Sortir du burn-out

Sortir du burn-out

Malheureusement de plus en plus fréquent dans le milieu professionnel, le burn-out peut devenir pour certains une opportunité de résilience personnelle. Et si la reconstruction permettait de se positionner dans le monde du travail plus en accord avec ses valeurs fondamentales ?

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Sommaire

- Résilience personnelle
- Intérieurement consumé
- Réagir rapidement
- Une méthode de reconstruction à 2 axes
- Se faire aider
- Travailler sur ses croyances limitantes
- Trois questions

Stress chronique lié au travail, selon l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le burn-out est malheureusement devenu un phénomène courant dans notre société. Selon Santé publique France, 30 000 personnes ont été touchées en 2019 dans l'Hexagone, chiffre probablement sous-estimé.

Le burn-out "démontre les dysfonctionnements dus aux conditions de travail et à la pression sur la charge de travail imposés par la logique gestionnaire et actionnariale"*, analyse Sabine Bataille, sociologue, coach et thérapeute.

Résilience personnelle
Devant l'épuisement professionnel, encore trop souvent considéré comme une faiblesse individuelle plutôt qu'organisationnelle, le management est souvent réticent à se remettre en question. La reconstruction est donc, la plupart du temps, le fait d'une résilience personnelle.
"Sortir du burn-out demande de la flexibilité psychologique, de la créativité et de l'humour dans la vie"*, explique Jean-Christophe Seznec, médecin psychiatre.

Certains considèrent même que cet épisode leur a sauvé la vie !
"Le burn-out n'est pas la fin de votre histoire mais le début d'une nouvelle"**, témoigne Chiara Carreno, cadre en entreprise, qui est passé par là et partage son expérience.

Intérieurement consumé
Dans "burn-out", il y a bien l'idée de brûler. La métaphore illustre parfaitement le ressenti des personnes.
"Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, les ressources internes en viennent à se consumer comme sous l'action des flammes, ne laissant qu'un vide immense à l'intérieur, même si l'enveloppe externe semble plus ou moins intacte" (Rioux, 1996)*.

Réagir rapidement
Tout s'arrête. On est obligé de laisser le monde tourner sans nous. Arrive alors un sentiment d'inutilité et de solitude. L'honneur est atteint, il faut alors faire face à un "chagrin d'honneur".

Sabine Bataille propose de réagir au plus vite avec une technique "RADD".
1) Réaliser son état au niveau fatigue.
2) Accepter de recevoir un conseil extérieur.
3) Dire OK ! Redécouvrir le bon sens, préserver le noyau de ses valeurs.
4) Décider ou co-décider avec quelqu'un.
C'est le moment, selon elle, d'accepter une prise en charge médico-psychosociale ou thérapeutique.

Une méthode de reconstruction à 2 axes
Sa méthode de reconstruction comporte un axe du temps et un axe de l'espace.
Le premier permet de passer du temps quantitatif au temps qualitatif : de l'avoir à l'être, du temps pour l'autre au temps pour soi, de la culture des résultats à celle des moyens, de l'importance de la destination à celle du chemin, du court terme au long terme, du job bien payé et valorisant au boulot intéressant et utile…
Le second axe décrit une progression dans l'espace qui évolue du lieu de soin à l'aire d'intégration en passant par l'espace de convalescence, le lieu de repos, le repaire, les aires de réflexion et de projection… Au final l'aire de "jeu" devient l'ère du "je", la renaissance et l'affirmation de soi.

Se faire aider
Chiara Carreno estime "primordiales" un certain nombre d'actions (voir encadré) et notamment le fait de consulter, de faire un check-up général pour vérifier que la machine fonctionne correctement. Puis de se faire aider : psychiatre, psychologue ou psychanalyste, il y en a pour tous les goûts. Il faut faire son marché et choisir celui ou celle en face de qui l'on se sent bien. On peut aussi aller vers l'EMDR, l'EFT ou toute autre discipline qui convient. C'est le cadre idéal pour un moment de parole uniquement centré sur soi et pour démarrer un travail en profondeur.

Ce travail commence, selon elle, par l'étude de soi : reconnaître et accepter ses émotions, notamment la peur. Puis établir un état des lieux, faire sortir les événements négatifs de sa vie, identifier ce qu'on aurait aimé qu'il se passe, ce qu'on a appris de positif du passé.

Travailler sur ses croyances limitantes
Repérer ses croyances limitantes est un exercice fondamental lorsqu'on cherche à éviter les schémas répétitifs.

Exemple de croyance limitante : "être en désaccord, c'est être en conflit".
On peut tenter d'examiner une croyance assouplie : "être en désaccord ne signifie pas forcément que l'on est en conflit".
On peut confronter cette dernière croyance à un exemple dans son entourage : "mon père a voté PS et ma mère écolo. Ils respectent le choix de chacun et ne semblent pas en conflit".
On peut même trouver un exemple personnel allant dans le même sens : "mon mari me préfère avec les cheveux longs. Moi je me préfère avec les cheveux courts. Nous ne sommes pas du même avis mais nous nous aimons quand même"**.

Trois questions
Illustration parfaite d'un passage du temps quantitatif au temps qualitatif, Chiara Carreno propose de commencer le planning de sa semaine par les rendez-vous avec soi-même, puis ceux avec les gens qu'on aime, puis les obligations.

Son dernier conseil : se poser trois questions.
Est-ce que je suis bien où je suis ?
Est-ce que je suis bien avec qui je suis ?
Est-ce que je suis bien avec ce que je fais ?

S'il y a un ou plusieurs "non" dans les réponses, il faut changer quelque chose, afin d'être toujours en accord avec soi-même, entouré des bonnes personnes et de faire des choses qui permettent d'être heureux en toute circonstance.

 

Sources :
*Se reconstruire après un burn-out, Sabine Bataille, InterEditions
**Balance ton burn-out !, Chiara Carreno, éditions Gereso

 En savoir +

Des "actions primordiales"

Respirer
"Prenez une grande inspiration par le nez, gonflez bien le ventre durant environ cinq secondes, puis soufflez doucement par la bouche environ cinq secondes également, puis contractez les abdominaux à la fin pour expirer le maximum d'air", conseille Chiara Carreno. "Faites cela plusieurs fois, doucement, jusqu'à ce que vous vous sentiez un peu plus calme. Essayez de faire cela le plus souvent possible, du moins au début."**

Dormir
Supprimer les écrans une heure avant de dormir, si besoin changer de literie, faire de sa chambre un coin douillet, l'aérer régulièrement, y bannir les appareils électriques, y faire le noir, ne pas hésiter à mettre des bouchons d'oreille pour dormir, déposer deux ou trois gouttes d'huile essentielle de lavande vraie sur l'oreiller…
"Vous devez rester dans votre grotte, au calme."**

Se détendre
Faire des activités relaxantes : lire, dessiner, colorier, jouer, regarder une série télé, un film, pratiquer une activité manuelle quelle qu'elle soit…
"Ne pensez plus ! Lâchez prise ! Acceptez ce qu'il se passe, acceptez votre état !"**

Donner de l'énergie à son corps
Il est important de revoir son alimentation pour donner un carburant positif à son corps. L'idée est de renforcer la part des fruits et légumes, d'éviter les aliments ultra-transformés, les céréales et les sucres raffinés.
"Prenez également du jus de citron avec un peu d'eau tiède et une cuillère de miel plusieurs fois par jour, comme un thé."**

Bouger
Au début, un vélo d'appartement, un tapis roulant ou des séances de yoga en ligne peuvent permettre de ne pas affronter le monde extérieur.
"Le yoga a même soulagé les vertiges que j'avais, ce qui me paraissait vraiment paradoxal, vu que dès que je penchais la tête, j'avais un vertige…"**, témoigne Chiara Carreno.
Il est possible ensuite de faire une marche à l'extérieur de chez soi. Il faut y aller progressivement : commencer par cinq minutes puis augmenter petit à petit.

Ranger, nettoyer
C'est ce qui aide à se structurer, à y voir plus clair dans sa tête. Commencer par les choses de base : vaisselle, lessives, poussière, aspirateur, serpillière. Puis ranger et nettoyer un tiroir ou un placard par jour.