La médecine chinoise en France

La médecine chinoise en France

On la connaît surtout à travers l'acupuncture mais la médecine chinoise possède un large éventail d'outils thérapeutiques : diététique et pharmacopée, massage Tui Na, Qi Gong… Nous avons interrogé Joëlle Vassail, présidente de l'Union Française des Professionnels de la Médecine Traditionnelle Chinoise (UFPMTC).

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Sommaire

- Les outils thérapeutiques
- Trouver un praticien
- Diplôme national
- Le "diagnostic en médecine chinoise"
- Des plantes originaires de Chine
- Où trouver la pharmacopée
- Les indications
- Vers une médecine intégrative ?

On n'a pas besoin d'avoir des connaissances particulières pour aller consulter un praticien de médecine chinoise, et on n'a même pas besoin d'être malade ! Il faut juste savoir qu'on entre dans un système médical différent qui prend en compte l'ensemble de la personne avec une démarche en grande partie préventive.
"Quand on est en état de déséquilibre énergétique on commence déjà à avoir des dysfonctionnements, voire des douleurs. Et pourtant en médecine occidentale les examens peuvent être normaux parce qu'on n'en est pas encore au stade de la lésion organique. Avant d'y arriver, il vaut mieux essayer de faire quelque chose", explique Joëlle Vassail, praticienne et présidente de l'UFPMTC.

Les outils thérapeutiques
La pharmacopée est la branche la plus large et comprend également la diététique. Il y a aussi, bien sûr, l'acupuncture, le Tui Na qui recouvre le massage, les manipulations et le Qi Gong qui n'est pas seulement une gymnastique d'entretien et de préservation de la vie mais aussi une branche thérapeutique de la médecine chinoise.

Trouver un praticien
"En France on trouve beaucoup de praticiens d'acupuncture. Ceux qui utilisent la pharmacopée et le Tui Na sont plus rares mais ça commence à se développer. Le Qi Gong thérapeutique n'est pas enseigné depuis très longtemps", précise Joëlle Vassail.
Le bouche à oreille est toujours la meilleure méthode si l'on veut trouver un praticien mais il y a aussi les sites des fédérations :
- UFPMTC (Union Française des Professionnels de la Médecine Traditionnelle Chinoise)
- SIATTEC (Syndicat Indépendant des Acupuncteurs Traditionnels et des Thérapeutes en Énergétique Chinoise)
- FNMTC (Fédération Nationale de Médecine Traditionnelle Chinoise).

Diplôme national
Ces différentes organisations existent pour des raisons historiques et géographiques mais elles sont regroupées aujourd'hui au sein de la Confédération française de médecine traditionnelle chinoise (CFMTC) et, depuis 2011, le diplôme national sanctionne un examen commun.
"Il permet d'avoir un bon niveau d'entrée dans la profession et ressemble au diplôme international chinois."

Problème : pour l'instant le diplôme n'est pas reconnu par l'Etat.
"En France la situation n'a pas changé depuis 1956. Nous appartenons aux professions non encore légiférées. Alors qu'en Europe, certains pays ont mis en place un statut légal."

Seuls à opérer dans le cadre légal, il y a des médecins qui utilisent l'outil de l'acupuncture.
"Mais ils ne le font pas forcément dans un cadre de médecine chinoise. Il s'agit souvent d'une utilisation symptomatique de l'acupuncture à partir d'un diagnostic en médecine occidentale."

Le "diagnostic en médecine chinoise"
Selon Joëlle Vassail, il faudrait le concevoir en un seul mot : "diagnostic-en-médecine-chinoise". On pourrait aussi parler de bilan énergétique. En tout cas, ça ne ressemble pas à un diagnostic en médecine occidentale.
"L'examen se base sur l'interrogatoire, l'auscultation (audition, olfaction, prise des pouls, observation de la langue), la palpation. Les pouls et la langue sont des indications très importantes. Ensuite, si le praticien maîtrise plusieurs outils thérapeutiques, il va choisir le plus adapté. S'il n'en maîtrise qu'un, il va essayer de faire quelque chose avec."

Des plantes originaires de Chine
Pour la pharmacopée, les plantes viennent la plupart du temps de Chine.
"Elles doivent être récoltées dans certaines conditions, dans certains lieux. Elles sont préparées, séchées, dans certains cas toastées au miel, préparées en décoction… Chacune différemment. En France on les utilise souvent en poudre, mélangées et réhydratées avec de l'eau bouillante."

Joëlle Vassail n'est pas inquiète des risques de pollution des produits : "ils arrivent en France avec une carte d'identité incluant notamment leur teneur en pesticides. Pour qui veut s'en préoccuper, on a une traçabilité parfaite."
Elle conseille de s'adresser à de bons professionnels : "pour les formes galéniques, j'utilise un fournisseur qui vient d'Oakland en Californie, où la médecine chinoise est légalisée depuis longtemps. Par ailleurs j'ai deux fournisseurs principaux en Chine qui ont des lieux de culture bio."

Où trouver la pharmacopée
En France, l'apothicaire chinois ne court pas les rues. On en trouve dans certaines villes, à Paris par exemple, mais pas partout.
"On peut commander les plantes et les recevoir par correspondance en 48h. En ce qui me concerne, je fais moi-même la commande pour contrôler la traçabilité des produits. Mais le praticien peut aussi remettre une prescription et c'est le patient qui fait sa commande."

Les indications
La médecine chinoise peut s'adresser à toutes les pathologies mais, selon Joëlle Vassail, il y a des domaines où elle est particulièrement performante, par exemple en gynécologie et en dermatologie.
L'acupuncture serait particulièrement intéressante pour tout ce qu'on appelle "atteinte externe de vents froids" : sinusite, laryngite, trachéite…
La pharmacopée aurait un intérêt particulier pour les maladies chroniques comme par exemple les maladies auto-immunes.

Vers une médecine intégrative ?
"Selon une étude récente commandée par l'INCA (Institut National contre le Cancer), 60 % des patients atteints de cancer ont recours à une médecine non conventionnelle et beaucoup à la médecine chinoise. Cela leur permet de mieux supporter leur traitement. Par ailleurs, on remarque que dans nos cabinets de médecine chinoise, 30 à 40 % de nos patients viennent du monde médical, médecins compris."

La collaboration entre la médecine chinoise et occidentale est en train de s'amorcer en France.
"Lorsqu'on va en Chine dans les hôpitaux, à un étage vous avez la médecine chinoise, à un autre étage vous avez la médecine occidentale. Le patient peut circuler librement selon ses besoins ou ses envies. Ça se fait aussi en Australie. Pourquoi ne serait-ce pas possible chez nous ?"

 En savoir +

L'acupuncture : une tradition française !

Au 17e siècle, les jésuites reviennent de Chine avec des récits de voyage où l'on trouve une description précise de tous les aspects de la médecine chinoise. Mais c'est l'acupuncture à l'époque qui attire l'attention.
Selon Joëlle Vassail, la découverte des réseaux de méridiens marque les esprits plus que les plantes qui sont, en Europe à l'époque, la base de notre pharmacopée.
Depuis, il y a en France une tradition de l'enseignement de l'acupuncture.