La lymphe : échanges et discrétion

La lymphe : échanges et discrétion

Fatigue, lourdeur, inflammation chronique voire lymphœdème, de nombreux troubles contemporains seraient liés à un drainage lymphatique déficient. Remettre le système en équilibre pourrait inspirer une certaine philosophie du soin : la médecine intégrative.

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Sommaire

- Eau, fontaine
- Liquide interstitiel
- Réseau de retour et de filtration
- Pas de pompe centrale
- Les mouvements du corps
- Les variations de pression 
- Des alertes de niveaux variables
- Ajuster les équilibres physiologiques fondamentaux
- Pour une médecine intégrative

Autrefois considérée comme un liquide secondaire, simple prolongement du système veineux, la lymphe est mieux connue aujourd’hui. On sait qu’elle joue un rôle central dans la régulation des échanges entre les tissus, le système immunitaire et la circulation sanguine. 
“Le système lymphatique appartient à ces réseaux discrets qui structurent silencieusement l'équilibre du corps”*, affirme Paul-Adrien Griveaud, ostéopathe.

Eau, fontaine
Du latin “lympha”, eau, fontaine, la lymphe est un liquide biologique blanchâtre ou jaunâtre dont la composition est analogue à celle du plasma sanguin. Elle n’est rien d’autre que du plasma filtré. Plus pauvre en nutriments que le sang mais plus riche en déchets, elle ne contient pas de globules rouges mais des globules blancs, notamment des lymphocytes, essentiels pour les défenses immunitaires.
Le corps humain contient environ 8 à 10 litres de lymphe (5 litres pour le sang).**

Liquide interstitiel
La lymphe est produite par sudation du plasma et des globules blancs à travers les parois des capillaires sanguins. Elle constitue ce qu’on appelle le liquide “interstitiel” (ou interstitium) dans lequel baignent les cellules qui y puisent une partie de leurs substances nutritives et y rejettent leurs déchets. 
Ce liquide interstitiel est ensuite à 90 % réabsorbé par les capillaires.
Les 10 % restant sont drainés par les vaisseaux lymphatiques, passent par les ganglions lymphatiques (au nombre de 500 à 600, situés dans le cou, les aisselles, le thorax, l’abdomen, l’aine) puis les troncs lymphatiques et retournent pour une partie dans la circulation sanguine via la veine sous-clavière (sous la clavicule) gauche, au niveau du coeur (canal thoracique), et pour le reste vers la partie supérieure droite du corps (canal lymphatique droit).

Réseau de retour et de filtration
Le système lymphatique est donc un réseau de retour et de filtration qui naît dans les tissus, s’organise en stations puis revient au système veineux.
Il assure le drainage des protéines et des déchets cellulaires présents dans l'espace interstitiel.
“La lymphe constitue un système de relations autant qu’un système de transport”*, précise Paul-Adrien Griveaud.
Elle participe à la régulation des fluides, à la surveillance immunitaire et à la résolution des processus inflammatoires. Elle relie les tissus à la circulation sanguine et organise des échanges constants entre les cellules et leur environnement.

Pas de pompe centrale
La lymphe circule lentement. Il n’y a pas de pompe centrale qui active sa circulation, comme le coeur pour le sang.
Dans sa progression interviennent plusieurs mécanismes…
Le premier est intrinsèque : les muscles lisses des parois des vaisseaux lymphatiques produisent des contractions qui participent à cette progression.

Les mouvements du corps
Le deuxième est mécanique et postural : la contraction des muscles squelettiques comprime les vaisseaux lymphatiques et favorise l’avancée du flux. 
Les changements de position modifient la pression et influencent la distribution des fluides. 
“L’activité physique stimule donc directement la circulation lymphatique.”*

Les variations de pression 
Le troisième est respiratoire : les variations de pression dans le thorax et l’abdomen liées à la respiration favorisent la remontée de la lymphe vers le canal thoracique. 
“Une respiration ample et diaphragmatique participe au drainage.”*
(Voir encadré)

Des alertes de niveaux variables
On comprend ainsi comment la sédentarité et le stress chronique peuvent ralentir la dynamique lymphatique, participer à un terrain inflammatoire chronique et à une sensation subjective de congestion.
Les alertes peuvent être modérées : sensation de lourdeur, de gonflement discret, de ralentissement de la récupération ou de densification tissulaire. Elles peuvent être aussi plus aigües : une accumulation de lymphe peut provoquer un lymphœdème, une augmentation durable du volume d’un bras ou d’une jambe, qui peut se compliquer d’infections, d’une perte de mobilité du membre atteint voire d’une diminution globale de la qualité de vie.

Ajuster les équilibres physiologiques fondamentaux
La prévention de ces dysfonctionnements repose sur un ajustement des équilibres physiologiques fondamentaux : mettre le corps en mouvement,  varier les postures, restaurer une bonne amplitude respiratoire, trouver son équilibre nutritionnel avec une bonne hydratation…
“Le système lymphatique, discret et diffus, rappelle que la santé repose en grande partie sur la qualité des échanges invisibles.”*

Pour une médecine intégrative
Une philosophie du soin pourrait s’inspirer de ces nouvelles connaissances sur le système lymphatique, selon Paul-Adrien Griveaud. 
“Soigner ne consiste pas uniquement à intervenir. Soigner suppose d'abord une présence.”*
Cela suppose la disponibilité, l’humilité et la vigilance du soignant.
À la puissance diagnostique et thérapeutique remarquable de la médecine contemporaine, il faut ajouter aujourd’hui une compréhension globale du terrain (physiologie, mode de vie, nutrition, gestion du stress, environnement social, qualité de la relation thérapeutique).
“Dans cette vision, le patient occupe une place centrale et active.”*
C’est ce qu’on appelle la médecine intégrative.


Sources : 
*La lymphe, science d’un lien, Paul-Adrien Griveaud, éditions Les 3 Colonnes
**Wikipédia : Lymphe

 En savoir +

Drainage lymphatique : un exercice simple de respiration

Cet exercice permet de stimuler le drainage lymphatique.
S’installer en position allongée ou assise, le dos soutenu, une main posée sur le thorax et l'autre sur l’abdomen.

Inspirer par le nez pendant 4 à 5 secondes.
Sentir la main abdominale se mobiliser en premier, laisser l'abdomen se déployer sans forcer. 
L'air entre, le diaphragme s'abaisse.
“Ce muscle en forme de dôme vient alors s’aplatir et descendre vers la cavité abdominale, augmentant la pression intra-abdominale”*, détaille Paul-Adrien Griveaud, ostéopathe.
Cette pression exerce une contrainte mécanique directe sur les viscères et sur les structures profondes, notamment une zone située en regard des premières vertèbres lombaires qui constitue un véritable carrefour lymphatique (base du canal thoracique), recevant la lymphe provenant des membres inférieurs et de l'abdomen.

Marquer une très légère pause. 

Expirer lentement par la bouche ou le nez pendant 6 à 7 secondes. 
Laisser l'abdomen revenir.
Le diaphragme se relâche et remonte passivement. La pression intra-abdominale diminue, créant un gradient de pression entre la cavité abdominale et le thorax. 
“Ce différentiel agit comme une aspiration, favorisant la remontée de la lymphe vers le canal thoracique puis vers la circulation veineuse au niveau sous-clavier (sous la clavicule). Ce cycle compression-décompression constitue une pompe respiratoire profonde, lente, régulière.”*
L'expiration doit être légèrement plus longue que l'inspiration, ce qui favorise l'activation parasympathique (ralentit le rythme cardiaque et réduit la tension artérielle). 

Répéter ce cycle pendant cinq minutes une à deux fois par jour. 

Vie Saine et Zen