L'incertitude : elle peut nous renforcer

L'incertitude : elle peut nous renforcer

Et si l'on s'entraînait pour mieux anticiper les évènements imprévus de la vie ? On y gagnerait en réalisme, en équilibre, en lucidité, en adaptabilité, en capacité de résilience, en estime de soi…

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Sommaire

- Le problème et la solution
- Sortir de l'illusion
- Estime de soi
- Se méfier de ses biais cognitifs
- Développer ses "soft skills"
- L'esprit du débutant
- La vulnérabilité rend plus fort

Crises sanitaires, politiques, économiques ou sociales, catastrophes naturelles, épidémies, accidents ou attentats…Nombreux sont les évènements qui, dans le monde, sont susceptibles de remettre en cause le prévisible et ses certitudes.
Et s'il y avait des bénéfices dans le fait de faire face à ce que l'on ne contrôle pas ?
"Il est possible de s'entraîner et de se préparer à l'incertitude. Il est possible d'apprendre à ne pas reproduire les erreurs du passé et de s'adapter à demain pour mieux construire"*, affirme Nina Bataille, coach professionnelle.

Le problème et la solution
Il faut garder à l'esprit que nous sommes souvent une partie des problèmes que nous prétendons subir.
"Quand vous êtes bloqué dans les embouteillages, vous avez beau incriminer les autres automobilistes, en réalité, vous faites techniquement partie du problème !"*
C'est la même chose par exemple pour la dégradation de notre environnement. Nous le subissons et nous y contribuons. Nous sommes à la fois le problème et la solution.

Sortir de l'illusion
Par ailleurs nous avons collectivement entretenu l'illusion que nous serions capables de contrôler le cours des évènements. Nous avons perdu la capacité à nous mettre en face de l'imprévu, de la violence, de la maladie, de la mort. Pour nous rassurer, nous avons mis la science sur un piédestal, censée apporter une réponse à tout.
"Or la science n'est pas la vérité, c'est plutôt la plus grande probabilité. Une vérité scientifique est une vérité temporaire. C'est la meilleure vérité en l'état actuel des connaissances"*, explique Nina Bataille.

Estime de soi
Cela dit, nous ne sommes pas égaux devant l'incertitude. Selon qu'on a bénéficié ou non d'un attachement sécurisant dans notre petite enfance, on aura plus ou moins de facilité à se mettre en face de l'imprévu.

Notre estime de soi joue un grand rôle dans ce domaine. Elle repose, selon Nina Bataille, sur trois notions : l'amour de soi ("suis-je aimable"), la vision de soi ("suis-je valable"), la confiance en soi ("suis-je capable").
(Voir : Devenir ami avec soi-même)

Se méfier de ses biais cognitifs
Pourtant, selon les psychologues, notre cerveau a autant besoin de certitude que d'incertitude. La première nous procure un sentiment de contrôle et de sécurité, la seconde génère la créativité et l'adaptabilité. Trop privilégier nos certitudes nous amène à multiplier les automatismes ainsi que les biais cognitifs : ces erreurs inconscientes de perception, d'évaluation et d'interprétation logique qui peuvent nous conduire à de mauvaises décisions.

Développer ses "soft skills"
En revanche améliorer notre adaptabilité finit par augmenter notre stabilité. Nina Bataille juge fondamental d'apprendre à développer ses "soft skills", ses compétences comportementales : adaptabilité, confiance en soi, gestion du stress, capacité de bien communiquer, de visualiser ses projets, de donner du sens, de se relier à son intériorité et à son intuition, culture de l'intelligence émotionnelle, de l'empathie, du collectif…

Complémentaires des "hard skills", les compétences techniques et les savoir-faire qui permettent de gérer les situations normales et calmes, ces "soft skills" sont essentielles pour rebondir et s'adapter sous la tempête.
(Voir : Travailler les muscles du bonheur)

Nina Bataille insiste par exemple sur l'importance de trouver son "pourquoi", c'est à dire la force motrice cachée derrière notre activité, ce qui nous inspire, nous guide et nous pousse à agir (voir encadré)…
(Voir : Trouver sa place)

L'esprit du débutant
Si l'on est aligné avec ses propres valeurs, lucide sur ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas, il devient plus facile d'agir, en restant curieux, en gardant une attitude de découverte, à la manière du "shoshin" des japonais, "l'esprit du débutant" qu'on trouve dans les arts martiaux.
"Pour éviter les pensées égocentriques qui laisse croire que l'on a atteint quelque chose et nous limitent dans nos actions, le bouddhisme zen recommande de toujours garder une attitude d'humilité, un regard de débutant, quelque soit le niveau que l'on a atteint."*

La vulnérabilité rend plus fort
On peut ainsi devenir confiant dans sa capacité à s'adapter, à réussir à se remettre d'une expérience traumatique. Dès lors, il devient possible d'affronter sans appréhension les évènements imprévus. La résilience permet d'assumer notre vulnérabilité et nous amène même à la transformer en force (voir : Au plus proche de soi-même). Dans la foulée, la peur de l'échec peut se dissiper puisque, selon la formule d'Henry Ford, "échouer, c'est avoir la possibilité de recommencer de manière différente".

"C'est parce que l'on peut être authentique avec soi-même que l'on peut l'être avec les autres. Et c'est par l'authenticité que l'on se connecte vraiment à autrui. Vous êtes imparfait et vous pouvez être aimé telle que vous êtes pour peu que vous ayez de la compassion pour vous-même et que vous ayez le courage de montrer qui vous êtes profondément."*
(Voir : Apprendre à être déçu, apprendre à décevoir)

 

Source :
*Des vertus de l'incertitude, Nina Bataille, éditions Eyrolles

 En savoir +

Le "pourquoi" de Simon Sinek

Nina Bataille cite les travaux de Simon Sinek qui fait la distinction entre :

- Quoi : extériorité
Tout le monde sait expliquer ce qu'il fait.
"Par exemple, Apple vend des ordinateurs."*

- Comment : extériorité
Seuls quelques-uns savent comment ils travaillent, quelles sont les différences avec leurs concurrents.
"Par exemple, Apple produit des ordinateurs au design élégant, très faciles et très intuitifs à utiliser."*

- Pourquoi : intériorité
Très peu savent pourquoi ils font ce qu'ils font.
"Par exemple, la raison d'être d'Apple est de penser différemment des autres pour apporter des innovations."*