Traumatismes : pourquoi et comment s'en défaire

Traumatismes : pourquoi et comment s'en défaire

Ils peuvent avoir des effets sur la personne qui les a vécues comme sur sa descendance. Le travail thérapeutique s'impose pour éviter que les traumatismes ne s'enkystent dans le psychisme et créent des troubles potentiellement graves au fil du temps.

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Sommaire

- Un impact pas toujours apparent
- Évènements impensables
- Les dangers de l'encapsulement
- Torsions du discours
- Résistances sociales
- Travail thérapeutique
- Transmission intergénérationnelle
- Reconstruction psychique

Il y a bien-sûr les tueries terroristes ou génocidaires, les guerres, les catastrophes naturelles, les viols, les incestes, les violences domestiques… Mais aussi les secrets de famille, les divorces et toutes sortes d'intrusions physiques ou psychiques dans la sphère intime.

Un impact pas toujours apparent
Les conséquences de ces traumas sur notre vie peuvent se manifester sous forme de troubles psychiques ou physiques, sous forme de comportements excentriques qui ne sont que de simples mises en dangers. Parfois ils n'apparaissent pas clairement à nos yeux mais se traduisent seulement par une sensation sourde, un mal-être, un vide, un sentiment d'oppression.
"Rares sont les patients qui réalisent pleinement les impacts des traumas psychiques dans leur vie", témoigne Yaelle Sibony-Malpertu, docteure en psychopathologie et en psychanalyse. "La nature du trauma est d'échapper farouchement à notre connaissance, du fait à la fois des défenses et des déficit de savoir."*
Il se peut en effet que les faits en question ne soient pas connus ou qu'ils soient l'objet d'un déni. Il se peut également qu'ils soient au contraire omniprésents, envahissants.

Évènements impensables
Dans tous les cas, il s'agit d'émergences d'évènements impensables, impossibles de se représenter. Ils sont enfouis dans l'inconscient. Ils peuvent avoir été vécus par la personne et faire l'objet d'une amnésie. Ils peuvent aussi être des processus de répétitions d'actes ou de situations vécues par des générations antérieures. Ils finissent par porter atteinte à l'intégrité psychique de la personne, attaquent sa vitalité et brouillent les repères nécessaires pour mener son existence.

Les dangers de l'encapsulement
Si on les laisse s'encapsuler, s'enkyster dans le psychisme, le risque est grand d'avoir à faire face à un phénomène "radioactif" de propagation et de destruction interne qui aboutit généralement à déliter les relations de la personne avec le monde extérieur.

Torsions du discours
Yaelle Sibony-Malpertu trouve absolument nécessaire de déconstruire le discours qui fonde l'emprise des auteurs d'agression traumatique, crime, viol, acte de torture physique ou psychique.
"Car nombre de prédateurs ont pour objectif de prendre de cours la pensée afin de la neutraliser dans des raisonnements pervers. Lorsque ces mécanismes sont bien repérés, cet objectif devient plus difficile à atteindre."* (Voir encadré)

Résistances sociales
La société se comporte souvent de manière assez peu éloignée de celle des prédateurs, en émettant des jugements moraux culpabilisateurs pour les victimes. C'est le cas notamment des femmes violées suspectées d'avoir été provocatrices voire un peu consentantes.
"Plutôt que de les soutenir, de les soigner en urgence et de poursuivre avec acharnement l'auteur du forfait, elles sont bien souvent réduites au silence."*
C'est un grand paradoxe : la collectivité dont un prédateur a cherché à détruire certains membres, se fait inconsciemment le relais de ses crimes "en ne secourant pas activement ses victimes, en les enfonçant dans la honte de ce qu'elles ont subi."*

Travail thérapeutique
Le travail thérapeutique doit intervenir dans un intervalle le plus proche possible de l'événement générateur, pour limiter la formation de symptômes plus importants.
Yaelle Sibony-Malpertu cite Dori Laub et Annette Auerhahn : "Un traitement immédiat est nécessaire pour empêcher l'encapsulement du trauma et mettre fin au cauchemar. En son absence, les souvenirs indélébiles créent une forme de vie parallèle"*.
D'où l'importance de l'intervention rapide d'un psychothérapeute disponible, accueillant, porteur d'espérance dans la guérison de son patient et affranchi du jargon technique médical anxiogène (voir : Rescapés d'attentats : les outils de la résilience).

Transmission intergénérationnelle
Dans certains cas, le trauma ne fait pas partie de l'histoire de la personne mais de sa préhistoire. Il se rattache à des contextes historiques souvent révolus, dans lesquels a vécu sa famille, son groupe d'appartenances ethnique ou social.
"Des symptômes, pourtant installés depuis de nombreuses années, peuvent ainsi se trouver modifiés par des liens transhistoriques et intergénérationnels faits en séance, souvent de manière inattendue. Revitalisés, certains patients prennent à nouveau des initiatives, réalisent des projets en suspens depuis longtemps."*

Reconstruction psychique
La psychothérapie permet l'émergence des éléments qui avaient été rendus inaccessibles, ce qui rend possible la reconstruction psychique. Néanmoins les marques laissées par les traumas ont creusé un sillon qui peut prendre du temps à disparaître. Le travail doit donc se poursuivre jusqu'à ce que le patient ait dépassé ses certitudes limitantes, ses généralisations négatives, autodépréciatives ou cyniques, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé sa capacité d'élaboration et de mise en image.

La reconnaissance d'une force de vie peut venir consolider cette reconstruction. Il faut des capacités exceptionnelles pour survivre à un viol, une prise d'otage ou un champ de bataille. Et lorsque le traumatisme est reçu en héritage, on peut aussi trouver des valeurs communes avec l'ancêtre ou le parent (voir : Ne plus subir son passé).
"Ainsi un patient qui survit à une expérience traumatique s'aperçoit que son père a lui-même survécu à une tentative d'assassinat ou à des bombardements ou que sa mère a survécu à un viol, etc. Cette capacité commune à survivre peut l'aider à se reconstruire."*

Ce cheminement du patient et de son psy permet ainsi "de fissurer et d'entamer la solitude dans laquelle un individu se trouve face à ses traumas"*.

 

Source :
*Se défaire du traumatisme, Symptômes post-traumatiques et transmissions familiales, Yaelle Sibony-Malpertu, éditions Desclée de Brouwer

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Le tour de passe-passe des tortionnaires

La tromperie habituelle chez les prédateurs consiste à désigner la victime comme coupable de l'agression.
"Dans le domaine des abus sexuels, ces échanges sont fréquents."* Témoin l'exemple de l'oncle incestueux qui dit à sa nièce : "si tu en parles à ta mère ou à quelqu'un de la famille, tu leur feras trop de peine, et ne te croiront pas. En plus, c'est toi qui m'a séduit avec tes charmes."

C'est le même phénomène lorsque certains tortionnaires demandent à leurs victimes de désigner qui doit mourir ou qui doit se faire violer. L'idée est toujours de graver chez la personne "qu'elle y est pour quelque chose dans le sort qu'elle a subi".