C’est un tabou qui subsiste encore chez certains aujourd’hui. L’amour et la sexualité des seniors prend pourtant des formes nouvelles. Les contraintes liées à la modification des corps avec l’âge conduisent souvent à des relations plus riches.

Sommaire
- Une sexualité inimaginable hier
- Augmentation de la durée de vie sexuelle
- Un écart femmes/hommes
- De nouvelles formes de vie à deux
- Très amoureux
- Solitaire, pourquoi pas ?
- Sites de rencontre : en baisse
- Un corps qui se modifie
- Une relation plus riche
Il y a environ 23 millions de personnes de plus de 55 ans en France aujourd’hui, soit environ un tiers de la population totale. Et leurs situations affectives et intimes révèlent une très grande diversité (voir encadré).
“Certains multiplient les aventures et les rencontres, tandis que d'autres préfèrent une relation stable et unique”, constate Serge Guérin, sociologue. “Il en est aussi qui, par choix ou par nécessité, ne cherchent pas ou n’ont pas de relations ni sentimentales ni intimes. Et d'autres encore vivent en couple sans relations intimes charnelles.”*
Une sexualité inimaginable hier
Pendant longtemps, l’idée qu’il pouvait exister une sexualité chez les seniors était inimaginable. Les plus âgés (et notamment les femmes après la ménopause) ne pouvaient pas et ne devaient pas vivre une sexualité ou des relations intimes et tendres. Ils devaient se cantonner, s’ils avait la chance d’avoir des petits-enfants, à leur rôle de grands-parents.
Cette vision reste encore vraie aujourd’hui pour 43 % de la population (sondage Opinion Way de 2022) pour qui les relations intimes entre personnes considérées âgées restent taboues (50 % pour les 18-24 ans).*
Pourtant les baby-boomers, nés après la 2de guerre mondiale, après avoir réinventé la jeunesse dans les années 1960-70, ont inventé une autre manière d’aborder la vieillesse. En femmes et en hommes libres, sous d’autres formes de rapports amoureux, de sexualité, de relations intimes.
Augmentation de la durée de vie sexuelle
Avec l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé, certaines activités voient leur durée de vie augmenter dans les mêmes proportions : activité professionnelle, pratique artistique et sportive… Et faire l’amour.
Une enquête de l’Inserm de 2024 montre qu’entre 50 et 89 ans, 56;6 % des femmes et 73,8 % des hommes ont une vie sexuelle. Chez les septuagénaires, elles sont 43 % et ils sont 63,5 %. Chez les octogénaires : 11 % et 40 %.
“Une vie sexuelle qui n'implique pas nécessairement une pénétration vaginale, buccale ou anale… Les chercheurs fondent en large partie la notion de vie sexuelle sur le fait d'avoir eu au moins un rapport intime dans les 12 derniers mois précédant l'interview de la personne.”*
Pourtant, tous âges confondus, la tendance générale est à la diminution de l’activité sexuelle : 91 % des Français déclaraient en 2006 avoir eu un rapport sexuel au cours des 12 derniers mois, ils étaient 76 % en 2024. Curieusement, cette inflexion tient surtout aux comportements de la jeune génération.
Un écart femmes/hommes
L’écart des chiffres donnés plus haut entre les femmes et les hommes (qui tend à s’estomper chez les plus jeunes) peut surprendre. Il s’explique par plusieurs facteurs. Le principal d’entre eux est la différence de perspective dans la prise en compte des relations. Les femmes auraient tendance à ne compter que les partenaires et les moments intimes sujets à forte émotion alors que les hommes compteraient tout.
De nouvelles formes de vie à deux
La génération née après la guerre a commencé à expérimenter de nouvelles formes d’amour et de vie à deux.
Par exemple, on habite chacun chez soi et l’on se retrouve uniquement pour le meilleur : les activités communes et les moments intimes.
De nouvelles formes d’habitat émergent : colocations, habitat partagé, formules de béguinage (plusieurs habitations autour d’un espace commun), résidences intergénérationnelles…
Très amoureux
Un rapport de 2022 de l’association des Petits Frères des Pauvres cité par Serge Guérin montre que le fait amoureux ne prend pas de rides.
"Les deux tiers des seniors en couple se disent "très amoureux" de leur conjoint."*
91 % des seniors disent désirer leur compagne ou compagnon et 89 % disent se sentir désirés. Il y a certes une diminution du désir, mais seulement chez 24 % des 60-64 ans et 36 % des octogénaires.*
Solitaire, pourquoi pas ?
L’isolement est une situation très répandue, qu’on soit jeune ou vieux.
33 % des seniors en souffrent (39 % des 65-69 ans), selon l’enquête Ipsos/Cevipof “Fractures Françaises” de novembre 2025.
Il peut-être subi ou choisi. Beaucoup de personnes, après une ou plusieurs unions, préfèrent éviter le couple. Ils souhaitent vivre seuls ou éventuellement en compagnonnage amical. Chez les personnes vivant seules, plus de 87 % des septuagénaires entendent le rester et plus de 90 % des octogénaires.*
Sites de rencontre : en baisse
Pour celles et ceux qui souhaitent faire des rencontres, les sites et les applications ont fini par se banaliser mais connaissent une relative désaffection ces dernières années. La majorité des plus de 65 ans (51 %), se tournent vers les espaces de convivialité classiques : bars, cafés, dancings et discothèques, clubs de sport, activités de loisirs, clubs associatifs…*
Un corps qui se modifie
Évidemment les capacités physiques et cognitives évoluent avec l’âge.
Moins d’oestrogènes chez les femmes, ce qui ne diminue pas le désir mais contribue à rendre le vagin moins souple et lubrifié.
Baisse de testostérone chez les hommes ce qui diminue la libido et les capacités érectiles tant en puissance qu’en fréquence.
Mais il y a mille et une façon d’avoir des relations intimes…
"Faire l'amour ou avoir des relations intimes à un âge avancé reste possible", affirme Serge Guérin. "Rappelons aussi qu'il n'y a nul besoin de pénétration pour pratiquer un acte intime et/ou d’amour. (…) Bien sûr, les corps ont changé, comme les attentes, les imaginaires et les désirs. Pour autant, la sexualité n'a pas disparu. Elle s'est souvent muée tranquillement en tendresse."*
Une relation plus riche
La relation peut en effet s’enrichir grâce à l’absence de jugement, de hiérarchie, d'obligation. Davantage de consentement et de respect du choix de chacun, davantage d'humour.
"Et si possible, de la spiritualité. Qui n'a rien à voir avec la religion mais plutôt avec la manière d'être au monde, de vivre le monde.”*
Contrairement aux idées reçues, les seniors sont loin d’être des retraités du sexe et de l’amour.
*Quand le sexe n’a pas d’âge, Serge Guérin, éditions Michalon
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L’arrivée d’une “silver generation"
Il existe aujourd’hui plusieurs manières d’être senior…
- Les “seniors traditionnels” (environ un tiers) vieillissent comme leurs parents, de manière classique : conservateurs, centrés sur leur famille et sur leurs proches.
- Les “seniors fragilisés” (environ 10 %) sont celles et ceux qui connaissent des difficultés physiques, cognitives ou économiques et sont devenus insécurisés au niveau social et culturel (par exemple dans le numérique).
- Les “boomers bohèmes” (environ 40 %) ont commencé à réinventer la vieillesse : plutôt actifs, souvent aidants auprès de leurs proches, investis dans des associations…
- Les “boomers fragilisés” (environ 15 %) sont les mêmes que les précédents mais rencontrent des difficultés liés à l’âge ou à des problématiques économiques. Leur proportion augmentera très fortement à partir de 2031.
“Dans cette optique, ayons en tête que va arriver dans les toutes prochaines années en force cette “silver generation” issu de la culture individualiste et consumériste du confort et du service, et ayant vécu (sans nécessairement l'avoir choisi) des bouleversements technologiques, culturels, sociaux et économiques qu'aucune autre génération n'avait connus en une seule vie”*, analyse Serge Guérin, sociologue.
Les boomers ont déjà transformé de manière significative la manière d’aborder et de pratiquer les relations intimes et amoureuses. Il continueront dans le faire dans les années qui viennent.
