Mediator : Pour Irène Frachon, le délai de ce nouveau procès est "une honte"

Mediator : Pour Irène Frachon, le délai de ce nouveau procès est "une honte"

"Je suis indignée. Le procès est interminable à cause de l’activisme de la défense de Servier. Pourtant, l’affaire n’est pas complexe…"

Irène Frachon, la pneumologue lanceuse d'alerte qui a dévoilé le scandale sanitaire du Mediator en 2010 réagit sur le procès en appel des laboratoires Servier qui a débuté le 9 janvier dernier.
"Le crime repose sur trois piliers : l’obtention indue d’autorisation de mise sur le marché, l’escroquerie, la toxicité. Pour les deux premiers, Servier a été relaxé en première instance, ce que je n’ai pas compris parce que la raison du crime, c’est le pognon. Dans le cas de la toxicité, il a été reconnu coupable a minima. Avec ce nouveau procès, pour lequel j’interviendrai en tant que témoin, j’espère que ces trois piliers seront reconnus et condamnés."
Selon elle, il n’y a pas de problème pour prouver que le médicament était toxique mais le laboratoire arrive à balader la justice.
"Le laboratoire s’obstine à dire que le Mediator coupe-faim n’est pas un Mediator coupe-faim. C'est un mensonge trumpien ou poutinien qui dépasse l'entendement."

Irène Frachon estime nécessaire une réforme du code pénal.
"Quand la masse des victimes est trop importante, la justice s’écroule : plus il y a de morts, moins elle est efficace. Par ailleurs au pénal, il faut qualifier les faits et identifier les responsables de façon certaine. Cela pose problème, entre la prescription et la dilution des responsabilités la justice finit par dire qu’elle n’y arrive pas."

Le Mediator est cet antidiabétique vendu comme coupe-faim qui a engendré la mort de plusieurs centaines de personnes, du fait de graves lésions cardiaques. Il avait été prescrit à plus de 5 millions de personnes de 1976 à 2009. En mars 2021, les laboratoires Servier avaient été condamnés à 2,7 millions d’euros d’amende pour "tromperie aggravée" et "homicides et blessures involontaires".

 

Source : Huffington Post, Marie Terrier – 09/01/23