Syndrome de la "seconde victime" : quand les erreurs de soins impactent les soignants

Syndrome de la "seconde victime" : quand les erreurs de soins impactent les soignants

L’activité de soin est censée être bénéfique mais elle n’est pas dénuée de risques pour le patient.

De nombreux facteurs entrent en jeu : turn-over des personnels, interruptions de tâches (comme répondre à une urgence), intensification de l’activité, manque de communication entre les équipes, prises en charge complexes, traitements agressifs, population vieillissante… Soigner peut donc entraîner des "évènements indésirables graves associés aux soins" (EIGS) qui peuvent avoir pour conséquence un déficit fonctionnel permanent voire la mise en jeu du pronostic vital ou le décès du patient.
Les soignants sont soumis à une obligation légale de déclaration d'un EIGS.

Les estimations donnent pour 2019, en France, un nombre d'EIGS compris entre 160 000 et 375 000 par an. Parmi les plus graves enregistrés par la HAS (Haute Autorité de Santé), 51 % ont conduit au décès du patient. Dans environ la moitié des cas les professionnels de santé concernés restent dans le déni. Pour les autres, le traumatisme est réel et concerne aussi bien le soignant que son équipe et l'encadrement. On parle dans ce cas de "seconde victime".

Les troubles présentés relèvent du stress post-traumatique : culpabilité, honte, anxiété, perturbations physiques (troubles du sommeil, de la concentration, de la fatigue, des troubles musculo-squelettiques, perte d’appétit).
Pourtant, seuls 32 % des soignants impliqués dans un EIGS ont bénéficié d'un soutien pour les aider à gérer leurs troubles. Certains changent d'activité professionnelle, d'autres poursuivent leur activité sans savoir gérer leur stress. D'autres encore, dans le cadre d'une assistance psychologique adaptée, choisissent la voie de la résilience dès lors que l’analyse de l’EIGS leur permet de tirer des enseignements et de sortir grandi de cette expérience.

Le phénomène est bien documenté dans le système de soins anglo-saxons mais reste méconnu en France. Le site Accompagnement Soignant Seconde Victime est un outil essentiel dans ce cadre. Les pénuries de personnel que nous connaissons aujourd'hui (2 à 5 % des postes vacants) devraient rendre particulièrement attentif sur cette question.

 

Source : The Conversation, David Naudin – 04/09/22