Face à la tragique diminution des populations animales, on peut transformer nos jardins en refuges pour le vivant. Il suffit pour cela de s’inspirer de différents écosystèmes présents à l’état sauvage.

Sommaire
- Refuges pour le vivant
- Trois zones dans le jardin
- S’inspirer de la garrigue ou de la clairière
- Verticalité de la végétation
- S’inspirer des prairies
- Créer une mare d’eau
- S’inspirer des clairières et des bocages
- Bénéfices écologiques et psychologiques
Il y a urgence. Agriculture intensive (pesticides), urbanisation (artificialisation des sols)… En Europe, les populations d'insectes ont chuté de près de 80 % en seulement trois décennies. En conséquence, plus d'un tiers des oiseaux des campagnes françaises ont disparu depuis les années 2000 ! Le constat est le même pour de nombreuses espèces : grands ou petits mammifères, amphibiens ou plantes sauvages.*
Refuges pour le vivant
Et si, pour tenter de réagir à cela, nous transformions nos balcons, nos terrasses et nos jardins en refuges pour le vivant (voir encadré) ?
“Grâce à des gestes simples comme planter des haies champêtres, installer des nichoirs ou créer des points d'eau, nous pouvons redonner au vivant la place qu'il mérite”*, affirme Quentin Travaillé, créateur de contenus digitaux dédiés à la compréhension et à la préservation du vivant.
Trois zones dans le jardin
Il suffirait pour cela d’observer la nature autour de nous, de comprendre les interactions entre les espèces et leur environnement et de s’en inspirer pour créer des espaces qui favorisent la biodiversité.
Comme en permaculture, Quentin Travaillé distingue trois zones : un zone proche de la maison (murs, balcons et terrasses), une zone intermédiaire (jardin d’agrément et prairie) et une zone périphérique (jardin bocage).
S’inspirer de la garrigue ou de la clairière
Dans la première zone, on pourrait s’inspirer des écosystèmes de la garrigue ou de la clairière forestière, suivant l’exposition au soleil.
Il s’agit d’offrir de la nourriture en développant des plantes locales, en laissant s’exprimer la flore spontanée et en semant des graines ramassées à l’extérieur du jardin.
Il s’agit aussi d’offrir des abris pour permettre la reproduction des insectes et les protéger des prédateurs : murets de pierres ou massif rocailleux, caches végétales avec des plantes denses ou épineuses, tas de branches mortes et de tiges sèches, installation de cabanes, de nichoirs, d’abreuvoirs et de mangeoires pour les oiseaux, d’abris pour les insectes et les chauve-souris…
Verticalité de la végétation
C’est aussi l’endroit où l’on installera un systèmes de récupération des eaux de pluie et où l’on pourra créer des treillis le long des murs, des pergolas ou des tonnelles qui donneront de la verticalité aux plantes.
Dans les zones ombragées, on pourra recréer une litière forestière avec des feuilles mortes, des petites branches broyées, des tiges sèches, des fleurs fanées, des déchets de taille…
S’inspirer des prairies
La zone intermédiaire est un peu plus éloignée, en pleine terre, mais encore à proximité de la maison, fréquentée quotidiennement. On y trouve les massifs, la pelouse, les circulations principales et parfois une coin d’eau.
On pourrait ici s’inspirer des écosystèmes soit des prairies maigres de fauche soit des prairies humides de roseaux et de hautes plantes herbacées vivaces.
Il s’agit de laisser les plantes monter à graines, de faucher tard, d’adopter la tonte différenciée (des passages réguliers à 6-8 cm dans certains endroits et d’autres laissés libres toute la saison).
“Il faut tondre de l'intérieur vers l’extérieur”, conseille Quentin Travaillé. On commence par tondre à partir du centre de la parcelle puis on avance en spirale ou en bandes vers les bords. Pourquoi ? Parce que cela laisse aux insectes, grenouilles ou petits rongeurs le temps de fuir vers les lisières au lieu de se retrouver piégés au milieu du terrain.”*
Créer une mare d’eau
En fond de parcelle, en contrebas, on peut créer une mare d’eau, même peu profonde, qui devient vite un “aimant” à tritons, libellules, grenouilles, oiseaux, moustiques utiles, escargots, plantes aquatiques…
S’inspirer des clairières et des bocages
La troisième zone est plus éloignée de la maison. C'est un espace ouvert qui peut accueillir des massifs, des petits arbres, des haies.
On pourrait s’y inspirer des écosystèmes des clairières forestières et des bocages champêtres.
Il s’agit de créer des massifs autour des arbres, bordés de rameaux de noisetiers ou de bois mort, de soigner le sol en y laissant les feuilles mortes, en y ajoutant des broyats de branches ou de tonte, des résidus de taille.
Il s’agit aussi de structurer l’espace avec des haies à base d’arbustes locaux, en y intégrant des fruitiers ou des arbustes à fruits qui serviront à la fois les humains, les écureuils, les insectes et les oiseaux.
Bénéfices écologiques et psychologiques
Réensauvager les jardins fait partie des solutions face aux défis écologiques.
“En transformant nos jardins en refuges pour la biodiversité, nous pouvons créer des corridors écologiques qui facilitent le déplacement et la survie des espèces animales”*, explique Quentin Travaillé.
À la clé, il n’y a pas seulement des bénéfices écologiques mais aussi des bénéfices psychologiques (voir : Les effets avérés de la nature sur la santé).
“La présence accrue d’espèces vivantes diversifiées dans notre environnement quotidien améliore notre bien-être mental.”*
*Jardins, balcons, terrains… Le guide pour réensauvager les jardins, Quentin Travaillé, éditions Albin Michel
En savoir +
La nature et le vivant
Issue de la pensée grecque, la dissociation de l’humain (sujet pensant) et de la nature (domaine des choses, des êtres et des lois physiques), le premier dominant la seconde, est une vision qui s’est prolongée avec la chrétienté. La nature serait une création divine mise à disposition de l’homme pour ses besoins.
“Au temps des Lumières et du développement de la science moderne, la nature a été réduite à un objet d'étude, gouverné par des lois mécaniques”*, analyse Quentin Travaillé, créateur de contenus digitaux dédiés à la compréhension et à la préservation du vivant. Dans le prolongement de cette conception de la nature, la pensée industrielle considère que toute chose vivante peut être une ressource à exploiter.
Le mot “vivant” est donc plus juste et plus complet que le mot “nature”. Il désigne l'ensemble des organismes biologiques qui peuplent la planète : plantes, animaux, champignons, bactéries et autres micro-organismes.
“C'est une catégorie scientifique, concrète et mesurable, basée sur des processus fondamentaux comme la reproduction, le métabolisme et l'évolution. Et nous sommes inclus dans ce “vivant” comme les animaux que nous sommes.”*
