TOUS LES ÉDITOS

Franck ArguillèreLe débat est devant nous et l'on sent de la part des pouvoirs publics une certaine réticence à s'y plonger. C'est que la transition énergétique en France fait partie des sujets de crispation qui empêchent toute possibilité d'échanges sereins. Il y avait hier le capitaine Dreyfus, il y a aujourd'hui les OGM, le mariage gay et… le nucléaire. Il faut dire que pendant plus de 40 ans les mensonges répétés des opérateurs et des pouvoirs publics (dont le fameux épisode du nuage de Tchernobyl en 1986) a durablement mis à mal la confiance des citoyens. Ce qui n'empêche pas l'opacité de régner encore aujourd'hui en l'absence d'une expertise indépendante venant d'un organisme public compétent. Le flou plane sur les données économiques, comme par exemple le coût réel du mégawatt/heure, le coût de la prolongation et du démantèlement des centrales ainsi que celui de la gestion des déchets (voir sur Actu-Environnement : Nucléaire : les députés placent le gouvernement face à ses responsabilités). Tout cela a de quoi inquiéter. De l'autre côté, les associations militantes, ces lanceurs d'alerte indispensables, ne connaissent pas la nuance et tombent souvent dans le travers de la dénonciation de boucs émissaires caricaturaux et commodes (les méchants de la Finance, des Multinationales, de la Mondialisation, du Nucléaire…).

Le débat sera donc difficile. Pourtant il est urgent de le mener et il constituera un test révélateur de la maturité de notre société. D'autant que les enjeux de la transition énergétique dépassent largement le débat "pour ou contre le nucléaire". Par exemple les économies d'énergie font aujourd'hui consensus. Avec les investissements adaptés, on pourrait mettre en oeuvre des technologies (smart grids) qui permettraient de gérer habilement nos consommations d'électricité de façon à réduire substantiellement notre production globale.

Nous sommes à un moment charnière de notre Histoire : à l'heure où la France est à l'avant-garde d'un combat international de lutte contre le changement climatique avec un devoir d'exemplarité par rapport aux autres pays, nos équipements de production d'énergie arrivent à un stade où ils doivent être soit rénovés soit démantelés. Tout le monde presse les pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités. Un projet de loi de programmation pour la transition énergétique se dessine enfin (voir sur le blog d'Arnaud Gossement : Transition énergétique : le contenu du projet de loi se précise). On ne comprendrait pas qu'on tarde à prendre les décisions qui vont dans le sens de l'excellence écologique. 

Franck ArguillèreOn voit fleurir un peu partout en ce moment une prose à la tonalité curieuse. Est-ce une floraison spontanée en résonance avec le printemps ? Ou y'a-t-il autre chose ? Une vague de crispation à propos des médecines alternatives et complémentaires (MAC) gagne bizarrement des médias plutôt réputés pour leurs positions ouvertes et progressistes.
Voici une tribune sur Rue89 réclamant qu'on vende les granules homéopathiques au rayon des sucreries. Son titre est parlant : "Un bain de boue ou Julie Lescaut sont aussi efficaces que l'homéopathie".
Voici un article dans le NouvelObs intitulé "Dé(sint)ox" assimilant le phénomène de la détox à une mode marketing.
Ou encore une alerte de Que Choisir criant haro sur tous les compléments alimentaires sans distinction : "Le ménage reste à faire"…

Ce qui frappe tout d'abord, c'est le manque de nuance et de précaution voire parfois la violence de la part des auteurs de ces pamphlets. On tourne en dérision, on réclame des interdictions, des déremboursements de médicaments. On construit des raisonnements à partir des arguments ressassés de quelques scientifiques qui croient détenir le monopole de la vérité, sans jamais prendre en compte les études qui mettent en lumière les effets positifs des différentes disciplines évoquées (dans la revue de presse de Vie Saine et Zen nous en dénichons une ou deux à peu près chaque semaine).
Alors pourquoi tant de haine ? Y'aurait-il le feu au lac ?

Dans un sondage Ipsos d'avril dernier pour le Leem (Les entreprises du médicament), on voit que la confiance des Français dans le médicament a baissé de 12 % en 2014, ce qui constitue "un signal d’alarme pour l’ensemble des acteurs du système de santé". Il est certain que les derniers scandales, du Mediator aux pilules de 2e et 3e génération, sont passés par là. Alors pour remédier à cette situation, au lieu de mettre bon ordre dans les pratiques de l'industrie pharmaceutique et de balayer devant leur porte, certains auraient-ils eu l'idée géniale de partir à l'assaut des pratiques concurrentes ?

Le hic, c'est qu'une majorité d'entre nous, patients, y avons recours régulièrement et apprécions modérément d'être traités comme des demeurés. Il faut savoir que, par exemple, 56 % des Français utilisent des médicaments homéopathiques (sondage Ipsos de 2012). Nous sommes de plus en plus nombreux à être acteurs de notre santé et à prendre soin de nous dans une démarche pragmatique : en testant et en choisissant les approches thérapeutiques qui marchent. Par exemple, l'ostéopathie pour les troubles musculo-squelettiques, la phytothérapie et l'aromathérapie pour les affections saisonnières, la médecine traditionnelle chinoise et toutes les disciplines associées, de l'acupuncture au shiatsu, pour les maladies chroniques, l'anxiété et le stress… Et heureusement que nous avons l'allopathie pour l'établissement du diagnostic (avec notamment l'imagerie médicale), pour les pathologies lourdes et pour la chirurgie !

Il ne viendrait à personne l'idée de se priver de l'une ou l'autre de ses approches puisque nous avons la chance à notre époque d'avoir cette palette merveilleuse. Du reste, de nombreux médecins ont l'intelligence de proposer des traitements dans le cadre d'équipes pluridisciplinaires où l'allopathe côtoie l'homéopathe, l'acupuncteur et l'ostéopathe. Ils obtiennent dans ce cadre des résultats spectaculaires (exemple : le Centre de Ressource de Jean-Loup Mouysset à Aix en Provence).
Combien de fois faudra-t-il répéter que nous autres, patients, demandons des collaborations de ce type entre médecine conventionnelle et MAC ? Le risque, si l'on ne répond pas à cette demande et si l'on ne modère pas l'hostilité ouverte de quelques-uns, est que de nombreuses personnes fassent, comme c'est déjà trop souvent le cas, leur parcours de santé à leur guise, en dehors de tout cadre médical et à la merci de toutes sortes de charlatans.

Franck ArguillèreIl faut dire que les grands médias sont avares d'informations en provenance des institutions européennes… Saviez-vous que la première initiative citoyenne à avoir recueilli plus d'un million de signatures a été acceptée par la Commission européenne en mars dernier ? Elle demandait que le droit à l'eau et à l'assainissement soit reconnu comme droit de l'homme. Le principe a été adopté, reste à le traduire en actes concrets. Étiez-vous au courant que les sacs plastiques devront être payants et diminuer de 80 % dans les cinq prochaines années, suite à un vote du Parlement européen ? Sauf à avoir les yeux rivés sur la presse spécialisée, difficile d'avoir ces infos.

Demain des décisions essentielles qui touchent notre vie quotidienne seront prises : il faudra statuer sur la refonte de la PAC (Politique Agricole Commune), sur les OGM, sur la reconduction de l'interdiction des insecticides nocifs pour les abeilles… Il serait tout de même élémentaire que nous soyons informés sur ce que, face aux lobbies particulièrement puissants à Bruxelles, nos eurodéputés ont l'intention de faire en terme de qualité de l'air, de protection des ressources naturelles, de santé environnementale, de climat et d'énergie…
Les vrais enjeux de société sont en question lors de l'élection du 25 mai. Et jusqu'à présent, sauf quelques rares exceptions, nous n'avons eu de la part du personnel politique que des logorrhées d'estrade et des débats franco-français dans quelques grand-messes cathodiques.

Pour se repérer, il n'est pas inutile de prendre connaissance de la teneur des votes de la dernière mandature passé au crible par le WWF-France et le Réseau action climat (voir : EELV et Modem les plus actifs pour l'environnement au parlement européen). Il faudra ensuite aller voter selon sa conscience pour ce qui est depuis plusieurs décennies le scrutin le plus important concernant l'avenir de la France.

Franck ArguillèreIls ont de jolis noms savants et ce sont des produits dont la majorité d'entre nous ignore l'existence : phtalates, bisphénol A, methylparabène et autres pesticides organochlorés… On les trouve dans une très grande variété de produits de la vie courante : jouets, biberons, canettes, boîtes de conserve, tickets de caisse, produits cosmétiques, lingettes nettoyantes, fruits et légumes cultivés en agriculture conventionnelle… Et ils migrent très facilement dans le corps humain. Ce sont des molécules qui ont en commun leur capacité à mimer les hormones et donc à avoir des effets perturbants sur les mécanismes physiologiques. D'où leur doux patronyme : "perturbateurs endocriniens"… Cela fait près de dix ans que les associations écologiques tirent la sonnette d'alarme. Et, comme il y avait bien sûr des scientifiques pour juger que ces gentilles substances ne présentaient aucun danger, rien ou pas grand chose ne se passait du côté des pouvoirs publics.

Mais il se trouve que de plus en plus d'autres scientifiques ont apporté les preuves des effets toxiques des perturbateurs endocriniens. Par exemple, tout récemment, le 8 avril dernier, l'Anses (Agence nationale de sécurité et de l'alimentation) a confirmé les effets sanitaires du bisphénol A. Chez la femme enceinte, on a constaté une modification de la structure de la glande mammaire du foetus pouvant favoriser un développement tumoral ultérieur.
Début 2014, 1 200 médecins de France métropolitaine et des Antilles ont signé un appel à gérer plus rigoureusement l'épandage des pesticides compte tenu des risques accrus que ces derniers provoquent en terme de maladie de Parkinson, cancers de la prostate et certains cancers du sang chez les professionnels exposés, de malformations congénitales chez les enfants des femmes exposées pendant leur grossesse, infertilité, obésité, puberté précoce pour l'ensemble de la population.

La ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, vient enfin d'annoncer la mise en place d'une stratégie, approuvée à la quasi unanimité (avec seulement 4 abstentions) par le Conseil national de le transition écologique. Il y est question d'accélérer la recherche, d'améliorer l'expertise, de soutenir l'innovation et la substitution des perturbateurs endocriniens par des produits non toxiques. Il y est question d'intervenir au niveau européen pour encadrer ces substances. Et des décisions concrètes ont été prises : éliminer le bisphénol A des tickets de caisse, lancer une expertise sur cinq substances en 2014, cibler dans les jouets les contrôles sur les phtalates et accélérer la substitution du bisphénol A.
Il était temps ! Il faut saluer l'initiative mais ce n'est qu'un début. Espérons qu'il ne faudra pas encore dix ans pour que les mesures soient suivies d'effets.

Franck ArguillèreDans les écoles de la république, il y avait des cours de cuisine pour les filles et des cours de bricolage pour les garçons. C'était dans les années 1950 et tout le monde se gaussait de la vieillerie. On s'est donc réjouit de l'avènement de la modernité quand ils ont été supprimés. Aujourd'hui, avec un peu de recul, on peut considérer que l'erreur a été lourde. Il aurait été évidemment nécessaire de les rendre mixtes l'un et l'autre. Mais ce qu'on considérait à l'époque comme le comble de la ringardise, au même titre que les cours de morale, est devenu aujourd'hui l'un des besoins essentiels de notre société. Comment changer une prise électrique ou réparer une machine à laver, comment mitonner une poule au pot ou un gratin d'endive… Sur toutes ces questions, on ne compte plus le nombre de livres, d'émissions TV, de sites internet (dont le nôtre), preuve que le manque est grand.

D'autant qu'il y aurait aujourd'hui une discipline plus générale à laquelle il serait vital de former les futurs citoyens : la consommation. Apprendre à lire une étiquette, à reconnaître les bons produits, distinguer les labels, repérer le made in France, comprendre les enjeux de santé de l'alimentation, les conséquences du rapport de forces entre les producteurs et les distributeurs… Voilà qui nécessite une solide formation et représente un élément majeur de la démocratie. Faire ses courses à Auchan, à Naturalia ou au marché du coin, choisir des produits transformés ou bruts, conventionnels ou bio, équitables ou non, de grandes marques ou de marques de distributeurs, c'est, comme je l'ai souvent écrit ici, un acte profondément politique au sens noble du terme. On vote à chaque achat et notre comportement n'engage pas moins que l'avenir de notre agriculture et de notre industrie ainsi que les relations nord-sud. Rétablissons donc dans nos collèges et nos lycées des cours mixtes cuisine/bricolage avec la belle ambition de former les consomm'acteurs de demain ! 

Franck ArguillèreLe changement est en route et il aura des impacts importants sur notre vie quotidienne. Il n'est pas question ici du "changement c'est mantenant" ni du changement de gouvernement et de la valse des maroquins (sans mauvais jeu de mots). Ce changement-là est climatique et le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dans le dernier rapport qu'il vient de publier, est à son propos encore plus alarmiste que dans le précédent rapport qui date de 2007. Des régions méditerranéennes en surchauffe, des zones côtières fréquemment et abondamment inondées, des afflux de réfugiés climatiques provoquant des risques majeurs de conflits dans un monde où l'écart se creusera encore plus entre la richesse et la pauvreté… Le tableau se précise d'autant plus que c'est déjà, depuis quelques décennies, un commencement de réalité.

Les échecs successifs des négociations internationales sur le climat ces dernières années ne laissent pas présager un résultat très encourageant à l'issue de la conférence de Paris en 2015.
Pourtant, après une période plutôt marquée par le scepticisme, on sent revenir un début de prise de conscience. Un frémissement. L'ampleur des inondations que nous avons connues cet hiver en Bretagne ainsi que les pics de pollution sur l'ensemble du pays au mois de mars y sont sans doute pour quelque chose.
Comme le disait Jean Monnet : "Les gens n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise." Ce qui était vrai à l'époque pour la construction européenne l'est aussi en matière d'écologie et il faudra probablement encore beaucoup de catastrophes naturelles pour que, sous la pression de l'opinion, l'action des pouvoirs publics soit à la hauteur des enjeux. 

Franck ArguillèreMesure bien tardive, la circulation alternée décrétée le 17 avril dernier, corrélée avec la gratuité des transports en commun, a eu pour mérite de montrer que le civisme progresse dans la capitale. D'après le Ministère de l'Écologie, 90 % des véhicules en circulation portaient une plaque impaire et les embouteillages du matin ont diminué de 62 % par rapport au lundi précédent. Les esprits seraient-ils en train de mûrir ? Cette adhésion des citoyens est un phénomène intéressant qui devrait inciter les pouvoirs publics à mettre en œuvre en amont un plan global sur la qualité de l'air, non seulement en direction de l'automobile et des transports en général mais aussi du chauffage au bois et des activités industrielles ou agricoles générant des particules polluantes.

Des mesures de bon sens
Pour ce qui est des transports, puisqu'il semblerait qu'ils soient majoritairement (à 48 %) responsables de la pollution aux particules fines, il y a l'embarras du choix. Beaucoup de mesures de bon sens ont été évoquées : abandon progressif de la fiscalité incitative pour le diesel, développement des bornes de recharge pour les voitures électriques, mise en place de grands parkings gratuits aux portes des grandes villes, réglementation de l'accès à certaines zones urbaines, commande systématique de véhicules électriques pour les flottes des collectivités, acquisition de transports en commun non polluants, etc.
Sur le dernier point, on ne peut qu'être interloqué par le fait qu'en 2014 la RATP prévoit d'acheter encore 325 bus diesel (Reporterre : Pollution de l'air, les gouvernements s'en fichent) !

Notre santé est en jeu
Chaque année, on estime à plus de 40 000 morts prématurées en France les effets de la pollution atmosphérique (rapport CAFE de la Commission Européenne). Les particules fines, d'un diamètre inférieur à 10 micromètres (les PM10) voire 2,5 micromètres (les PM2,5), pénètrent dans nos poumons et provoquent des insuffisances respiratoires, asthme, bronchite, ainsi que des cancers (voir notre interview cette semaine du Professeur Dominique Belpomme : Les maladies liées à l'environnement). L’alerte est lancée lorsque la concentration en PM10 est supérieure à 80 microgrammes de particules par mètre cube d’air. Pendant deux semaines nous avons eu plus de 30 départements en alerte et des pics à 110 microgrammes et plus avec pour seule réponse quelques mesurettes de circonstances… Il était temps d'agir et le succès de l'opération devrait donner confiance aux décideurs.
Sauf à considérer qu'il faut attendre que les catastrophes se produisent et que les gens descendent dans la rue avant de mettre en œuvre les politiques publiques adaptées. 

Franck ArguillèreNous sommes nombreux à avoir plein de bonnes et de mauvaises raisons d'habiter en ville. Alors que nous nous déclarons amoureux de la nature, bien sûr. Du reste, nous nous extasions, dès que nous passons un week-end à la campagne, sur la pureté de l'air et la beauté des paysages. Et nous rentrons vite pour retrouver la dose de CO2 qui nous est injectée plus de 300 jours par an.
Il ne serait donc pas illogique de nous préoccuper de notre cadre de vie quotidien et de voir dans quelle mesure il correspond à nos valeurs. À quoi ressemble donc une ville idéale ? Terra Eco a fait un sondage sur cette question et a dressé, avec des données statistiques, un palmarès des villes durables.

Voici donc pour la majorité des Français, selon le sondage, le profil de la perfection urbaine : on respire un air pur, il y a plein d'espaces verts, tout le monde a un travail, pas trop d'inégalités au niveau des ressources et le lien social est fort.
Le résultat du palmarès, établi avec des éléments chiffrés objectifs, est surprenant. On aurait pu attendre en tête Bordeaux, Nantes ou Montpellier qui ont bonne presse auprès de l'opinion. En réalité c'est Rennes qui arrive en premier avec un faible taux de chômage et une vie associative dynamique, puis Grenoble, plutôt égalitaire, et Besançon pour ses jardins et la qualité de son air. Bordeaux et Nantes (respectivement 7e et 8e) arrivent tout de même dans le top 10. Paris (13e) et Montpellier (19e) ne sont pas bien placés. Quant à Marseille et Le Havre, ce sont les lanternes rouges du classement.

Il y a de multiples paramètres qui peuvent permettre d'expliquer ces disparités, dont l'histoire et la sociologie. Mais la gestion des équipes municipales y a une part qui est loin d'être négligeable.
À l'approche des élections, il n'est donc pas inutile de regarder attentivement le programme des candidats, de voir dans quelle mesure ils pourraient transformer notre cité en ville idéale, de se faire une opinion et d'aller mettre son bulletin dans l'urne. Il ne faudrait pas que notre mauvaise humeur, parfois justifiée en regard de l'actualité nationale, nous détourne du bureau de vote. C'est la qualité de notre vie quotidienne qui en dépend : ne pas voter peut provoquer un maire grave.

Franck ArguillèreOn le sait mais on a toujours tendance à détourner la tête : les élevages intensifs d'animaux constituent un crime contre la vie et relèvent de pulsions tortionnaires. Sans une certaine dose de masochisme, il est difficile de regarder dans la durée les reportages sur ces grands bâtiments high tech où grouillent des bestioles faméliques et affolées, vaches, veaux, poules, cochons… Et les poissons ne sont pas mieux lotis, comme le montrait tout récemment l'excellent (et effrayant) documentaire sur France 5, Du poisson pas si bon. Ce mode de production n'est tenable ni en terme de santé publique et de respect de l'environnement, ni en terme moral.

On le sait mais on a toujours tendance à l'oublier : le mouvement de la société humaine, du fait de sa démographie galopante, va, quoiqu'il arrive, vers une moindre consommation de viande et de poisson. Si nous sommes raisonnables et plus partageurs qu'aujourd'hui, nous serons demain en grande majorité au minimum semi-végétarien, ce qui veut dire que nous aurons renforcé nos apports en végétaux et que nous mangerons parfois un peu de viande ou de poisson d'élevage bio (le seul label à tenir un cahier des charges acceptable). Nous serons souvent végétarien, en ne consommant pas de chair animale mais en acceptant le lait, les œufs, le fromage… Voire végétalien en ne mettant que des végétaux à nos menus.

Alors pourquoi ne commençons-nous pas dès maintenant ? Sans doute parce que, comme dit Edgar Morin, "à force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel". Mais pas seulement. En matière d'alimentation tout n'est pas si simple, beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte.

Nous sommes de moins en moins nombreux, surtout lorsqu'on évolue en dehors de tout intégrisme religieux, à accepter l'idée qu'il puisse y avoir des interdits alimentaires autres que l'anthropophagie, pour laquelle il faut reconnaître que les sollicitations sont rares.
Restent nos habitudes culturelles, nos traditions culinaires, nos représentations inconscientes : elles ont déjà évolué et évolueront encore mais la société a suffisamment de motifs de division pour ne pas en plus s'écharper entre carnivores, omnivores, végétariens ou végans. Et nous serions bien inspirés de ne pas mettre à l'index les uns ou les autres en fonction du contenu de son assiette.
Reste aussi notre flore intestinale : nous savons aujourd'hui que nous appartenons chacun à des groupes différents de microbiotes intestinaux et que le régime qui convient aux uns ne correspond pas forcément aux autres. D'autant que nos propres besoins ne sont pas les mêmes aux différents âges de notre vie : nous sommes plus carnivores à certains moments qu'à d'autres.
Nous allons donc globalement vers une alimentation peu carnée, qui respecte la planète et le bien-être animal, mais il est vital de laisser faire le mouvement dans la tolérance et la diversité. 

Franck ArguillèreToujours en tête des causes de mortalité en France avec 148 000 victimes en 2012, le cancer fait l'objet d'un troisième plan qui a été lancé ces jours-ci à grand renfort médiatique. Il ne faut pas se voiler la face, malgré les progrès constants de la médecine, l'épidémie explose. On le voit malheureusement autour de nous : qui n'a pas un proche qui a été ou est touché par cette maladie ? Heureusement, il y a quelques bonnes nouvelles…
La première c'est que les cancers les plus courants, prostate chez l'homme et sein chez la femme, sont aujourd'hui plus souvent soignés et guéris.
La deuxième c'est qu'environ 40 % des cancers pourraient être évités, dixit l'Institut National du Cancer. Comment ? En pratiquant une activité physique régulière, en arrêtant le tabac, en modérant sa consommation d'alcool, en évitant la surexposition aux rayons UV, en favorisant dans son alimentation les facteurs nutritionnels protecteurs…

Dommage que les autorités n'aillent pas jusqu'au bout du raisonnement. Les pollutions environnementales seraient en cause dans la progression constante de la maladie, inclues depuis quelques années les ondes électromagnétiques, selon Dominique Belpomme, cancérologue et président de l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse). C'est aussi la thèse de l'ONG Réseau Environnement Santé (RES), qui dénonce la focalisation sur le tabac alors que "les connaissances scientifiques actuelles montrent le rôle majeur joué par les perturbateurs endocriniens".

En matière de prévention, l'effort principal devrait donc porter aujourd'hui sur une mobilisation nationale pour réduire les pollutions dans tous les secteurs d'activité.
En attendant la lente maturation de la pensée collective, nous pouvons chacun à notre échelle tenter de bannir le plus possible dans notre consommation les produits contaminés par les substances toxiques en privilégiant par exemple le bio. Mais encore faut-il que nous acceptions d'ouvrir les yeux sur une réalité pas toujours agréable, que nous nous mettions en mouvement et que nous consentions à changer nos habitudes !