Fabrique du doute, fausses études, scientifiques menacés et contraints au silence, lobbying intense pour maintenir la vente du glyphosate…
Ce scandale est raconté par la journaliste Aurore Gorius dans la BD "La Bataille du glyphosate".
Selon elle, l’alerte a été lancée dès les années 1980 par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis qui a interrogé le caractère cancérogène du glyphosate et conclu à sa dangerosité. Mais cette étude a été étouffée et n’a jamais été rendue publique. Le fabricant, Monsanto, a diligenté une étude parallèle s’appuyant sur les mêmes cobayes et a identifié des biais : l’une des souris était malade. Cette stratégie s’appelle la fabrique du doute. Il s’agit d’une arme redoutable et éprouvée qui consiste notamment à remettre en question en permanence les résultats des études susceptibles de nuire.
Une autre stratégie consiste à construire de la fausse science : des scientifiques de renom sont grassement payés pour signer de leur main de fausses études sur lesquelles ils n’ont jamais travaillé. Cela a été utilisé par Monsanto (mis en lumière par les Monsanto Papers) et, de la même manière, par les industriels du tabac ou des hydrocarbures.
En 2015, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate "cancérogène probable pour l’humain". Dans la foulée, ses experts ont été intimidés par la firme, mis sous pression avec des menaces de poursuites judiciaires à peine voilées.
À Bruxelles, pour influencer les décisions de l’Union européenne, un contrat de plus de 14 millions d’euros a été signé en 2016 par Monsanto avec l’agence de communication FleishmanHillard. L’une des techniques de cette officine étasunienne a consisté à créer de toutes pièces de fausses mobilisations spontanées. Au Salon de l’agriculture à Paris, elle a enrôlé des agriculteurs à leur insu en se présentant sous la bannière "Agriculture et Liberté". Jamais le lien avec Monsanto n’était mentionné.
Résultat : en 2017, le glyphosate était renouvelé pour cinq ans et en 2023, pour dix ans. Alors que les données scientifiques démontrant sa dangerosité continuent de se consolider.
"C’est bien la preuve que toutes ces stratégies fonctionnent."
Aux États-Unis, des dizaines de milliers de procédures judiciaires contre Monsanto ont été ouvertes par des victimes de ce produit toxique. Un jardinier malade d’un cancer, Dewayne Johnson, a perçu 20 millions de dollars de dommages et intérêts. Le groupe Bayer, qui a racheté Monsanto en 2018, a décidé de signer un chèque global de 7,25 milliards de dollars pour négocier la fin de toutes ces procédures.
Source : Reporterre, Emmanuel Clévenot - 17/09/26
