ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

On parle aujourd'hui de "santé positive". Comme il y a l'économie positive, celle qui va dans le sens de l'amélioration de la société humaine, la santé positive serait celle qui prend en compte l'individu dans sa globalité et dans son environnement. Elle ne se définirait pas seulement par rapport à la maladie qu'on soigne ("cure" en anglais) mais dans une approche globale du "prendre soin" ("care"). Dans la santé positive, la prévention tient une large part.

Une étude scientifique vient d'être publiée à ce sujet par l'Observatoire Spinoza (branche recherche du think-tank La Fabrique Spinoza). Elle remet les choses en perspective en mentionnant notamment les leviers à activer et à optimiser pour développer cette "santé positive".
Le constat, basé sur les statistiques, est sévère : "la santé mentale des Français se dégrade, le taux de burn-out, les maladies chroniques, les troubles musculo-squelettiques et les maladies civilisationnelles sont en hausse constante".

Pourtant, en matière de prévention, il existe des leviers majeurs qui sont sous-utilisés. Certains sont rabâchés depuis des années partout dans les médias, apparemment sans grand effet : alimentation, activité physique, sommeil ou vie sexuelle.
Par exemple, concernant l'alimentation, les adeptes du bio-bashing font clairement fausse route : l'étude NUTRINET Santé a mis en lumière chez les consommateurs de bio des risques atténués de surpoids (- 23 %), d’obésité (- 31 %), de cancers (- 25 %), notamment de cancers du sein (- 34 %) et de lymphomes (- 76 %). Les chercheurs ont constaté dans leurs urines une présence moindre de pesticides "obésogènes" et cancérogènes.

D’autres leviers sont moins connus : art, nature, ville, travail. 

Savez-vous que se rendre au travail à vélo réduit de 52 % le risque de mourir d'une maladie cardiaque* et qu'avoir un chien réduit de 24 % le risque de mort prématurée** ?
Vous a-t-on dit qu'écouter de la musique au moment d'une anesthésie permet d'utiliser une moindre dose de produit, de réduire le temps post-opératoire avec un moindre risque d'infection nosocomiale*** ?
Avez-vous été informé qu'une visite de musée par mois abaisse le risque de dépressions de 48 % chez les personnes âgées**** ?

Concernant la pandémie de covid, les autorités sanitaires auraient été bien inspirées de regarder du côté de la santé positive. À part les gestes-barrière ressassés, ce fut le vide total en matière de conseil alimentaire et d'hygiène de vie. Sans parler des mesures contre-productives comme les différents confinements, fermetures des parcs, des marchés de plein air et des salles de sport… Quant au passe sanitaire, des scientifiques en ont mesuré tout récemment les conséquences : certes un taux de vaccination passant de 60 % à 89 % mais dans le même temps une augmentation du sentiment de doute envers la vaccination passant de 44 % à 61 % et une aggravation de la défiance vis-à-vis du gouvernement (voir : Pass sanitaire : les leçons que nous devons en tirer). Contre-productif. On pourrait même presque considérer qu'on est là dans le domaine de la santé négative.

Il serait plus que temps de quitter cette vision étroite et limitative et, plutôt que de pointer du doigt telle ou telle catégorie de la population, vaccinée ou non vaccinée contre le covid, de se tourner résolument vers une démarche inclusive et positive…

 

*Celis-Morales et al., 2017 

**Caroline K. Kramer, MD, PhD, Sadia Mehmood et al., 2019 

***Lemarquis, 2020
****Fancourt & Tymoszuk, 2019