L'agroforesterie, agriculture du futur ?

L'agroforesterie, agriculture du futur ?

L'association des arbres avec des cultures et/ou des animaux apparaît aujourd'hui comme l'un des modèles les plus vertueux en matière d'agroécologie.

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Sommaire

- Association d'arbres et de cultures ou d'animaux
- Les cultures sous couvert arboré
- Les agroforêts
- L'agroforesterie en disposition linéaire
- L'élevage agroforestier
- L'agroforesterie séquentielle
- Choisir les arbres
- Changement climatique : atténuation et adaptation

De nos jours, force est de constater que les sols de nos espaces agricoles sont à bout de forces. Il a suffit de plusieurs décennies d'engrais minéraux, d'herbicides et de pesticides, sans parler des remembrements et des labours…
"En introduisant des arbres dans les champs et les paysages ruraux, l'agroforesterie remet les choses en place et permet à l'agriculture du futur de repartir sur de bonnes bases en redonnant vie à la terre"*, affirme Emmanuel Torquebiau, chercheur émérite au CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) et spécialiste en agroforesterie.

Association d'arbres et de cultures ou d'animaux
"L’agroforesterie est l’association d’arbres et de cultures ou d’animaux sur une même parcelle", selon le ministère de l'Agriculture.

Le concept est né dans les années 1970, de l'observation d'un groupe d'experts internationaux spécialisés dans les forêts tropicales et sensibilisés aux menaces qui pesaient sur ces dernières.
Face aux impasses de l'agriculture conventionnelle, des agroforesteries ancestrales ont fait la preuve de leur durabilité et ouvrent la voie à des nouvelles formes d'agroécologie (voir : Une agriculture pour nourrir l'humanité). L'une d'entre elles, la permaculture, partage avec l'agroforesterie un certain nombre de principes : permanence, processus cycliques, résilience face aux aléas, interactions écologiques, importance de la biodiversité, durabilité… (Voir : Profession : maraîcher en permaculture)

Il existe de nombreux systèmes agroforestiers. Emmanuel Torquebiau a choisi de les classer en cinq grandes catégories…

Les cultures sous couvert arboré
La première de ces formes agricoles est caractérisée par de grands arbres qui surplombent les cultures. Elle est très courantes dans les fermes africaines, les zones tropicales d'altitude, les îles du Pacifique, les vergers des pays tempérés… Le café, le cacao et certaines plantes à tubercules, notamment, ont besoin de ces arbres d'ombrage.

Les agroforêts
Ce sont des associations complexes de nombreuses espèces, le plus souvent s'étageant sur de multiples niveaux et parfois avec des animaux : jardins agroforestiers orientés vers la production vivrière, agroforêts villageoises tournées vers les cultures commerciales, forêts domestiques… On les trouve notamment en Indonésie, en Tanzanie, au Cameroun, au Brésil ou dans les pays tempérés (forêts-jardins, forêts comestibles ou nourricières).

L'agroforesterie en disposition linéaire
Dans cette troisième forme, les arbres apparaissent selon des alignements dans le paysage rural. C'est le bocage de Normandie, de Vendée et de certaines régions d'Afrique. Ce sont des haies séparant des parcelles ou en courbes de niveau. Ce sont aussi des brise-vents, des cultures en couloirs, des ripisylves (formations boisées sur les rives d'un cours d'eau)…

L'élevage agroforestier
Certaines techniques associent arbres et animaux ou production fourragère. Dans le cas du sylvopastoralisme, les animaux sont élevés dans un environnement arboré ou consomment des produits des arbres. C'est le cas dans de nombreux pays, notamment du Sahel jusqu'à l'Asie centrale, où les troupeaux de bovins, d'ovins, de caprins ou de camélidés pâturent sur des terrains boisés.
En Espagne ou au Portugal, sous des chênes, on élève des porcs et l'on cultive des céréales. Lorsque des cultures saisonnières sont ainsi incluses dans l'association, on parle d'agrosylvopastoralisme.

L'agroforesterie séquentielle
Dans cette forme agricole, les arbres et les cultures se succèdent dans le temps, totalement ou partiellement, comme dans l'agriculture sur brûlis ou les jachères plantées d'arbres.

Choisir les arbres
L'un des enjeux de l'agroforesterie est de faire un choix judicieux des espèces à associer. En la matière, une méthode a fait ses preuves : la régénération naturelle assistée. C'est, selon Emmanuel Torquebiau, la technique la plus simple et la plus directe pour donner leur meilleure chance aux arbres.
"Il suffit d'un œil exercé pour repérer ce qui a germé ou poussé tout seul et fera l'agroforesterie de demain : en protégeant et en accompagnant cette renaturation spontanée, on obtient les plus beaux arbres, issus des meilleures graines adaptées aux conditions locales, en bonne santé est bien enracinés."*

Changement climatique : atténuation et adaptation
À l'arrivée, les atouts sont nombreux. Ce sont les productions générées par les arbres (voir encadré). Ce sont aussi les capacités d'optimisation des mécanismes de synergie écologique, comme la protection contre le vent et les excès du soleil, les interactions entre les plantes ou encore l'amélioration de la rétention de l'eau sur les parcelles.

L'un des intérêts majeurs de l'agroforesterie concerne en effet le changement climatique. Les arbres et les forêts sont des "puits de carbone" naturels. De plus, l'agroforesterie permet de mettre en place des systèmes agricoles économes en engrais et en produits phytosanitaires : les arbres champêtres peuvent abriter de nombreux auxiliaires de cultures, limiter dans les champs les ravageurs et la végétation spontanée. Grâce à elle, les terres agricoles peuvent devenir plus résilientes.
"Il y a dans les pratiques d'agroforestières un remarquable simultané d'atténuation et d'adaptation."*

 

*Le livre de l'agroforesterie, Comment les arbres peuvent sauver l'agriculture, Emmanuel Torquebiau, éditions Actes Sud

 En savoir +

Les productions issues de la forêt

Au-delà du bois et de la pâte à papier, la liste des productions issues de la forêt est longue :
- exsudats des arbres (gommes, huiles, latex, médicaments),
- colorants,
- noix comestibles ou oléagineuses,
- fruits boissons,
- huiles essentielles,
- tanins,
- fibres diverses,
- produits des écorces,
- fourrage pour les animaux,
- miel et autres productions des abeilles…*

1/3
des sols de la planète
sont érodés au point de
devenir stériles
en 2021
(source : Ipes-Food)*

3,3 milliards
de personnes
sont touchées
par l'érosion du sol
en 2021
(source : Ipes-Food)*

20 %
de la surface agricole en France
sont touchés par l'érosion du sol
à cause du ruissellement de l'eau
en 2019
(source : Ministère Transition éco.)*