Le sel est un déglaçant pratique et peu coûteux, mais son impact durable sur les écosystèmes est aujourd’hui largement documenté.
Saupoudré sur la glace, il la fragilise et la rend partiellement soluble : les ions sodium (Na⁺) et chlorure (Cl⁻) perturbent l’organisation des molécules d’eau et empêchent leur agglomération en réseau cristallin. Ce mécanisme est appelé "dépression du point de congélation", il abaisse la température à laquelle l’eau gèle. Son efficacité réelle sur les routes chute fortement lorsque les températures descendent en dessous de -7 à -9°C, notamment lorsque la glace est déjà formée. En conditions hivernales courantes, le sel prévient donc la formation de verglas surtout dans une plage de températures modérées.
Le sable est de moins en moins utilisé : sans pouvoir déglaçant, il ne fait qu’améliorer temporairement l’adhérence des véhicules sur la neige ou la glace. Il peut également obstruer les réseaux d’assainissement et contribuer à troubler l’eau des rivières lors de la fonte des neiges.
Le sel pose un problème de pollution et, une fois introduit dans un écosystème, il peut y persister très longtemps.
Les chercheurs considèrent qu’il s’agit d’une "bombe à retardement" pour l’eau douce. Le sel épandu il y a plusieurs décennies s’est infiltré dans les eaux souterraines et commence aujourd’hui à réapparaître dans les eaux de surface. On parle ainsi de “syndrome de salinisation des eaux douces” : une accumulation progressive non seulement de chlorures, mais aussi de sodium, calcium et magnésium, qui modifie durablement la chimie des bassins versants. Or, même à faibles concentrations, les chlorures perturbent profondément les écosystèmes d’eau douce : inhibition de la croissance et de la reproduction, destruction des ressources alimentaires, perturbation de la régulation de la concentration en sels chez les amphibiens et les invertébrés aquatiques.
Par ailleurs, le sel peut provoquer une stratification saline dans les lacs et réservoirs : une couche dense et salée se forme au fond, limitant les échanges d’oxygène avec les couches supérieures, ce qui affecte les poissons et les organismes aquatiques.
En bordure des routes, il brûle la végétation : feuillage roussi, branches mortes et croissance ralentie. Les sols subissent une forme de sécheresse physiologique : bien que l’eau soit présente, les racines peinent à l’absorber, et les oligo-éléments essentiels sont lessivés.
Enfin le sel est corrosif : il ronge les carrosseries, dégrade les infrastructures routières, les ponts et les canalisations.
Au Canada, le sel de voirie est officiellement reconnu comme substance toxique pour l’environnement. Le pays est ainsi devenu un spécialiste du salage de précision : pré-humectage systématique du sel (sel + saumure), épandage avant la formation du verglas (anti-icing). Cela permet de réduire de 20 à 40 % les quantités utilisées.
En France, le salage est principalement répandu dans les zones de montagne (Alpes, Pyrénées, Massif central, Vosges, Jura), les grands axes routiers et autoroutiers, les agglomérations et zones périurbaines, où les surfaces imperméabilisées favorisent le ruissellement. Les chlorures issus de ces sels sont reconnus comme des polluants mais ils ne figurent pas parmi les paramètres prioritaires. Ils font néanmoins l’objet de mesures ponctuelles : dans certaines nappes phréatiques vulnérables, à proximité de grands axes routiers, dans les zones de montagne.
Les impacts environnementaux du salage routier restent largement sous-évalués. Les pouvoirs publics privilégient plutôt une stratégie de réduction raisonnée.
Il existe pourtant des alternatives...
- Cendres de bois : elles améliorent l’adhérence et favorisent la fonte de la neige mais doivent être utilisées avec prudence en raison de leur pouvoir alcalinisant et de leur composition variable (présence possible de métaux).
- Chlorure de calcium : efficace à plus basses températures et nécessitant moins de produit, mais toujours nocif pour les milieux aquatiques et plus corrosif pour le béton.
- Acétate de potassium ou de magnésium : moins dommageables pour l’environnement, mais plus coûteux et susceptibles de provoquer une consommation d’oxygène lors de leur dégradation.
- Méthodes mécaniques : pelles, chasse-neige et souffleuses, efficaces sans apport chimique, mais usage polluant en cas de moteur thermique.
- Pré-humectage et saumures : techniques permettant de réduire de 20 à 40 % les quantités de sel utilisées.
- Gestion intelligente : capteurs météorologiques, anticipation, hiérarchisation des axes et acceptation sociale de routes moins "parfaitement noires" en hiver.
- Chauffage géothermique : solution locale et coûteuse, réservée à certains sites spécifiques (ponts, rampes).
Source : Notre Planète Info, Christophe Magedelaine - 02/01/26
