Hommes-femmes à l'aube du 21e siècle

Hommes-femmes à l'aube du 21e siècle

Le bouleversement du féminisme au siècle dernier, indépendamment de l'égalité juridique et de la parité qui font aujourd'hui à peu près l'unanimité, provoque des réactions d'inquiétudes : les femmes ne seraient plus des femmes et les hommes ne seraient plus des hommes ! Certains aimeraient bien revenir en arrière… Une quarantaine d'année, c'est bien court pour juger des conséquences profondes de cette révolution des sexes. Quelques repères pour essayer d'y voir plus clair…

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Sommaire

- Le modèle de référence a vécu
- De plus en plus de convergences, même dans la sexualité
- Des valeurs différentes
- De la testostérone en quantité variable
- Des individus biologiquement différents
- Un cocktail original
- Les enjeux de demain

Le modèle de référence a vécu
Avant c'était simple : l'homme partait chasser au bureau, la femme tenait la grotte, la briquait au Paic Citron et élevait les enfants. À partir des années 70, rien ne va plus ! Les codes sont remis en cause. On voit des femmes conduire des poids lourds et diriger des entreprises, des hommes faire des omelettes et changer la couche de bébé. Il y a brouillage des valeurs, c'est certain.

Les femmes y gagnent en émancipation professionnelle. Les hommes ont l'impression d'y perdre parce qu'obligés de partager leur domination dans la sphère professionnelle et privée, alors que, dans le quotidien, les femmes gardent la main sur l'organisation de la maison.

De plus en plus de convergences, même dans la sexualité
Il n'y a pas que dans la vie professionnelle que l'égalité progresse entre les hommes et les femmes. La dernière enquête "Contexte de la Sexualité en France" (CSF), révèle que les pratiques sexuelles tendent également à se ressembler.

C'est un fait, les femmes ont plus de partenaires au cours de leur vie (1,8 en moyenne en 1970 contre 4,4 en 2006) et elles avouent plus facilement avoir eu des relations homosexuelles (2,6 % en 1992 contre 4% en 2006). Diversification des pratiques, activité sexuelle après 50 ans, même s'il subsiste un écart avec les hommes, celui-ci tend à se résorber et les auteurs de l'étude pensent que le mouvement continuera dans les prochaines décennies.
Les sexologues témoignent également de cette évolution. Dans leur cabinet, les hommes autant que les femmes évoquent leur vie amoureuse en termes de partenaires multiples, aventures d'un soir, accès facile à la sexualité malgré la menace du sida.

Des valeurs différentes
Les tabous se lèvent petit à petit sur une sexualité tournée vers le plaisir, rappelant le slogan de mai 68 : "jouir sans entrave".
Mais dans son enquête le CSF constate que le clivage continue d'exister entre les valeurs qu'hommes et femmes attribuent à leur vie sexuelle. La sexualité féminine serait pensée prioritairement dans le domaine de l'affectivité et de la conjugalité, alors que celle des hommes serait axée vers la satisfaction d'un besoin naturel.

De la testostérone en quantité variable
La testostérone joue un rôle très important dans l'univers émotionnel des hommes et des femmes. Elle produit de l'agressivité ainsi qu'une forme d'émoussement des perceptions et des expressions émotionnelles. Elle contribue également pour beaucoup au désir sexuel. Or elle est inégalement distribuée par la nature aux hommes et aux femmes.

Pour Boris Cyrulnick, "au moment de la puberté, un homme voit son taux de testostérone multiplié par 18, contre 3 ou 4 pour une femme." Ce qui veut dire que, "même si plus tard le taux d'hormone baisse, il est resté dans la mémoire et marque un certain niveau de désir".

Des individus biologiquement différents
La biologie nous permet d'aller plus loin dans l'analyse de nos différences, au-delà du clivage des sexes. Homme ou femme, il est aujourd'hui démontré que nous ne sommes pas égaux devant le désir. Une étude récente a montré une corrélation entre le gène du récepteur de la dopamine et le désir sexuel. Plus les récepteurs sont nombreux plus le niveau de désir et l'excitation sexuelle sont élevés. En clair : selon notre bagage génétique, on peut se retrouver avec la libido de Casanova ou celle d'un moine trappiste.

On vérifie ce que la psychologie et la sociologie constatent depuis les années 70 : en matière de sexualité il y a autant de formes et d'intensités que d'individus.

Un cocktail original
De la même manière dans sa construction psychique, chaque individu se construit une identité sexuée originale qui est le produit de choix conscients ou inconscients.
Pour Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, nous empruntons à notre entourage des traits de caractère plutôt réputés "masculins" ou "féminins" et nous faisons notre propre "cocktail".
Parmi les paramètres qui entrent en ligne de compte notre place dans le groupe familial joue un rôle peut-être plus important que la réalité biologique. Serge Hefez fait alors référence à l'analyse systémique : selon qu'on est l'aîné, le cadet ou le benjamin, selon qu'on a (ou pas) des frères ou des sœurs et selon leur place dans la fratrie, on ne va pas se construire de la même manière.
Indépendamment de l'orientation de notre désir et de notre sexualité, nous serions tous, hommes ou femmes, psychiquement bisexuels (voir encadré).

Les enjeux de demain
Une relation nouvelle entre les hommes et les femmes est en train d'émerger. De nombreux psychiatres, psychanalystes ou philosophes en tracent les contours : l'ancien modèle fondé sur les relations de pouvoir entre les hommes et les femmes est révolu ; nous marchons vers une harmonisation des sexes et l'affirmation des différences entre les individus.

Dans un monde idéal, les mères accepteraient que leurs fils assument leur part de féminité, avec souplesse et sans dénigrer les hommes.
Les hommes pourraient alors construire une virilité qui affirme une différence sans domination, ce qui vaincrait leurs dernières résistances pour céder de l'espace aux femmes dans la sphère publique.
Les femmes continueraient à gagner du terrain dans ce secteur sans être dans la revendication agressive. Elles seraient capables de faire de la place aux hommes dans toutes les décisions qui concernent la maison, le couple, l'éducation des enfants.

Il semblerait que le chemin aille dans cette direction, mais nous sommes encore en période de transition. La route est longue et demandera encore beaucoup de tâtonnements, de conflits, de souffrances et d'efforts d'imagination.

 

Sources:
Dans le cœur des hommes, Serge Hefez, éditions Hachette Littératures
Qu'est-ce que l'amour, Umberto Galimberti, éditions Payot
Sciences et Avenir, Février 09
Contexte de la sexualité en France

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Tous bisexuels

Les femmes : vamp ou prédatrice
Les femmes ont commencé depuis les années 70 à exprimer les éléments masculins de leur personnalité. Aujourd'hui elles continuent de porter leur volonté d'émancipation en affirmant pour certaines d'entre elles que l'on qualifie de "femmes phalliques", une véritable attraction pour le pouvoir.
Cela ne les empêche pas de courir après leur féminité, souvent réduite aux codes de séduction issus de la soumission au désir masculin : look, coiffure, maquillage.

Les hommes : homo ou macho
Plus tardivement les hommes ont commencé à prendre conscience de leur partie féminine. Pour eux le tabou est autrement costaud, tant la peur de la féminité est grande dans la gent masculine. "Ni femme, ni homo !" Pourquoi ? Parce que, dès le plus jeune âge, on fait comprendre aux garçons que le féminin est tantôt dangereux, castrateur ou dévorateur, tantôt honteux, inférieur et soumis. Les hommes sont terrorisés, fascinés et dépassés par le pouvoir et la liberté des femmes de donner la vie.

Mis en cause comme macho par les féministes, l'homme contemporain ne sait plus où donner de la tête et cumule deux interdictions : "celle, traditionnelle, de montrer sa féminité et celle, récente, d'exprimer une virilité contestée." Et le voilà donc oscillant entre les anciennes représentations du masculin, associant virilité et domination et une féminisation à outrance dans laquelle les femmes ne se retrouvent pas non plus.

Sur la même longueur d'onde, Umberto Galimberti, psychanalyste et philosophe, distingue les hommes qui ont un moi suffisamment fort et qui sont capables de vivre leur côté féminin sereinement et ceux qui ont des failles narcissiques plus importantes, qui manquent de confiance en eux et se sentent obligés de jouer les virils à tout prix.
Les premiers seraient capables d'accéder au sentiment amoureux.
Les autres auraient des difficultés à s'engager de manière durable dans une relation. Ils collectionneraient les conquêtes, choisissant des femmes sublimes destinées à les rassurer sur leur identité masculine.