Apprivoiser ses émotions

Apprivoiser ses émotions

Il serait vain de tenter de maîtriser ses émotions, délétère de les ignorer ou de les subir. Différentes pratiques permettent simplement de les apprivoiser et de mieux vivre avec elles.

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Sommaire

- Distinguer et nommer
- Dialogue intelligent
- Entraînement de l’esprit
- Lorsqu’il y a un enjeu
- Partager les émotions positives
- Changement climatique et émotions
- Éco-anxiété : ni trop haut ni trop bas
- Se relier aux autres et au monde

Colère, joie, peur, tristesse, surprise, dégoût et bien d’autres (voir encadré)… Nous sommes souvent embarrassés par nos émotions et ne savons quoi en faire. Faut-il les ignorer, les maîtriser ou les subir ?
“Les émotions, si précieuses par leur richesse, deviennent parfois trop envahissantes, déroutantes voire destructrices”, expliquent Ilios Kotsou, psychologue, et Caroline Lesire, enseignante en méditation. “Trop intenses, elles nous paralysent ; réprimées, elles finissent par nous ronger. (…) Peut-être faut-il alors changer de perspective. Plutôt que les fuir ou leur obéir, apprendre à la apprivoiser et à les comprendre.”*
(Voir : Laisser faire nos émotions)

Distinguer et nommer
Développer et cultiver nos compétences émotionnelles en apprenant à distinguer et nommer les émotions permettrait en effet de mieux comprendre ce qui se joue à travers elles (voir : Renforcer son intelligence émotionnelle et Comprendre et écouter sa colère). Cela demande un certain apprentissage. Mais alors, les émotions peuvent devenir, selon Ilios Kotsou et Caroline Lesire, de véritables boussoles vers une meilleure qualité relationnelle, une vie plus juste. 

Dialogue intelligent
Le bouddhisme s’est attaché à décrire avec précision les émotions perturbatrices (les “cinq poisons” : colère malveillante, désir obsessionnel, ignorance, orgueil et jalousie) et leurs antidotes ainsi que les émotions constructives.
“On croit souvent, à tort, que le bouddhisme prône la suppression des émotions”, explique Matthieu Ricard, moine bouddhiste, essayiste et photographe. “Réprimer comme laisser libre cours à nos émotions destructrices sont deux impasses. (…) Entre ces deux extrêmes, le bouddhisme propose une autre voix : établir un dialogue intelligent avec nos émotions.”*

Entraînement de l’esprit
La méditation agit comme un entraînement de l’esprit pour transformer un poison en son antidote, ne pas s’identifier à ses émotions et les libérer spontanément au moment où elles surgissent.
“Les pensées et les émotions continuent de surgir – car elles font partie de la vie de l’esprit – mais elles passent comme des oiseaux dans le ciel, sans laisser de traces.”*

Lorsqu’il y a un enjeu
Les émotions jouent un rôle central dans notre fonctionnement psychique. Elles surgissent lorsqu’on est confronté à une situation qui représente un enjeu pour soi.
“Chaque fois que je ressens un enjeu dans une situation, une émotion surgit qui peut être positive ou négative selon l'évolution de cette situation”, analyse Christophe Massin, psychiatre. “Voilà, d'une manière très pragmatique, ce qu'est une émotion.”*
Les émotions ont un impact direct sur nos pensées, notre physiologie, nos comportements, nos relations et notre immunité psychique. Il est donc important d’apprendre à les accueillir grâce au travail thérapeutique qui conduit à leur acceptation, sans résignation, et qui peut être ensuite enrichi par une démarche spirituelle.
“La démarche spirituelle, elle, propose une révolution intérieure : oser accepter ce qui, pour nous, apparaît inacceptable.”*

Partager les émotions positives
Les émotions positives ont de nombreuses vertus sur l’individu. Le fait de les partager, au quotidien, avec une ou plusieurs personnes permet une spirale émotionnelle ascendante et installe une émotion unitaire dans le groupe.
“La pratique régulière du partage d'émotions positives est donc un outil social d'une puissance remarquable”, s’enthousiasme Bernard Rimé, docteur en psychologie. “Son incidence sur le bien-être, sur la santé psychologique et même sur la santé physique est aujourd'hui largement documentée.”*

Changement climatique et émotions
Le changement climatique a des conséquences sur la santé mentale : des impacts directs dus aux expositions à des catastrophes naturelles (stress post-traumatique, risque suicidaire, troubles psychiatriques), des effets indirects dus à ces impacts (dégradation des conditions de vie) et des impacts sans exposition directe (prise de conscience et éco-émotions). 
L’éco-anxiété fait partie de cette dernière catégorie (voir : Contre l'éco-anxiété, révéler sa nature et Quelques méthodes pour gérer l’anxiété). Elle a néanmoins le mérite d’alerter, de mobiliser contre les menaces potentielles et d’inciter à adopter des comportements plus responsables sur le plan écologique.

Éco-anxiété : ni trop haut ni trop bas
“Cela dit, comme pour toute anxiété, des niveaux trop élevés peuvent avoir des effets délétères”, précise Alexandre Heeren, chercheur et professeur de psychologie. “Des niveaux excessifs sont associés à une plus grande souffrance mentale et à une moindre probabilité d'adopter des comportements écologiques. La fonction mobilisatrice n'est alors plus assurée.”*
À l’inverse, des niveaux trop faibles peuvent conduire à l’indifférence et au désengagement.
Le niveau d’éco-anxiété doit donc être ni trop bas ni trop haut mais juste ce qu'il faut pour motiver l'action sans nuire au bien-être.

Se relier aux autres et au monde
On ne “gère” pas ses émotions comme un projet ou une entreprise. On en prend soin comme d’un jardin vivant.
“Ce jardin là, comme les autres, a besoin de présence, d'écoute, d'attention. Il a besoin de nous, tout simplement”, concluent Ilios Kotsou et Caroline Lesire. “Prendre soin de nos saisons intérieures, cultiver cette écoute intime et profonde, c'est aussi nous relier plus finement aux autres et au monde. Nos émotions nous traversent mais elles nous relient. Elles sont des ponts entre tous les êtres vivants, toutes les cultures. Elles peuvent faire obstacle mais elles peuvent aussi réparer, rassembler, créer.”*


*Voyage au coeur des émotions, Apprivoiser nos émotions pour mieux vivre ensemble, Matthieu Ricard, Alexandre Jollien, Héloïse Junier, Emmanuelle Pouydébat, sous la direction d’Ilios Kotsou & Caroline Lesire, éditions Almora

 En savoir +

27 émotions différentes

Des chercheurs états-uniens, Dacher Keltner et Alan S. Cowen, ont cartographié 27 catégories d’émotions distinctes, à partir de milliers de récits et de réactions à des vidéos : admiration, adoration, amusement, anxiété, appréciation esthétique, calme-sérénité, colère, confusion, crainte révérentielle–émerveillement, dégoût, désir amoureux–tendresse, désir–appétit, désir sexuel, douleur empathique–compassion douloureuse, embarras–gêne, ennui, envoûtement–fascination, excitation, horreur–effroi, intérêts–curiosité, joie, nostalgie, peur, satisfaction–contentement, soulagement, surprise–étonnement, tristesse.

Selon eux, les émotions ont des racines biologiques mais émergent toujours dans un environnement culturel, social et relationnel. Elles naissent du dialogue constant entre notre nature et notre milieu.*

L’émerveillement : un écologie du respect
Parmi les émotions constructives, Matthieu Ricard, moine bouddhiste, essayiste et photographe, en distingue une, occupant une place à part : l’émerveillement. On la définit comme un sentiment que l'on éprouve devant un grand acte de générosité, un visage rayonnant de bonté, un paysage grandiose ou un geste de courage désintéressé.
“Sous l’effet de l'émerveillement, le sens du moi s'atténue : notre horizon s'élargit, nous nous sentons reliés à quelque chose de plus vaste. (…) L’émerveillement ouvre aussi sur une écologie du respect. Si vous vous émerveillez devant la beauté du monde, vous ne chercherez pas à le détruire.”* 

Vie Saine et Zen