Débat : L’éthique du soin à l’épreuve des politiques gestionnaires

Débat : L’éthique du soin à l’épreuve des politiques gestionnaires

Les soignants doivent faire "des choix impossibles qui peuvent conduire à la négligence, voire à la maltraitance".

Ce sont les mots de Michel Canis, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de Clermont-Ferrand, dans une lettre ouverte au président du CCNE (Comité Consultatif National d'Éthique).

Agir éthiquement consiste à se soucier de soi, de l’autre, de l’institution.
S'agissant de soi, l'absence actuelle de reconnaissance peut mener à la perte d'estime de soi chez le soignant.
S'agissant de l'autre, les contraintes physiques et psychiques devenues trop importantes, notamment à cause du manque de personnel, peuvent conduire à un désinvestissement auprès des personnes malades et fragiles. Ces dernières deviennent objet de soin et non plus sujet de soin. Le travail devient un "job", loin de l'éthique attendue autour de la notion de "care".

S'agissant de l'institution, le chemin est encore long pour aller vers la démocratie sanitaire, dans laquelle chaque patient a le droit d’être informé et de choisir, sans discrimination possible. Il persiste un écart entre la loi et les pratiques effectives nécessitant :
- d’œuvrer à l’essor du dialogue entre les différents acteurs du système de santé ;
- de restaurer urgemment l’attractivité des métiers de la santé en améliorant les conditions de travail des professionnels, préalable indispensable à une reconnaissance mutuelle entre ces professionnels et les patients ;
- de mener une réflexion collective pour défendre les plus exclus et les plus vulnérables de notre société, dans une perspective d’égal accès aux soins de qualité pour toutes et tous.

 

Source : The Conversation, Philippe Bizouarn – 14/04/22