ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

Croissance verte ou décroissance ? S'agit-il d'un clivage de fond ou d'un débat stérile ? En ce début d'année électorale majeure, nous avons pu constater que cette question est un potentiel point de fractionnement au sein de la famille écologiste. Tout le monde pourtant se rejoint sur la nécessité de remettre en cause un modèle économique qui repose sur une exploitation illimitée des ressources naturelles et sur la dégradation de l’environnement. Tout le monde est d'accord pour développer les économies d'énergie, l'agriculture biologique et les circuits courts.

Depuis 1970 et le rapport du club de Rome, nous savons que nous ne pouvons pas supporter une croissance infinie sur une planète aux ressources finies. Nous avons, depuis, mesuré l'inadaptation des indices d'évaluations quantitatives de nos économies, de type PIB (Produit Intérieur Brut). Il est absurde de comptabiliser sur le même plan les activités économiques génératrices de destruction au même titre que celles qui font du lien et du progrès.
Dans la période de croissance faible que nous traversons depuis plusieurs années, les économistes libéraux ont invoqué la croissance comme on espère le messie afin de résoudre la crise qui frappe les pays industrialisés. La solution ne réside pas dans le fait d'opposer à cela une autre foi décroissante, tout aussi religieuse. D'autant qu'aujourd'hui aucune des parties n'est réellement capable d'évaluer précisément l'impact de son modèle sur l'économie réelle.

Il reste à trouver un nom pour exprimer une grandeur économique émancipée du PIB, capable de mesurer la transition écologique et sociale. Comment exprimer cette idée simple : "moins mais mieux" ? Croissance verte, croissance soutenable ? La référence à la croissance y est pesante. Décroissance ? Le mot est cataclysmique. Dès qu'il est prononcé, on entend "décadence", "régression", "déclin", "destruction". Dans tous les cas le récit est négatif. C'est un repoussoir qui dessert la cause qu'il est censé servir.
Certains, au Bhoutan, ont inventé le Bonheur National Brut. D'autres calculent l'indice de positivité d'une économie. Ce sont de bonnes pistes ! Il n'est pas impossible qu'avec un peu d'imagination, au lieu de disperser de l'énergie à s'écharper sur des mots et des catéchismes, on puisse se réunir sur un terme qui évoque les réjouissantes perspectives d'une société plus respectueuse des humains et de l'environnement !