Très émetteur de gaz à effet de serre, le secteur du bâtiment devrait résolument se tourner vers des matériaux et des modes de construction durables. "Bois, Terre, Paille" donnerait alors un sens nouveau à l’abréviation BTP.

Sommaire
- Biosourcés : bois, paille etc.
- La paille : l’isolant écologique
- Géosourcés : terre crue
- De nombreux atouts
- Label Bâtiment biosourcé
- Des résistances
Il porte une lourde responsabilité face aux enjeux climatiques. Selon l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie), le secteur du bâtiment (production de matériaux, extraction, cuisson, déplacements et fin de vie) et la vie des habitations (chauffage, climatisation…) représentent 40 % des émissions de CO2. Rien que la production de ciment représente 6 %.
L’utilisation de matériaux biosourcés et géosourcés (bois, pierre, terre et fibres végétales) pourrait diviser pas 10 le bilan carbone d’un bâtiment.*
Biosourcés : bois, paille etc.
Bois (voir : Le bois : matériau écologique pour la construction), chanvre, paille, ouate de cellulose, textiles recyclés, balles de céréales, miscanthus, liège, lin, chaume, herbe de prairie… Les matériaux biosourcés proviennent de matière organique renouvelable (biomasse), qu’elle soit d’origine végétale ou animale (en l’occurrence végétale pour ce qui concerne le bâtiment).
Ils peuvent servir dans de nombreuses applications : structure, isolants, mortiers et bétons, matériaux composites plastiques ou encore dans la chimie du bâtiment (peinture, colles…).
La paille : l’isolant écologique
On trouve aujourd’hui des structures préfabriquées (composées de ballots de paille dans une ossature bois portante) pouvant servir de murs extérieurs (avec une épaisseur d’une cinquantaine de centimètres). Un enduit en terre appliqué directement sur les bottes pourront ensuite leur donner l’apparence d’un mur normal.
La paille est un excellent isolant, un régulateur hygrométrique économique et, contrairement à une idée couramment répandue, elle résiste au feu (en parfaite conformité avec le règlement de sécurité relatif aux établissements recevant du public).**
Selon le Réseau Français de Construction Paille, chaque année, entre 500 et 1 000 projets de construction isolée en paille se concrétisent. 10 % de la paille de blé produite en France suffirait à isoler tous les nouveaux logements construits dans notre pays.
Utilisée au départ par une poignée de particuliers à la conscience écologique, la paille est de plus en plus employée par les collectivités locales pour les bâtiments publics. Et elle peut aussi servir pour la rénovation de bâti.
Géosourcés : terre crue
La terre crue est utilisée pour la construction depuis des millénaires et dans le monde entier. Plus de 2 milliards de personnes vivent encore aujourd’hui dans des habitats en terre crue. Depuis quelques années, c’est de nouveau un matériau particulièrement apprécié.
Comment ça marche ? On extrait la terre à une certaine profondeur du sol (sous la couche de terre végétale de surface).
On peut l’utiliser comme enduit (additionné de sable et de fibres végétales afin d’éviter les fissures), exactement comme un enduit de plâtre ou de ciment, sur un support pouvant être ou non en terre crue.
On peut aussi la mettre en forme en utilisant différentes techniques afin d’obtenir un matériau de construction : pisé, torchis, bauge, adobe, briques, blocs, panneaux (voir encadré).
De nombreux atouts
Face à la culture du béton, encore très répandue, tous ces matériaux biosourcés ou géosourcés ont de nombreux atouts dans leur manche.
Ils contribuent à la lutte contre le changement climatique pour plusieurs raisons :
- ils jouent un rôle de puits de carbone (stockage du carbone dans le bâti),
- ils permettent de réduire l’empreinte environnementale car leur processus de transformation nécessite peu d’énergie (notamment pas de combustion générant des émissions de gaz à effet de serre),
- ce sont des ressources renouvelables et disponibles localement, ce qui réduit le transport jusqu’aux chantiers (et diminue les coûts),
- ce sont des matériaux crus : en fin de vie, ils sont compostables et recyclables.
Par ailleurs, leur utilisation génère davantage de création d'emplois non délocalisables que les autres techniques de construction.
Label Bâtiment biosourcé
Il existe un label d’Etat "Bâtiment biosourcé". Créé en 2012 et actualisé en 2024, il atteste de l’ambition des maîtres d’ouvrage à s’investir dans la décarbonation de l’acte de construire et dans l’emploi de matériaux durables. "Le label est volontaire. Il propose 3 niveaux d’exigence en fonction de la quantité de carbone biogénique stocké, grâce à l’utilisation de produits de constructions biosourcés, le 3e niveau du label étant le plus exemplaire."**
Des résistances
Il est logique que, face à ce mouvement, des industriels comme les cimentiers aient du mal à accompagner le changement voire opposent une certaine résistance.
Mais, face à la nécessité de la transition écologique, il se pourrait bien que, demain, BTP (Bâtiment Travaux Publics) devienne aussi l’abréviation de Bois, Terre, Paille.
Sources :
*Vers une ville plus verte : l’émergence du bois, de la terre crue et de la paille dans la construction
**Ministère de la transition écologique : Matériaux de construction biosourcés et géosourcés
Guide bâtiment durable :
Construction en terre crue
Construction en éléments préfabriqués (paille et bois)
Reporterre : La construction en paille se développe en France
Ouest France : Construire soi-même sa maison, en terre, bois et paille...
En savoir +
La terre crue : excellent matériau de construction
Le pisé est l’une des techniques les plus anciennes et les plus répandues dans le monde : constitué de cailloux, de graviers, de sables, de silts et d’argiles en proportion variable, c’est une sorte de béton naturel très dur.
Le torchis est présent depuis le Moyen-âge dans nos régions : une terre très fine, avec peu de cailloux, de gravier et de sable, associée à de la paille. Il s’utilise en remplissage sur une structure porteuse en bois.
La bauge remonte au 18e siècle et est utilisée pour la construction de murs massifs : structure porteuse en terre crue, fibres végétales et eau, formation de boules à la main qu’on empile ensuite afin de former un mur monolithique très épais (de 40-50 cm jusqu’à parfois 200 cm d’épaisseur).
L’adobe est une brique faite de terre non cuite, de sable ou de fibres végétales, un peu de cailloux et de graviers. Le tassage se fait à la main, dans des moules en bois ou en métal, le séchage est à l’air libre, si possible au soleil. On maçonne ensuite avec un mortier de terre collant.
Il existe des techniques plus récentes pour former des briques de terre comprimées (BTC), des blocs de terre moulés (BTM) ou extrudés (BTE).
On trouve également des panneaux de terre crue (mélange de terre et de fibres naturelles) qui constituent une bonne alternative aux panneaux de plâtre pour des cloisons et des contre-cloisons, des supports pour enduits à l’argile, des faux-plafonds.
