L'excès d'engrais azotés, défi environnemental

L'excès d'engrais azotés, défi environnemental

Les engrais chimiques sont à l'origine de la plupart des maux actuels de l'agriculture : monoculture, élevage industriel, pollution de l'air, de l'eau et des sols… Leur usage excessif est, avec le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité, l'un des grands défis environnementaux du 21e siècle.

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Sommaire

- Indispensable à la vie
- Overdose d'azote chimique
- Overdose de pesticides
- Impact sur la santé
- La mort de la vie sous-marine
- Nourrir la planète
- Réduire sa consommation de viande

"Le cycle de l'azote, immuable depuis des centaines de millions d'années, a volé en éclats au 20e siècle", explique Claude Aubert, ingénieur agronome et pionnier de l'agriculture biologique. "Et la planète se trouve littéralement submergée d'azote dit "réactif", c'est à dire capable de s'insérer dans ce cycle et de le perturber"*.

Indispensable à la vie
L'azote est l'un des principaux composants de l'air mais il ne joue aucun rôle dans la physiologie humaine. En revanche les plantes en ont fort besoin. Mais elles ne peuvent l'absorber que combiné avec de l'oxygène (nitrates = NO3) ou de l'hydrogène (ammoniac = NH3 et ammonium = NH4+). Elles vont pour cela le chercher dans le sol grâce à leurs racines, à travers les fertilisants organiques (fumier, lisier, engrais verts) et, depuis le 20e siècle, les engrais azotés chimiques.
C'est cet azote qui permet aux plantes de synthétiser les protéines dont nous avons grand besoin dans notre alimentation.
L'azote est donc indispensable à la vie. Pourtant il est devenu un poison, selon Claude Aubert.

Overdose d'azote chimique
Le problème est qu'aujourd'hui les plantes n'absorbent que la moitié des 130 millions de tonnes d'engrais produits chaque année dans le monde.
"À quoi sert le reste ? À rien, sinon pour une grande partie à polluer et, pour le reste, à retourner dans l'atmosphère d'où il vient"*.

L'excédent d'azote est variable selon le type de production agricole : de 51 kg à l'hectare dans les grandes cultures de céréales, il peut passer à 149 kg/ha dans l'élevage laitier voire 542 kg/ha dans l'élevage de porcs ! Dans une ferme bio, il n'est que de 34 kg/ha.*
Une bonne partie de cet excédent vient polluer l'environnement, principalement sous forme d'ammoniac et de nitrates.

Overdose de pesticides
Par ailleurs, les modes de production utilisateurs d'azote en excès fragilisent les plantes qui nécessitent alors une plus forte utilisation de pesticides.
"Les plantes suralimentées en azote sont davantage attaquées par certains ravageurs, qui sont avides de cet élément, et par les champignons pathogènes"*, précise Claude Aubert.

Impact sur la santé
Indépendamment de l'impact sur le climat dû à ses émissions de gaz à effet de serre, les conséquences sur la santé humaine des excédents d'azote sont importantes : production d'algues toxiques, contamination de l'eau potable, maladies respiratoires et mortalité prématurée (ammoniac, ozone, oxydes d'azote et particules fines).

Le coût pour la société est estimé, en Europe, entre 40 et 190 milliards d'euros par an (Sutton 2011*).
"Plusieurs milliers de décès prématuré, et peut-être davantage, sont dus aux particules fines d'origine agricole, l'ammoniac en étant la première cause"*, accuse Claude Aubert.
S'ajoute à cela l'ingestion des nitrates contenus dans les aliments dont on commence à reconnaître les effets délétères sur la santé humaine (voir encadré).

La mort de la vie sous-marine
L'impact sur les océans et sur sa faune est bien connu. Les nitrates sont à l'origine de la prolifération des algues vertes qui, en se décomposant, consomme l'oxygène de l'eau, nécessaire à la vie sous-marine. Les répercussions, par exemple sur les côtes bretonnes ou aux Antilles, sont terribles pour la pêche et pour le tourisme.

Nourrir la planète
Pourra-t-on nourrir demain 10 milliards d'êtres humains sur la planète sans avoir recours à l'azote chimique ? Claude Aubert répond à cette question par l'affirmative, à condition que l'on effectue de profonds changements.

Le modèle agricole, selon lui, doit se transformer : développement de la culture des légumineuses (qui ont la capacité de fixer l'azote de l'air) en association avec les céréales, abandon des labours profonds (pour reconstituer la matière organique du sol), réassociation de l'agriculture et de l'élevage, retour à l'agriculture paysanne, adoption de l'agriculture biologique…
(Voir : Une agriculture pour nourrir l'humanité)

Réduire sa consommation de viande
Mais la solution viendra également des consommateurs qui devront au moins diviser par deux leur consommation de viande et de produits laitiers et remplacer une partie des protéines animales de leur alimentation par des protéines végétales.
"La révolution à venir est donc non seulement agricole, mais aussi économique, sociale et culturelle."*

 

*Les apprentis sorciers de l'azote, Claude Aubert, éditions Terre Vivante

 En savoir +

Nitrates et santé

Une concentration trop élevée de nitrates dans les légumes ou dans l'eau a de graves conséquences sur la santé, notamment car ils peuvent facilement se transformer en nitrites et provoquer certains cancers comme le cancer colorectal, des maladies thyroïdiennes, des anomalies du tube neural (chez le fœtus).
Les scientifiques s'interrogent également aujourd'hui sur le lien entre une forte consommation de nitrates d'origine alimentaire et le cancer de la thyroïde ainsi que certaines malformations congénitales.*

78 %
de l'air
que nous respirons
est composé d'azote*

65 millions de tonnes
d'azote ou équivalent
sont produits pour rien
chaque année dans le monde*

55 %
des particules fines (PM2,5)
proviennent de l'agriculture
et de l'élevage*