ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

Faut-il toujours attendre d'être le nez dans le mur pour prendre les mesures qui s'imposent ? Comment peut-on découvrir en 2022 que notre société ne peut plus supporter la gabegie de la surconsommation ? À la fin du mois d'août, le président de la République a parlé d'une "grande bascule" ou d'un "grand bouleversement". Il a évoqué la "fin de l'abondance". Cela fait pourtant exactement 50 ans que les experts du Club de Rome ont tiré la sonnette d'alarme quant à l'épuisement à venir de nos ressources.

Depuis, de COP en COP, du protocole de Kyoto aux accords de Paris, les scientifiques du GIEC ne cessent d'alerter : la surconsommation des pays "développés" n'est pas tenable, il faut aller vers ce que Pierre Rabhi a parfaitement résumé dans sa formule "la sobriété heureuse".
"Sobriété" parce qu'il n'est pas possible de continuer à émettre sur notre planète une dizaine de tonnes d'équivalent carbone par personne, comme c'est le cas dans notre pays, alors que nous nous sommes collectivement engagés à atteindre environ deux tonnes dans les prochaines années.
"Heureuse" parce que, si la démarche est choisie et non subie, elle peut être l'occasion d'une amélioration sensible de nos modes de vie et notamment de la santé publique.
Une bonne partie de la société y est prête. Témoins ces centaines de milliers de Français qui ont quitté leur job en masse cette année (520 000 au premier trimestre 2022) pour une nouvelle activité qui fasse plus de sens à leurs yeux.

Pour "être au rendez-vous de la sobriété", a ajouté début septembre le même président (sans doute un hommage à Pierre Rabhi), "la meilleure énergie est celle qu'on ne consomme pas". L'hommage s'étend manifestement à l'association NégaWatt qui avait créé ce slogan au début des années 2000, slogan souvent repris par les uns et les autres dès les années 2010 !
Il est vrai que, privé de gaz russe et avec plus de la moitié de ses réacteurs nucléaires à l'arrêt, la France s'apprête à vivre un hiver compliqué sur le plan énergétique. Le mur se rapproche. Il faudra alors, pour que les mesures économiques fassent consensus, redécouvrir in extremis des vertus au charme suranné : le partage et la justice. Au dernier moment ?