans l'urne. Il ne faudrait pas que notre mauvaise humeur, parfois justifiée en regard de l'actualité nationale, nous détourne du bureau de vote. C'est la qualité de notre vie quotidienne qui en dépend : ne pas voter peut provoquer un maire grave.

Franck ArguillèreOn le sait mais on a toujours tendance à détourner la tête : les élevages intensifs d'animaux constituent un crime contre la vie et relèvent de pulsions tortionnaires. Sans une certaine dose de masochisme, il est difficile de regarder dans la durée les reportages sur ces grands bâtiments high tech où grouillent des bestioles faméliques et affolées, vaches, veaux, poules, cochons… Et les poissons ne sont pas mieux lotis, comme le montrait tout récemment l'excellent (et effrayant) documentaire sur France 5, Du poisson pas si bon. Ce mode de production n'est tenable ni en terme de santé publique et de respect de l'environnement, ni en terme moral.

On le sait mais on a toujours tendance à l'oublier : le mouvement de la société humaine, du fait de sa démographie galopante, va, quoiqu'il arrive, vers une moindre consommation de viande et de poisson. Si nous sommes raisonnables et plus partageurs qu'aujourd'hui, nous serons demain en grande majorité au minimum semi-végétarien, ce qui veut dire que nous aurons renforcé nos apports en végétaux et que nous mangerons parfois un peu de viande ou de poisson d'élevage bio (le seul label à tenir un cahier des charges acceptable). Nous serons souvent végétarien, en ne consommant pas de chair animale mais en acceptant le lait, les œufs, le fromage… Voire végétalien en ne mettant que des végétaux à nos menus.

Alors pourquoi ne commençons-nous pas dès maintenant ? Sans doute parce que, comme dit Edgar Morin, "à force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel". Mais pas seulement. En matière d'alimentation tout n'est pas si simple, beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte.

Nous sommes de moins en moins nombreux, surtout lorsqu'on évolue en dehors de tout intégrisme religieux, à accepter l'idée qu'il puisse y avoir des interdits alimentaires autres que l'anthropophagie, pour laquelle il faut reconnaître que les sollicitations sont rares.
Restent nos habitudes culturelles, nos traditions culinaires, nos représentations inconscientes : elles ont déjà évolué et évolueront encore mais la société a suffisamment de motifs de division pour ne pas en plus s'écharper entre carnivores, omnivores, végétariens ou végans. Et nous serions bien inspirés de ne pas mettre à l'index les uns ou les autres en fonction du contenu de son assiette.
Reste aussi notre flore intestinale : nous savons aujourd'hui que nous appartenons chacun à des groupes différents de microbiotes intestinaux et que le régime qui convient aux uns ne correspond pas forcément aux autres. D'autant que nos propres besoins ne sont pas les mêmes aux différents âges de notre vie : nous sommes plus carnivores à certains moments qu'à d'autres.
Nous allons donc globalement vers une alimentation peu carnée, qui respecte la planète et le bien-être animal, mais il est vital de laisser faire le mouvement dans la tolérance et la diversité. 

Franck ArguillèreToujours en tête des causes de mortalité en France avec 148 000 victimes en 2012, le cancer fait l'objet d'un troisième plan qui a été lancé ces jours-ci à grand renfort médiatique. Il ne faut pas se voiler la face, malgré les progrès constants de la médecine, l'épidémie explose. On le voit malheureusement autour de nous : qui n'a pas un proche qui a été ou est touché par cette maladie ? Heureusement, il y a quelques bonnes nouvelles…
La première c'est que les cancers les plus courants, prostate chez l'homme et sein chez la femme, sont aujourd'hui plus souvent soignés et guéris.
La deuxième c'est qu'environ 40 % des cancers pourraient être évités, dixit l'Institut National du Cancer. Comment ? En pratiquant une activité physique régulière, en arrêtant le tabac, en modérant sa consommation d'alcool, en évitant la surexposition aux rayons UV, en favorisant dans son alimentation les facteurs nutritionnels protecteurs…

Dommage que les autorités n'aillent pas jusqu'au bout du raisonnement. Les pollutions environnementales seraient en cause dans la progression constante de la maladie, inclues depuis quelques années les ondes électromagnétiques, selon Dominique Belpomme, cancérologue et président de l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse). C'est aussi la thèse de l'ONG Réseau Environnement Santé (RES), qui dénonce la focalisation sur le tabac alors que "les connaissances scientifiques actuelles montrent le rôle majeur joué par les perturbateurs endocriniens".

En matière de prévention, l'effort principal devrait donc porter aujourd'hui sur une mobilisation nationale pour réduire les pollutions dans tous les secteurs d'activité.
En attendant la lente maturation de la pensée collective, nous pouvons chacun à notre échelle tenter de bannir le plus possible dans notre consommation les produits contaminés par les substances toxiques en privilégiant par exemple le bio. Mais encore faut-il que nous acceptions d'ouvrir les yeux sur une réalité pas toujours agréable, que nous nous mettions en mouvement et que nous consentions à changer nos habitudes !

Franck Arguillère"Ton truc, c'est du placebo". Cette phrase je l'ai entendue des centaines de fois. Le truc pouvant être un médicament homéopathique, un complément alimentaire ou un soin énergétique, le mot "placebo" vient ici sanctionner le manque de sérieux de l'affaire en question. "Mais enfin le principal c'est d'y croire…" arrive généralement après, marquant la touche de condescendance de l'interlocuteur vis-à-vis de ce qu'il considère comme du charlatanisme antiscientifique.

Pour ma part je n'ai jamais considéré que l'effet placebo puisse minorer la valeur d'un médicament ou d'un acte thérapeutique. Je me souviens que mon père, pharmacien, préparait sur prescription d'un médecin des pilules de sucre sans aucun principe actif pour une dame qui s'en trouvait fort bien soignée. Il considérait que cela faisait partie de son métier et qu'il ne fallait pas négliger l'effet placebo.

Martin Winkler expliquait il y a une dizaine d'années sur France-Inter que quand on se sent guéri d'un mal de crâne dix minutes après avoir pris une aspirine, il s'agit d'un effet placebo. Au bout de dix minutes l'aspirine est encore dans l'estomac, son principe actif n'a pas eu le temps d'entrer en action. Le principal c'est de ne plus avoir mal au crâne : de la même manière que les malades atteints d'affections psychosomatiques ne sont pas des malades imaginaires mais de vrais malades, les patients guéris par l'effet placebo ne sont pas des guéris imaginaires…

Aujourd'hui, il existe des études très pointues sur l'effet placebo. On s'est rendu compte que le fait de croire déclenche dans le cerveau une riposte chimiquement mesurable. Le cerveau a cette capacité merveilleuse de pouvoir fabriquer tout seul le médicament interne qui lui semble adapté à la situation.
Mais alors comment se fait-il qu'il ne le fabrique pas à tous les coups ? Plusieurs paramètres semblent entrer en jeu : notre envie, notre capacité à croire en nous et en notre guérison, l'attitude du thérapeute et… la force de conviction du système thérapeutique que l'on choisit.
À cet égard la médecine allopathique a, depuis plus d'un siècle, sous le couvert de la science occidentale, régné avec hégémonie sur le "story telling" médical. Mais depuis quelques dizaines d'années, les abus de l'industrie pharmaceutique avec des scandales sanitaires à répétition ont sérieusement ébranlé sa position dominante. D'autres systèmes cohérents (et convaincants) émergent aujourd'hui, de l'homéopathie à l'aromathérapie en passant par les différentes médecines traditionnelles orientales.
Et comme plus on y croit, plus notre cerveau sera enclin à déclencher un bel effet placebo, n'hésitons pas à y croire ! 

Franck ArguillèreTrouver parmi les grands évènements médiatiques de 2013 des faits d'actualité encourageants pour l'humanité relève du challenge. Mais comme mon état d'esprit résolument positif ne recule devant rien, voici donc mon "bilan zen" de l'année passée…

On peut se réjouir d'avoir vu en 2013 un pape plutôt social et tolérant succéder à un prélat frileux, un président iranien plutôt ouvert succéder à un idéologue fanatique. L'adoption en France du mariage pour tous a ouvert un droit à une minorité qui en était exclue. Elle a donc contribué à faire progresser le respect de la différence si l'on considère, comme je le crois, que le baroud médiatique des opposants à la loi provenait de groupuscules bruyants mais ultraminoritaires.
On peut se réjouir également de la libération de nombreux otages : Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, les quatre Français travaillant pour Areva, Francis Collomp et le père Georges Vandenbeusch, libéré le 31 décembre, juste à temps pour figurer dans cette liste.

Satisfaction toute relative concernant les catastrophes naturelles : certes leur bilan économique et humain est inférieur à celui de 2012, selon l'estimation de l'assureur Swiss Re, mais au total 25 000 personnes ont encore perdu la vie cette année en raison de ces catastrophes : le Typhon Haiyan au Philippines, terriblement meurtrier, mais aussi les inondations en Europe centrale, orientale et au Canada en juin, les tempêtes aux États-Unis, en Allemagne, au Danemark, en Grande Bretagne…

Malheureusement rien en vue du côté de la prise de conscience écologique des autorités au niveau mondial : l'échec de la Conférence de Varsovie montre qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire de ce côté là.
Enfin, si la mort d'un homme n'a rien de réjouissant, celle de Nelson Mandela a eu le mérite de rappeler qu'il est des valeurs qui élèvent l'être humain : celles du pardon et de la réconciliation. Ses funérailles ont été un moment de communion marqué une fois de plus par un brillant discours de Barack Obama. Il est donc logique de laisser Madiba conclure ce "bilan zen" : "Être libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres".