Syndrome myofascial : des troubles liés aux fascias

Syndrome myofascial : des troubles liés aux fascias

Longtemps l’apanage des ostéopathes et des acupuncteurs, leur traitement intéresse de plus en plus les médecins. Les dysfonctionnements des fascias seraient à l’origine de nombreux troubles, souvent sans cause apparente.

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Sommaire

- Tissu d’emballage ?
- Un bond en avant
- Accident ou mauvaise utilisation des muscles
- Diagnostic difficile
- Douleurs du visage et maux de tête
- Plein le dos !
- Liés à la migraine
- Vertiges et acouphènes
- Des aiguilles, du chaud et du mouvement
- Revenir aux sources de la médecine

Cervicalgies, céphalées, lombalgies, sciatiques, vertiges, acouphènes, névralgie cervico-brachiale… De nombreux troubles sont liés à un dysfonctionnement des fascias. On parle alors de syndrome myofascial : “myo", pour muscle, et “fascial”, qui concerne les fascias.
Il arrive très souvent que les médecins n’en trouvent pas la cause et les rangent dans la case "problème psychologique".

Tissu d’emballage ?
Les fascias ont longtemps été considérés comme du tissu d’emballage pour les muscles. Un rôle de remplissage et de contention.
“L'immense majorité des médecins en est resté à cette notion, puisque c'est celle qui nous est enseigné dans les facultés de médecine”, explique Danièle Ranoux, médecin neurologue. “La médecine conventionnelle a pris son temps pour s'emparer de la question.”*

Un bond en avant
Ce sont d’abord les ostéopathes qui, dès la fin du 19e siècle, se sont intéressés au système myofascial et ont élaboré de nombreuses techniques de thérapie manuelle. 
Aujourd’hui les chercheurs braquent leur microscope sur les fascias pour tenter de comprendre leur structure. La science a fait un bond en avant depuis une vingtaine d’années (voir encadré) mais il reste encore beaucoup à découvrir.

Accident ou mauvaise utilisation des muscles
Un syndrome myofascial apparaît à la suite d’une agression sur le muscle et ses fascias : traumatisme après un accident, une chute ou une intervention chirurgicale, mauvaise utilisation chronique des muscles (en excès, en déficit ou de manière non physiologique)…
Les mauvaises postures prolongées et/ou répétitives, dans le cadre professionnel, sont particulièrement à risque. 
Pareil pour l’immobilisation. Le repos musculaire entraîne une désorganisation de la composition des fascias, ce qui entrave leur fonctionnement.
“Il est donc vital de bouger quand vos muscles font mal. Sinon un inexorable cercle vicieux s’installe.”*
(Voir : Les fascias : chef d’orchestre des mouvements)

Diagnostic difficile
Problème : le dysfonctionnement des fascias n’apparaît pas sur les examens radiologiques. Le diagnostic va donc reposer sur l’examen clinique et sur une accumulation d’arguments.
“On estime que les douleurs d'origine myofasciale représentent 80 % des patients consultant en centre de la douleur chronique”, précise Danièle Ranoux. “Il faudrait ériger en axiome que toute douleur localisée évoluant depuis 5,10 ou 20 ans sans image radiologique pathologique a toutes les chances d'être d'origine myofasciale.”*

Douleurs du visage et maux de tête
De nombreuses douleurs du visage et maux de tête sont liées au syndrome myofascial du cou.
“Cela est rendu possible par l'existence du TCC (complexe trigéminocervical) situé à la base du cerveau et qui constitue une interface entre les structures de la face et du cou.”*

Plein le dos !
Le syndrome myofascial des trapèzes est à l’origine de douleurs très disparates : à l’arrière du cou, dans le bras parfois jusque dans les doigts, dans le dos…
La crête iliaque postérieure est une zone de fusion délicate entre le fascia thoraco-lombaire (localisé au niveau de l’arrière du thorax et des lombaires), celui de la fesse et du coccyx. Une tension fasciale dans cette région peut être à l’origine de douleurs localisées au niveau des lombaires, du coccyx ou le long du nerf sciatique.

Liés à la migraine
La migraine est une maladie du système nerveux central qui peut souvent entraîner la formation de syndromes myofasciaux risquant de pérenniser la maladie.
Il faut donc les repérer et les traiter le plus tôt possible.

Vertiges et acouphènes
Certains acouphènes prennent naissance par un dysfonctionnement des fascias de la tête et du cou. Cela vient du fait que cette zone a une représentation plus importante dans une région du cerveau, le noyau dorsal cochléaire (NDC), qui provoque les acouphènes.
C’est le même mécanisme pour les vertiges.
“De la même manière que les acouphènes myofasciaux, les sensations vertigineuses d'origine myofasciale sont liées à la submersion du centre de l'équilibre par de trop nombreuses informations et/ou des informations erronées en provenance des fascias du cou.”*

Des aiguilles, du chaud et du mouvement
La plupart des traitements des syndromes myofasciaux passent par l’intermédiaire d’une aiguille, avec ou sans injection d’un produit…
Danièle Ranoux privilégie l’administration de toxine botulique (dont l’une des marques, bien connue, est le Botox) qui, contrairement à ce qu’on croit couramment, ne fait que relaxer le muscle mais n’apporte pas de volume.

On peut aussi utiliser la neuro-acuponcture ou l’acupuncture.
“Les faits montrent que les lignes myofasciales et les méridiens ont des points de convergence”, reconnaît Danièle Ranoux. “Il est probable que l'acupuncture agissent en partie par les remaniements qu’elle induit dans les fascias.”*
Les massages sont également une bonne indication : les fascias aiment le chaud et un bon massage les réchauffe. 

En prévention, rien de tel que le mouvement ! Mais pas n’importe lequel : les sports doux comme la natation ou les disciplines qui permettent de faire travailler le corps tout entier (yoga, Taiji Quan, Qi Gong, Pilates…).

Revenir aux sources de la médecine
L’exploration des fascias est un voyage merveilleux, fascinant, riche en surprises et en découvertes.
“S’occuper des fascias, c'est comme revenir aux sources de la médecine, lorsque le médecin n'avait que ses oreilles, ses yeux et ses mains pour arriver un diagnostic”, conclut Danièle Ranoux. “Sans compter l'inventivité et la créativité qui font de la médecine un art.”*


*Les fascias, Les connaître pour mieux les soigner, Dr Danièle Ranoux, éditions Guy Trédaniel

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Mille-feuille de fibroblastes et matrice extracellulaire

Il existe dans le corps humain quatre type de tissus biologiques : épithélial (la peau), nerveux, musculaire et conjonctif.
Le tissu conjonctif représente 80 % du corps humain : os, cartilages, vaisseaux sanguins, sang et fascias.

Les fascias sont constitués de trois éléments de base : cellules, fibres et substance fondamentale.
On appelle “matrice extracellulaire” l’ensemble constitué par les fibres (fibres de collagène et d’élastine) et la substance fondamentale (principalement : acide hyaluronique).
Les cellules sont principalement composées de fibroblastes : une sorte d'usine qui fabrique en continu les fibres et les éléments de la matrice extracellulaire dans laquelle elle baigne.

Les fascias forment un mille-feuille continu tout au long du corps humain : fascias sous-cutanés (hypoderme), fascias profonds (musculaires).
50 % des cellules d’un muscle ne sont pas des fibres musculaires mais essentiellement des cellules des fascias.

“La continuité anatomique est la caractéristique principale des fascias profonds”, explique Danièle Ranoux, médecin neurologue. “Elle est fondamentale car elle permet de remplir une fonction majeure, qui est de transmettre des forces en vue d'un mouvement harmonieux.”*

Les fascias jouent un rôle capital dans la motricité, notamment dans la proprioception, cette fonction qui permet de connaître à tout moment la position du corps dans l’espace.

Pour bien fonctionner les fascias nécessitent une bonne hydratation. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut boire beaucoup ! Le meilleur moyen de les hydrater est de les utiliser correctement : les mobiliser, les étirer sans leur imposer des exercices trop violents. 

Vie Saine et Zen