ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

Quand on voit le traitement irrespectueux réservé aux médecines alternatives et complémentaires dans la plupart des grands médias, on reste pour le moins interloqué. L'un des derniers épisodes en date a touché Doctolib. Au mois d'août dernier, le site de prise de rendez-vous en ligne s'est vu accusé de proposer les services de naturopathes aux pratiques condamnables. Après vérification, la plateforme a suspendu 17 profils revendiquant une formation avec une professionnelle controversée (qui recommande notamment de frotter pendant 10 minutes consécutives le sexe d'un enfant afin de faire baisser sa fièvre !).
Cet épisode a fait l'objet d'une déferlante de la part d'une frange de la corporation médicale et de l'Ordre des médecins qui ont pris pour cible et taxé de charlatanisme l'ensemble des naturopathes mais aussi les sophrologues, les ostéopathes, les hypnothérapeutes et tous les praticiens des médecines alternatives et complémentaires.

Doctolib a plutôt bien réagi, en expliquant que "la société évolue" et que ce n'est pas son rôle de trancher ce genre de débats. Le site a précisé que ces professions ne représentent qu'une part marginale des utilisateurs répertoriés (3 %). Et que figure clairement sur les profils concernés la mention "ce praticien exerce une profession non réglementée" et "leur diplôme n'est pas reconnu par l'État".

L'épisode est choquant. Chacun peut penser ce qu'il veut et exprimer son opinion. On peut le faire néanmoins de manière mesurée, non injurieuse et non diffamatoire. Quant aux dérives de pédocriminalité ou de harcèlement sexuel, elles ne sont malheureusement pas réservées aux praticiens de santé. On a constaté ces derniers temps qu'elles peuvent concerner aussi bien des enseignants, des prêtres, des journalistes, des producteurs de cinéma, des médecins, des psys…

Il va bien falloir que la société française se mette un jour en face de la réalité : près de 9 Français sur 10 (87 %) s’accordent à dire que les médecines alternatives et complémentaires permettent d’améliorer le bien-être et 83 % pensent qu'elles sont de bons compléments aux médecines conventionnelles. C'est le résultat d'une enquête que vient de publier le 30 septembre dernier le nouvel "Observatoire français des médecines douces" du site Médoucine.
Environ 1 Français sur 2 aurait déjà fait appel à ce type de soin (48 %) et 15 % envisageraient de le faire dans l'année qui vient.
 Chez les femmes, le pourcentage est de 57 % (39 % chez les hommes).

En pleine période de retour de l'inflation et de perte de pouvoir d’achat, 21 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à augmenter leurs dépenses dans ce domaine. L’ostéopathie arrive en tête (plébiscitée à 68 %), suivie par l’acupuncture (39 %), la naturopathie (35 %), la médecine traditionnelle chinoise (34 %), la sophrologie et la réflexologie (33 %). Les principaux motifs de consultation sont d'abord les problèmes de sommeil (35 % de femmes et 25 % d'hommes) puis le mal de dos (28 %) et les douleurs articulaires (23 %).

Enfin plus de 8 Français sur 10 pensent que certaines médecines douces devraient être remboursées par la sécurité sociale.
 Loin des combats d'arrière-garde de quelques intégristes de la médecine conventionnelle, c'est ici le véritable enjeu : construire une médecine intégrative qui ne soit pas réservée aux riches.