L'intestin : un rôle stratégique dans notre santé

L'intestin : un rôle stratégique dans notre santé

Du mal au ventre chronique à des pathologies lourdes comme l'autisme, quel point commun ? L'intestin, répondent en chœur de nombreux spécialistes. L'hyperperméabilité intestinale serait en jeu aussi bien dans les troubles fonctionnels que dans les maladies neuro-immunitaires… Dans les deux cas, les Médecines Alternatives et Complémentaires (MAC) ont des réponses adaptées.

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Sommaire

- Au carrefour de nombreuses maladies
- L'hyperperméabilité intestinale
- Des causes multiples
- Première chose : mastiquer
- Deuxième chose : supprimer les facteurs de stress
- Micronutrition : probiotiques et L-glutamine
- En phytothérapie et aromathérapie
- En homéopathie
- Une nouvelle approche

"Comment allez-vous ?" La formule est ancienne et était autrefois formulée dans sa version complète : "comment allez-vous à la selle ?" C'est dire si la fonction intestinale joue un rôle primordial dans notre être et notre bien-être.

Nous sommes plus d'un sur trois à souffrir de colopathie fonctionnelle (syndrome du colon irritable). Et plus encore si nous sommes des femmes ou si nous sommes anxieux. Douleurs abdominales chroniques, diffuses ou localisées, ballonnements surtout après les repas, troubles du transit et de la motricité intestinale…

Au carrefour de nombreuses maladies
Mais pour de nombreux spécialistes, réunis récemment à l'hôpital Tenon aux 27e rencontres des Médecines Alternatives et Complémentaires (MAC) et s'intéressant à la structure et au fonctionnement de cet organe, l'intestin se situe au carrefour de bien d'autres pathologies : intolérances alimentaires, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, allergies diverses, psoriasis, eczéma, asthme…

Il se trouverait également impliqué dans les maladies auto-immunes ou neuro-immunitaires. Ce sont des maladies dues à une hyperactivité du système immunitaire qui, au lieu de combattre les agents pathogènes extérieurs comme il est voué à le faire, se met à fonctionner à l'encontre de l'organisme.
C'est le cas de la thyroïdite auto-immune, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, le syndrome de Goujerot-Sjögren, la maladie de Crohn, la maladie de Parkinson, le diabète de type 1 (90% des cas), la sclérose en plaques...
Et on pourrait étendre cette notion à des troubles ou des maladies généralement considérées comme psychiatriques : la dépression, les troubles du sommeil, l'hyperactivité, mais aussi la schizophrénie, l'anorexie mentale, les troubles envahissants du développement (TED) dont fait partie l'autisme…

Pour Eric Menat, médecin-homéopathe, "l'intestin est au centre des mécanismes de la plupart des maladies neuro-immunitaires mais de façon variable suivant les individus…"
Nicolas Zamaria, médecin biologiste, le confirme. Pour lui, "toutes les maladies auto-immunes ont leur berceau dans notre intestin."

L'hyperperméabilité intestinale
De quoi s'agit-il ? Au départ il y a des agresseurs : ce sont certains facteurs provenant de l'environnement ou de notre milieu intérieur.
Ces agresseurs arrivent dans l'intestin, mettent en souffrance les cellules de la muqueuse qui secrètent alors une substance appelée "zonuline". Cette zonuline détruit les jonctions serrées jouant le rôle de ciment entre les compartiments cellulaires et la muqueuse perd alors de son étanchéité. Elle jouait auparavant un rôle de filtre (voir encadré), mais ce filtre devient trop perméable et laisse passer des substances non assimilables dans l'organisme.

Ce dernier réagit en déclenchant une réponse immunitaire avec des réactions inflammatoires et une surproduction de radicaux libres entraînant des lésions de la muqueuse. Le phénomène favorise l'émergence d'intolérances alimentaires.

Des causes multiples
Alors qui sont les agresseurs de notre intestin ? Ils peuvent être d'origine très diverses :
- maladie génétique : maladie coeliaque, de Crohn, colite ulcéreuse…
- agent infectieux : gastro-entérite virale ou bactérienne, infections chroniques comme le SIDA,
- épatite C, mucoviscidose…
- médicament : anti-inflammatoire, corticoïde, antibiotique, rayons, chimiothérapie…
- déséquilibre alimentaire : trop d'acides gras saturés, trop de protéines animales, trop de sucres raffinés, trop d'alcool, manque de fer ou de protéines dû à l'âge ou à un régime carencé (végétalien, jeune…)…
- intolérances alimentaires,
- toxique environnemental : pesticides, métaux lourds…
- stress chronique,
- efforts physiques excessifs,
- problème d'obésité…

Première chose : mastiquer
C'est la règle d'or à graver dans nos têtes, et c'est la plus difficile à suivre ! Dans nos emplois du temps urbains, nous avons bien du mal à ne pas engloutir nos repas en cinq minutes.
Et pourtant, c'est une évidence : mâcher tranquillement ce qu'on mange permet de démarrer la digestion convenablement et de dégrader les substances agressives qui risquent de se retrouver dans l'intestin et de provoquer ce phénomène d'hyperperméabilité.
Comme dit Jean-Robert Rapin, professeur de pharmacologie clinique : "il faut boire ses aliments".

Deuxième chose : supprimer les facteurs de stress
Concernant les intolérances alimentaires, une fois qu'on a détecté les aliments en cause (par un dosage d'immunoglobuline G ou IgG), Jean-Robert Rapin conseille de les supprimer de son alimentation pendant une durée d'environ six mois. Dans la plupart des cas, passé ce délai, on peut reprendre progressivement la consommation de ces aliments.

Si le diagnostic a repéré que l'origine du trouble vient de situations de stress, il faut apprendre à gérer ce dernier, en pratiquant une discipline adaptée à ses goûts et ses aptitudes : relaxation, sophrologie, yoga, Qi Gong

Micronutrition : probiotiques et L-Glutamine
L'équilibre de la flore intestinale peut être rétabli grâce aux probiotiques, des bactéries ou des levures généralement administrées en compléments alimentaires.
La L-Glutamine, protéine reconstituante des cellules de la muqueuse intestinale, est nécessaire en complément.

En plus des probiotiques, de la L-Glutamine et de l'exclusion des aliments incriminés, Serge Rafal, spécialiste en médecine générale, conseille d'associer le desmodium pour augmenter la tolérance et recommande des mélanges contre l'hyperperméabilité intestinale préparés par différents laboratoires.

En phytothérapie et aromathérapie
Danièle Roux Sitruk, docteur en pharmacie, propose d'utiliser sous forme de plantes ou d'huile essentielle (HE) les vertus antispasmodiques et anti-inflammatoires du curcuma, du basilic, de la menthe poivrée.
Sur le versant neurovégétatif : marjolaine à coquille-mélisse.
Anti-infectieuses et anti-putrides : l'ail, la cannelle de Ceylan, le thym (à thymol).
Anti-aérophagiques ou carminatives (favorisant l'évacuation des gaz) : la badiane, le fenouil, la coriandre.
Anti-diarrhéiques : la myrtille, la salicaire, le caroubier.
Laxatives : l'ispaghul, la mauve…

Serge Rafal conseille une préparation à base de trois HE choisies parmi l'écorce de cannelle de Ceylan, l'arbre à thé, la lavande aspic, l'origan et le palmarosa.

En homéopathie
Pour Daniel Scimeca, médecin homéopathe, président du Syndicat de la Médecine Homéopathique, "la pathologie intestinale est une pathologie de l'écologie globale de la personne."

L'homéopathe a à sa disposition toute une série de médicaments en traitement de crise ou de fond, selon le profil de son patient et selon qu'il souffre d'un spasme du côlon irritable, d'une colopathie avec constipation ou d'une colopathie avec diarrhée.

Une nouvelle approche
Pour Serge Rafal, fondateur des Rencontres des Médecines Alternatives et Complémentaires (MAC), les pathologies graves citées en début d'article sont "généralement difficiles à traiter si l'on s'en tient aux explications physiopathologiques habituelles, aux seuls moyens allopathiques (…) qui certes améliorent mais ne guérissent pas toujours radicalement nos patients".
Les praticiens des MAC abordent donc ces pathologies de façon nouvelle avec "des résultats qui nous ont interpellés et surpris".

Un champ d'investigation passionnant s'ouvre aux médecins et aux patients concernant l'intestin qui constitue, dans tous les sens du terme, la base de notre corps.

 En savoir +

 100 000 milliards de bactéries !

L'intestin : de la sortie de l'estomac jusqu'à l'anus, il comprend l'intestin grêle et le gros intestin (côlon).

Son rôle dans le système digestif :
- filtrer les nutriments provenant de notre alimentation,
- laisser passer dans l'organisme les acides aminés, les acides gras, les glucides, les vitamines, les minéraux, les oligo-éléments,
- faire barrière aux autres substances potentiellement chargées d'agents infectieux.

100 000 milliards de bactéries dans notre intestin : c'est la flore intestinale ou microbiote. Nous avons chacun notre propre microbiote personnel, défini selon notre code génétique et nos habitudes alimentaires.

Deux terrains de tennis : la surface de la muqueuse intestinale
1/10e de papier à cigarette : son épaisseur.
Cette muqueuse est donc très fragile.