Derrière la catastrophe d’AZF, la surconsommation d’engrais azotés en France

Derrière la catastrophe d’AZF, la surconsommation d’engrais azotés en France

Avec environ 1,5 million de tonnes, la consommation française est dans le peloton de tête en Europe.

Cette véritable addiction de l'agriculture au nitrate d'ammonium pose de nombreux problèmes :
- des risques industriels dus au manque de sécurité des déchargements dans les ports fluviaux, au stockage dans des zones à fort risque incendie, au manque de surveillance des stocks de moindre taille… C'est ainsi qu'il y a 20 ans les 300 tonnes de nitrates d'ammonium de l'usine AZF explosaient à Toulouse faisant 31 morts et près de 2 500 blessés.
- un coût écologique : la fabrication nécessite 1 kg de pétrole pour 1 kg d'engrais ; après épandage le surplus s'évapore en partie dans l'air (gaz à effet de serre) et en partie dans les sols (pollution des eaux).

"Quand on a remplacé le fumier par les engrais azotés de synthèse, on n’a pas vu que le fumier n’apportait pas que de l’azote, mais aussi de la matière organique. En trente ans, les sols ont perdu la moitié de leur matière organique", explique Claude Aubert, agronome (voir : L'excès d'engrais azotés, défi environnemental). D'où le cercle vicieux : sans matière organique, les micro-organismes du sol n’ont plus de quoi se nourrir et comme ce sont eux qui font le travail de mise à disposition de l’azote pour les plantes, cela oblige, pour compenser, à augmenter les engrais azotés de synthèse.

De plus en plus nombreuses sont les voix qui s'élèvent pour supprimer à terme les engrais chimiques. Il faudrait pour cela transformer l'agriculture : développer les légumineuses, relocaliser les élevages, diversifier les cultures. La baisse des rendements serait en partie compensée par la baisse des dépenses des agriculteurs. Il faudrait aussi réduire de 50 % le gaspillage alimentaire, ce qui implique un changement de comportement des consommateurs. Reste la volonté politique avec notamment une mesure simple pourtant toujours éludée : mettre en place une redevance sur les engrais azotés.

 

Source : Reporterre, Marie Astier – 21/09/21