Malgré le pilonnage en règle qu’elles subissent dans les grands médias depuis quelques années, les médecines alternatives et complémentaires (MAC) poursuivent leur essor. Inoxydablement. 63 % des Français ont déjà consulté ou envisagent de consulter un praticien de MAC, selon un sondage réalisé par Médoucine, cette plateforme française de mise en relation entre particuliers et praticiens certifiés. Près de 90 % estiment que ces pratiques permettent d'améliorer leur bien-être. Et ils sont 80 % à souhaiter qu’elles soient mieux remboursées.
Les motifs de consultation sont, par ordre décroissant : la santé mentale et émotionnelle, les douleurs chroniques et les troubles musculo-squelettiques, le comportement alimentaire et les problèmes de poids, le sommeil, la santé féminine et reproductive… Les consultants sont très majoritairement des femmes et près de 50 % ont entre 35 et 55 ans.
Une étude des Echos qui vient d’être publiée, fait état d’un “boom de la naturalité”. Il existe un marché, porté par la phytothérapie et les probiotiques, qui se monte à plus de 2,1 milliards d’euros (+4,2 % sur 2 ans).
“Portée par l'attrait croissant des consommateurs pour les produits naturels, conjugué à l'élargissement de l'offre des laboratoires et aux innovations galéniques, la santé naturelle à l'officine devrait accélérer sa croissance au cours des cinq prochaines années."
La démarche demande cependant un changement de logiciel personnel pour le patient. Il ne s’agit plus d’aller chez un thérapeute comme un consommateur qui va au garage pour faire réparer sa voiture. Il s’agit de devenir, selon l’expression consacrée, “acteur de sa santé”. On cherche bien-sûr à se soigner mais surtout à comprendre, anticiper et reprendre la main sur son bien-être et sa qualité de vie.
La relation au corps devient plus globale, davantage tournée vers la culture du soin et de la prévention. Cette conception de la santé, dite “holistique”, prend en compte le vécu complet de la personne : corps, esprit, social, émotionnel, environnemental....
Au-delà des phénomènes de mode, cette évolution semble être une tendance lourde de la société. Aujourd’hui près d’un praticien de MAC sur deux (44 %) collabore avec des professionnels de santé (pour la plupart des médecins généralistes et des psys) et 54 % souhaiteraient aller plus loin dans cette voie. Le “care” et le ”cure” ont vocation à travailler main dans la main. Nous sommes inéluctablement en route vers une “médecine intégrative”.
Les autorités sont pourtant à la traîne et peinent à accompagner le mouvement, sans doute freinées par différents intérêts corporatistes à courte vue et certaines psycho-rigidités d’ordre idéologique.
À l’heure où l’on assiste à un lente dégradation du système de santé français et où un livre choc, Le Scandale des accidents médicaux (Marc Tadié, éditions Le Cherche-Midi), révèlent que les erreurs médicales causeraient 30 000 décès par an (ce qui en ferait la troisième cause de mortalité après le cancer et l’AVC), la coopération entre la médecine conventionnelle et les MAC devrait être encouragée, règlementée, organisée.
En France, la route est encore longue.
