Pour une agriculture urbaine

Pour une agriculture urbaine

Les activités agricoles en milieu urbain apportent de nombreuses solutions aux problèmes de la cité. Mais encore faut-il parvenir à résoudre un certain nombre de difficultés, notamment au niveau de la pollution des sols.

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Sommaire

- Pour la résilience des villes
- Recréer du lien
- Des réseaux citoyens
- Une portée mondiale
- Des problèmes à traiter
- Se donner du temps

Au 19e siècle circulait l'idée loufoque qu'il "faudrait construire les villes à la campagne, l'air y est plus sain" (citation souvent attribuée à Alphonse Allais, en réalité d'un certain Jean-Louis-Auguste Commerson). Aujourd'hui, il semble très raisonnable d'introduire la campagne dans les villes. L'ONU et la FAO (Food and Agricultural Organization) ont même préconisé le développement de la production agricole en ville pour répondre aux besoins des pays pauvres.

Pour la résilience des villes
À vocation commerciale ou non (sociale, éducative), sous forme de maraîchage sur les toits ou sur les façades, de caves à champignons ou à endives dans des parkings désaffectés, de jardins partagés, de fermes urbaines cultivant en pleine terre, d'écopâturage, de petit élevage (volaille, pigeons, lapins, poissons…), d'implantation d'arbres fruitiers… L'agriculture urbaine est devenue, semble-t-il, l'alpha et l'oméga de la ville de demain. Beaucoup d'écoquartiers ont ainsi intégré une ferme dans leur projet.

"L’agriculture urbaine constitue un outil de choix au service de la résilience des villes", affirme le CESE (Conseil économique social et environnemental) dans un texte adopté en juin 2019.

Recréer du lien
Son succès auprès des habitants et de leurs élus peut s'expliquer par une longue liste de bonnes raisons : les enjeux de transition écologique, de gestion des eaux pluviales, les problèmes d'approvisionnement alimentaire en période de crise (notamment sanitaire), l'envie de circuits courts, la réinsertion de jeunes en difficultés, l'éducation à l'environnement, l'amélioration du paysage urbain, le besoin de pratiquer une activité physique saine et modérée comme le jardinage, de récréer du lien social, de renouer des liens avec la nature…

Des réseaux citoyens
Des expériences ont ainsi été lancées en France depuis les années 1990. Il existe une centaine de jardins partagés à Paris, près de 200 à Lyon. Le réseau JTSE (Jardin dans Tous Ses États) s'est créé en 1997 pour favoriser la mise en œuvre par les habitants des jardins partagés.
Depuis 2000, le réseau Terres en villes regroupe les territoires qui se sont engagés "dans la recherche d’un aménagement et d’un développement durable équilibré, qui intègre la mise en place de politiques agricoles et forestières périurbaines".

Une portée mondiale
Il s'agit en réalité d'un mouvement citoyen de réappropriation de l'espace urbain. Sa portée est mondiale.
Dans les pays industrialisés, en Allemagne, au Canada ou aux États-Unis, c'est une revendication pour une meilleure qualité de l'alimentation et du cadre de vie. Un récent sondage révèle que 42 % des habitants de Montréal pratiquent l'agriculture urbaine*.

Dans les villes d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, c'est une stratégie de subsistance alimentaire et de survie pour une population en situation de pauvreté. La place des femmes y est très importante. À Cuba, plus de 50 % des produits maraîchers consommés par les habitants de la Havane sont cultivés à l’intérieur de la ville*.

L'agriculture urbaine représentait en 2016 environ 70 millions d'hectares cultivés à l'intérieur des villes**.

Des problèmes à traiter
Le succès des projets dépend tout d'abord des difficultés d'accès au foncier, compte tenu de son manque de disponibilité et de son coût élevé en milieu urbain. La pression de l'urbanisation et de l'artificialisation vient exercer une contrainte constante.
Les problèmes de nuisances ou de dérangement pour le voisinage doivent être pris en compte (cris d'animaux, pollinisation allergisante…).
D'autres difficultés sont dues à la surfréquentation des espaces avec les risques de délinquance qui sont liés : il faut songer à sécuriser les volumes végétalisés.
Enfin la qualité des productions alimentaires de l'agriculture urbaine dépend pour beaucoup des pollutions des sols fréquentes dans les villes (voir encadré).

Se donner du temps
Sur ce dernier point, les experts de l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) soulignent le manque de connaissance que nous avons aujourd'hui de la qualité des sols urbains.
"Comparés aux sols agricoles ou forestiers, les sols urbains restent à ce jour des milieux peu connus"***. Les recherches sont encore balbutiantes, selon eux.
Ils proposent donc de "se donner le temps", de mieux connaître les sols "pour prendre des décisions, non plus par position idéologique, mais en fonction de l'avancée des connaissances"***.

 

Sources :
Ministère de l'agriculture et de l'alimentation : Pour le CESE, l'agriculture urbaine est un outil déterminant pour des villes durables
*Collectivités Viables : Agriculture urbaine
**Wikipédia : Agriculture urbaine
***Les sols urbains sont-ils cultivables ?, C. Mougin, F. Douay, M. Canavese, T. Lebeau et E. Rémy, éditions Quae

 En savoir +

Pollution des sols urbains

Les sources sont multiples et dues à des héritages historiques :
- venant de la gestion (ancienne et contemporaine) des déchets et des boues d'épuration (urines et excréments),
- résultant de contaminations dues à l'industrie (substances chimiques potentiellement toxiques) ou à l'agriculture (pesticides).

Les experts de l'INRAE avertissent que nous n'avons aucune idée des effets cocktails que ces polluants cumulés peuvent avoir sur la santé humaine, en cas de consommation d'aliments issus de sols contaminés.***