ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

La condamnation est passée un peu inaperçue au milieu du tumulte de la crise sanitaire, des interrogations sur l'innocuité des vaccins anti-covid, des chipotages sur qui est prioritaire ou non, qui sera servi ou pas… Le sujet est pourtant d'une grande importance. Fin mars, les laboratoires Servier ont été reconnus coupables en première instance de "tromperie aggravée" et "d'homicides et blessures involontaires", condamnés à payer 2,7 millions € d’amende. Ils ont, en revanche, été relaxés des délits d'escroquerie et d'obtention indue d'autorisation de mise sur le marché.
Depuis, tout le monde a fait appel.

Le parquet de Paris, de la relaxe partielle et les laboratoires Servier, eux, de leur condamnation. Les avocats des quelques 6 500 personnes qui s'étaient constituées parties civiles ont également fait appel.

Il y aura donc un nouveau jugement dans cette affaire du Mediator. Mis sur le marché en 1976 pour le traitement du diabète mais largement détourné comme coupe-faim, ce médicament est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une pathologie rare et mortelle. On le considère comme responsable de centaines voire de milliers de décès (entre 500 et 2 000).

L'affaire a confirmé l'étroite consanguinité existant entre le monde de l'industrie pharmaceutique, les autorités de Santé et le monde politique. Déni de la toxicité de la molécule, tentatives d'intimidation des victimes et de la lanceuse d'alerte, la pneumologue Irène Frachon… Le labo a consciencieusement aggravé son cas en basculant dans ce qu'Alain Bazot, le président de l'UFC-Que Choisir, appelle la pharmaco-délinquance.
Cette histoire a largement participé en France à la dégringolade de la confiance des patients envers la médecine conventionnelle, aux côtés d'autres scandales sanitaires : Distillbène, Vioxx, Isoméride, Dépakine, Lariam, Levothyrox…

À l'heure où l'on semble s'étonner de la méfiance des Français envers des vaccins mis à la hâte sur le marché pour cause de SARS-CoV-2, le passage de la justice pourrait contribuer à réparer la confiance perdue. C'est une œuvre de longue haleine qui ne se fait pas en un jour et qui peut se défaire très vite si, en France, l'efficacité de la pharmacovigilance est de nouveau prise en défaut.